Les fausses alertes se multiplient

De plus en plus de Québécoises reçoivent des résultats de mammographie inquiétants sans qu’on leur trouve de cancer ensuite, depuis le passage à la technologie numérique. Les nouveaux appareils font grimper les taux de faux positifs, signale une analyse de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), avec ce que ça implique d’angoisse pour les femmes et de coûts pour le système de santé.

 

Comme pour la photographie, les appareils de mammographie évoluent du film vers le numérique. La technologie numérique la plus récente, nommée DR, entraîne une hausse de 25 % des faux positifs par rapport au film, confirme Éric Pelletier, auteur de l’étude et responsable de l’équipe d’évaluation du programme québécois de dépistage du cancer du sein. La technologie numérique précédente, nommée CR, entraîne pour sa part une hausse de 3 %. L’étude vient d’être publiée sur le site Web de l’INSPQ.

 

Le chercheur a calculé que, pour 10 000 femmes, 228 patientes de plus doivent subir un deuxième examen à la suite d’un résultat anormal avec la technologie DR, par rapport au film. On nomme cette variable le « taux de référence ».

 

Pour les appareils CR autant que DR, le taux de cancers détectés est statistiquement équivalent à celui de l’ancienne technologie à film. Cela signifie que l’augmentation du taux de référence est principalement due à des cas de femmes qui n’avaient pas le cancer, malgré un résultat inquiétant au départ.

 

La technologie se répand

 

Le phénomène pourrait prendre de l’ampleur avec la pénétration de ces appareils sur le marché québécois. Les mammographes DR sont de moins en moins coûteux et viendront remplacer les vieux appareils. « D’ici 10 à 15 ans, tous les appareils seront du DR », croit M. Pelletier.

 

L’analyse porte sur 1,5 million de mammographies menées entre janvier 2007 et septembre 2012 chez plus de 788 000 femmes, dans 93 centres de dépistage. La technologie s’implantant par étapes, la moitié des appareils était encore à film, contre 42 % de type CR, 4 % de type DR et 4 % de type inconnu.

 

Ces résultats sont rassurants, d’un côté, puisque les taux de cancer détectés sont stables par rapport à l’ancienne technologie sur film. Quand l’Ontario est passé au numérique, 21 % moins de cancers ont été trouvés, ce qui a mené la province à changer ses mammographes.

 

C’est à la lumière de cette étude troublante que Québec avait mandaté l’INSPQ pour évaluer le passage au numérique ici. La marque des appareils privilégiés au Québec, différente de celle choisie en Ontario, pourrait expliquer pourquoi les nouveaux appareils se sont avérés aussi fiables que le film pour détecter les cancers.

 

Mais l’effet inverse est observé : les faux positifs se multiplient. C’est ce qu’a vécu Marianne, deux fois plutôt qu’une. La femme de 66 ans raconte que l’attente des résultats des biopsies a été très angoissante pour elle et ses enfants. « La première fois, j’ai attendu les résultats de la biopsie tout l’été, j’avais une mine épouvantable. La deuxième fois, le deuxième examen était plus envahissant, avec une plus grosse aiguille, mais j’ai eu les résultats rapidement, j’étais moins inquiète », explique-t-elle.

 

Malgré tout, elle préfère avoir vécu ces expériences plutôt que de courir le risque qu’un cancer passe inaperçu. « J’ai l’impression que les médecins ne prennent pas de chance. Ils ont été assez rassurants pendant le processus, mais tu te dis tout le temps : vais-je faire partie des 10 % à qui on trouve une tumeur maligne ? »

 

L’augmentation du taux de référence observé, souligne l’étude de l’INSPQ, « est inévitablement associée à une augmentation des actes d’investigation afin de déterminer s’il y a présence ou non d’un cancer du sein, et, par le fait même, peut également augmenter l’anxiété chez les femmes dépistées et les coûts liés au programme de dépistage ». Sans compter l’engorgement du réseau de la santé.

 

Pourquoi ?

 

Afin d’expliquer l’augmentation des faux positifs avec la technologie numérique, Éric Pelletier avance plusieurs hypothèses. Il y a la technologie en soi, d’abord. Mais en comparant l’image plus limpide d’une mammographie DR à celle, sur film, prise auparavant chez une patiente, les médecins pourraient être tentés de vérifier des anomalies invisibles sur les anciens films. « Quand les femmes vont avoir deux images DR à leur dossier à comparer, les taux de référence pourraient baisser, car ce sera plus facile à interpréter », avance le chercheur.

 

Il ne peut pas non plus exclure qu’une vaste enquête menée par le Collège des médecins ait pu influencer les résultats. Le Collège avait révisé 22 000 mammographies menées entre 2008 et 2010, et trouvé 109 cancers passés inaperçus. Ces erreurs de diagnostic touchaient trois cliniques de Montréal et Laval. « Les radiologistes ont pu être plus prudents pendant quelques années par peur des poursuites », dit M. Pelletier. Québec l’a mandaté pour poursuivre ses investigations, afin de vérifier si le taux de faux positifs va régresser au fur et à mesure que s’implante la technologie.

 

En fonction de ces résultats, en collaboration avec le Collège des médecins et l’Association des radiologistes du Québec, le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) pourrait implanter des mesures pour réduire les taux de référence, indique Marie-Claude Lacasse. « Il n’y a pas lieu de changer les appareils actuels ni de diriger les femmes dans des centres utilisant une technologie plus qu’une autre », précise la responsable des communications du MSSS.

10 commentaires
  • Victoria - Inscrite 21 août 2014 06 h 47

    Connaissons-nous toujours sous toutes ses coutures ce que l’on utilise ?

    Et, si le corps humain produisait de fausses traces inconsciemment à la veille d’un examen. Peut-être pas pour toutes et tous. Par la suite, si les anticorps naturels les avaient détruits entre les deux examens. Qu'on le veuille ou non, on change un peu nos habitudes de vie après avoir reçu une première mauvaise nouvelle.
    Ou encore, le numérique fait apparaître un ou des doublons en cache comme lors de l’utilisation d’un ficher informatique. On a le choix de les voir et de les détruire, ou de les ignorer dès le départ en cochant une case pour qu’ils n’apparaissent pas à l’écran à l’utilisation. Qui sait ? Nouvelles technologies, nouvelles contraintes parfois inconnues.
    Je dis ça en passant… c’est peut-être complètement farfelu mes idées ce matin. Mon café ne m’a pas tout à fait réveillé encore.

    • Roger Lapierre - Inscrit 21 août 2014 11 h 56

      En effet, totalement farfelu. Comme si le corps créait des fausses traces (sic!) et seulement avec les appareils digitaux DR et pas les anciens apareils à films CR. À croire que vous n'avez pas bien compris le problème ou que vous voulez blaguer ce matin.

      Plus sérieusement, la meilleure explication est celle-ci :

      « Les radiologistes ont pu être plus prudents pendant quelques années par peur des poursuites »

      Au niveau de la qualité des images, les appareils DR sont égaux ou supérieurs aux appareils CR. Le problème revient à ceux qui en font usage et un faux positif est toujours mieux qu'un faux négatif.

  • François Beaulé - Abonné 21 août 2014 07 h 44

    Du calme!

    «en comparant l’image plus limpide d’une mammographie DR à celle, sur film, prise auparavant chez une patiente, les médecins pourraient être tentés de vérifier des anomalies invisibles sur les anciens films»

    Voilà l'hypothèse la plus sérieuse. La mammographie DR est plus claire. Tant mieux. Ce qui m'étonne est qu'elle ne permet pas de détecter plus de tumeurs cancéreuses de petites dimensions.

    La comparaison d'une mammographie avec la ou les précédentes est très importante pour détecter les «irrégularités» qui augmentent de taille. La détection de faux positifs devrait donc diminuer quand toutes les mammographies DR seront comparées à d'autres mammographies DR.

    Pour réduire l'anxiété des femmes, non pas seulement des 228 femmes sur 10 000, ce qui est bien peu, mais de l'ensemble des femmes qui subissent une fausse alerte, il faut réduire le temps d'attente entre l'alerte et les résultats de la biopsie.

    Plus vite la tumeur cancéreuse est enlevée, plus les chances de guérison sont grandes. Une diminution de la mortalité par cancer du sein réduirait l'anxiété des femmes.

    À plus long terme, il faudrait déterminer les causes du cancer sein. Pourquoi ces cancers sont-ils beaucoup plus fréquents aujourd'hui qu'il y a 100 ans? La pollution et les produits chimiques présents partout dans l'environnement jouent sans doute un rôle dans cette augmentation.

    La mammographie numérique expose la femme à moins de rayons X que la mammographie sur film. L'exposition répétée aux rayons X est une cause de cancer. Il est donc souhaitable que la mammographie DR remplace au plus vite les anciens appareils.

  • Maryse Veilleux - Abonnée 21 août 2014 08 h 10

    Positif!

    Je préfère quand même risquer de faire de l'anxiété pour rien, que d'être une ignorante paisible qui apprends que brusquement, elle a un cancer de stade 4 qui n'avait pas été détecté.

  • Murielle Tétreault - Abonnée 21 août 2014 09 h 39

    Pas uniquement dans les mammographies

    Au moment où je lis ce texte,je suis à me demander,combien coûtent aux contribuables toutes ces erreurs des centres d'imagerie médicale?Combien de retards et d'angoisses sont générés par les erreurs des techniciens ou des radiologistes?
    Je viens de faire des radiologues pour des douleurs à un genou.Un médecin me rappelle pour me dire que c'est une fracture à la deuxième phalange ?
    -<<Une fracture dans mon genou?>>-<<Non dans votre 4ième orteil du pied gauche.>>-Mais c'est au genou que j'ai mal.C'est une radiographie de mon genou que j'ai fait. -Vous n'avez- pas mal au pied?-Non.-Je ne sais pas pourquoi,le médecin de la radiologie a mis cela à votre dossier.Je vais vérifier et vous rappeler.
    À date ,pas de nouvelles. Mon nouveau médecin de famille est en vacances .C'est une remplaçante qui m'a rappelée.Je ne peux pas la tenir responsable .
    Je crois que tous les administrateurs qui grugent une forte partie du budget du ministère de la santé devraient surveiller la quantité d'erreurs des cliniques privées de radiologie.
    Dans le cas d'erreur,la deuxième radiologie ne devrait pas être facturée au ministère mais au frais de la clinique.Il y aurait peut-être moins d'erreur.

    • Roger Lapierre - Inscrit 21 août 2014 12 h 08

      Il est bien connu que les ''erreurs médicales'' toute discipline confondues font plus de morts à chaque années que les accidents de la route. Aux USA en 2009, on dénombre plus de 200 000 morts par année à cause d'erreurs médicales qui pourraient être évitées. Le taux n'est pas meilleur au Canada. Un désastre! Tapez ''dead by mistake'' ou ''medical error death toll'' sur Google pour en savoir plus.

    • Victoria - Inscrite 21 août 2014 12 h 24

      Pour ajouter à votre commentaire, des erreurs d’homonyme avec la même date de naissance peuvent survenir également. Quand deux personnes habitent la même région (sans se connaître), une erreur sur la personne peut survenir, même à la pharmacie.

      Deux Doris Lefebvre dans la même région. Sauf que l’autre personne serait une dame. Elle écrit son prénom avec deux « S » et un « e » au bout. Plus que probable: elle aurait la même date de naissance. Ajoutons la possibilité que le numéro de dossier se ressemble à un chiffre près. Le pharmacien n’a pas le dossier de la clinique sous les yeux. Advenant que, la technicienne ou technicien inverse les chiffres en lisant ou l’écrivant sur un formulaire...

      Imaginez si la dame qui serait convoquée pour une chirurgie d’un jour, elle est une femme normalement constituée et, que c’est pour une vasectomie. Que cette même dame attend depuis longtemps, mais pour un mélanome des plus douteux.

      ON CROIT À TORS QUE ÇA N’ARRIVE QU’AUX AUTRES.
      Parfois, vaut mieux vérifier soi-même pour se rassurer, à savoir si tout est correct dans les dossiers colligés par les autres. Demander une copie du dossier aux archives. Accès à l’information…
      Car, le diable se cache dans les détails…

  • Jacques Moreau - Inscrit 21 août 2014 09 h 42

    Ca demande un 2ieme verification...

    En bout de ligne, est-il preferable de faire un deuxieme test pour verifier, ce qui se faisait de tout facon precedemment, ou manquer un cas positif, parce que ca n'apparaissait pas sur la photo? L'angoisse inutile durera peut-etre quelques mois, mais la "fausse" assurance que tout vas bien aura son prix a payer aussi.

    • Victoria - Inscrite 21 août 2014 12 h 27

      Et, voilà tout est une question de vérification deux fois plutôt qu’une, à tous les niveaux.