Santé mentale: une priorité oubliée

Le milieu de la santé mentale s’inquiète du manque d’intérêt autour de cet enjeu.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le milieu de la santé mentale s’inquiète du manque d’intérêt autour de cet enjeu.

Pressions budgétaires sur services psychologiques publics, report du plan d’action en santé mentale, annulation d’une campagne de prévention, financement réduit aux organismes communautaires : l’inquiétude est vive dans le milieu de la santé mentale, où on se demande si cette problématique n’est pas reléguée au dernier rang des préoccupations du gouvernement.

 

« C’est le parent pauvre du système de santé et ça ne semble pas vouloir changer »,dénonce Charles Roy, psychologue en CLSC et président de l’Association des psychologues du Québec. Le plan d’action en santé mentale 2014-2020 devait être dévoilé en mai dernier lors des Journées annuelles en santé mentale. Ce nouveau plan était attendu avec impatience dans le milieu, car le précédent couvrait les années 2005 à 2010.

 

Le lancement a été annulé, à la grande déception des personnes présentes, dit l’une d’entre elles. « [Il] est attendu au cours de l’automne »,indique Marie-Claude Lacasse, responsable des communications au ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), confirmant qu’il arrivera « un peu plus tard que prévu à l’origine ».

 

C’est Philippe Couillard qui avait lancé le plan d’action précédent en 2005. « Quand il était ministre, il en faisait une priorité », rappelle Claude Saint-Georges, secrétaire du RACOR en santé mentale. « Mais, comme l’a constaté le Commissaire à la santé et au bien-être, les résultats n’ont pas été à la hauteur faute d’y avoir mis les moyens. »

 

M. Saint-Georges espère non seulement que le plan d’action sera déposé rapidement, mais il en appelle aussi à une politique interministérielle. La justice, le logement, l’éducation : la santé mentale dépasse le simple champ d’action du MSSS.

 

« Le nuage au-dessus de tout ça, ce sont les compressions budgétaires », s’inquiète M. Saint-Georges.

 

Exit également la campagne de prévention 2013-2014. Prévue d’abord à l’automne 2013, elle n’est jamais venue.

 

La campagne n’a pas été annulée, se défend le MSSS. « L’objectif était de diffuser cette campagne au printemps, en même temps que le lancement du plan d’action, dit Mme Lacasse. Le plan d’action n’a pas été lancé. Le délai est principalement dû à la campagne électorale, menant à un changement de gouvernement et à la nécessité pour le cabinet de prendre le temps de posséder les dossiers. L’objectif du MSSS est de diffuser la campagne en santé mentale à l’automne. »

 

La plus récente campagne remonte à l’automne 2012.

 

Ça ne va guère mieux du côté des services : le psychologue Charles Roy rapporte que les pressions budgétaires ont un impact sur la qualité du suivi psychologique offert au public. Alors qu’il considère les services optimaux à 50 patients par an, on demande plutôt aux psychologues d’en suivre 75. L’attente moyenne est de 6 à 8 mois, selon M. Roy.

 

Il craint que la fusion des 12 CSSS montréalais en 6 entités, possibilité évoquée par l’agence de la santé, ne mette encore plus à mal les services.

 

Financement

 

Les organismes communautaires en santé mentale savent aussi qu’ils feront les frais de la non-indexation des budgets et de l’annulation d’une majoration de 40 millions qui avait été annoncée par le gouvernement péquiste.

 

Les organismes attendent une réponse par rapport à leur demande de financement sous peu. Mais ils se sont fait dire de ne pas être optimistes, rapporte Jérôme Gaudreault, directeur général de l’Association québécoise de prévention du suicide. Il donne l’exemple des centres de prévention du suicide, qui gèrent la ligne 1-866-appelle. « Quand le financement baisse ou stagne, on ne peut pas fermer la ligne. Il faut répondre 24 heures sur 24. Donc c’est la formation d’intervenants ou d’autres activités de prévention qui sont annulées. Certains centres se demandent vraiment comment ils vont faire pour survivre. »

7 commentaires
  • Johanne Dion - Inscrit 20 août 2014 06 h 57

    Abandonnés

    Mon conjoint ayant souffert du syndrome de Wernicke l'an passé, et ses problèmes physiques stabilisés, moi, en tant qu'aidante naturelle, je me sens abandonnée, seule aux prises avec les séquelles cognitives de cette maladie causée par son alcoolisme.

    En ce moment, je suis seule qui empêche cette personne de devenir un itinérant alcoolique dans la rue, ou un sans-abri à l'urgence, et je suis livrée à mes propres moyens par le système de santé du Québec. Je dois tenir bon jusqu'en novembre, ayant pu obtenir un rendez-vous avec un ominpatricien.

    Bien que nous payons tous les deux nos impôts toute notre vie, nous nous sentons quand même abandonnés par le service de santé.

  • Roxane Bertrand - Abonnée 20 août 2014 07 h 40

    Les "vrais affaires"

    Si les services de prévention du suicide sont coupés, c'est pour mettre l'argent sur les "vrais affaires": augmentation salariale des médecins.

    Apparemment, les québécois ont élu des gens qui jugent qu'il est plus important de monter le salaire des médecins, et de plafonner à 10 % de retour d'honoraire médical perçu en trop, que d'investir dans les gens en détresse.

    Personnellement, je ne soutient pas. C'est un étrange choix sociétaire que de vouloir s'occuper des "vrais affaires" plutôt que des "vrais gens".

    • Gaetane Derome - Abonnée 20 août 2014 14 h 15

      Mme Bertrand,

      Je tiens cependant a vous faire remarquer que les psychiatres sont parmis les specialistes les moins biens payes.Et aussi que les omnipraticiens travaillant avec la clientele psychiatrique,sont payes habituellement a honoraires fixes,donc a salaire,ils gagnent beaucoup moins que leurs collegues s'occupant de problemes physiques.
      Mais tout ceci revient a dire qu'en effet,la psychiatrie est "le parent pauvre de la medecine"...

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 20 août 2014 07 h 42

    Une priorité oubliée … à oublier ?

    « C’est le parent pauvre du système de santé et ça ne semble pas vouloir changer » (Charles Roy, psychologue CLSC, président, Association des psychologues du Québec)

    Tout comme celui de la « déficience intellectuelle » et « trouble du spectre de l’autisme » (« di-tsa ») qui milite pour des ajustements étonnement similaires, le monde de la « santé mentale » préoccupe, notamment en matières de pratique et recherche.

    De la pratique, on-dirait que, de l’ensemble, elle souffre ou relève d’aucune initiative neuve susceptible d’intervention et socialisation intégrées, participatives, mutuelles, et ;

    De la recherche, on-dirait que, des orientations et postulats ciblés, les données, liées en particulier aux diverses questions sur la citoyenneté et la démocratie, tardent à venir.

    De ce qui précède, ce questionnement-constat possible :

    Plan d’action ou non, si, de la pratique-recherche, on poursuit ou œuvre sans « changer » grand-chose, que souhaiter du monde de la « santé mentale » ?

    Une priorité oubliée … à oublier ? - 20 août 2014 -

  • Pierre Bellefeuille - Inscrit 20 août 2014 08 h 30

    Dans le plus beau, meilleur pays… de quoi, donc?

    La détresse est à son comble, il me semble! On n’a qu’a lire les chiffres récents portant sur le suicide. Je n’ai pas de mots assez fort pour décrire la dureté des chiffres que des organismes officiels nous présentent!

    Des sources fiables nous rapportent depuis quelques années qu’au Québec, le nombre de tentatives de suicide avoisine 30,000 annuellement! Lorsque j’ai pris connaissance de ce chiffre, je n’y croyais pas, j’ai fouillé plusieurs sites et j’ai même demandé à des organismes précis de valider ces chiffres tellement ils me paraissaient énormes. Personne n’a contredit! Hélas! Triste et très dure réalité!

    Mais, que se passe-t-il dans le cœur des hommes et des femmes dans le plus beau, meilleur pays…du monde? Ouf! Entre autres, je pense qu’on ne fouille pas assez les variables économiques… Avec chaque crise économique, trop de gens perdent la sécurité sociale. On aurait tors de sous-estimer ce que représente la perte de statut social reliée à un travail travail, j’insiste, bien rémunéré et constant.

    On mentionne le début des années 2000 ici. « Au tournant du siècle, le taux de suicide au Québec atteignait des sommets dépassés uniquement par la Russie, la Lituanie et le Kazakhstan. En 2001, 1 334 Québécois — dont 1 055 hommes (79 %) — se sont donné la mort. Le taux de suicide chez les jeunes hommes était parmi les plus élevés du monde, 30,7 pour 100 000 habitants. » Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Épidémi


    Des statistiques très récentes sur le suicide :
    - http://www.aqps.info/semaine/3-suicides-76-tentati
    - http://www.crise.ca/fr/instituts_2011_3.asp

    La détresse et le désespoir sont si grands! La prévention est essentielle, tout autant que devrait l’être la nécessité de préserver le filet social au niveau du gouvernement. Sonnez l’alarme, car rien ne va plus!

  • Pierre Bellefeuille - Inscrit 20 août 2014 08 h 40

    La variable économique!

    Pour compléter ce que je mentionnais dans mon paragraphe précédent : « Parmi les Québécois disposant des revenus les plus faibles, un sur trois présente un niveau de détresse psychologique élevé comparativement à un sur sept chez les mieux nantis. »

    Source, à même un PDF publié par la Santé publique du Québec :
    http://publications.msss.gouv.qc.ca/acrobat/f/docu