Comprendre les cerveaux malades

L’acteur Robin Williams souffrait d’une grave dépression, mais aussi d’un début de la maladie de Parkinson.
Photo: Tiziana Fabi Agence France-Presse L’acteur Robin Williams souffrait d’une grave dépression, mais aussi d’un début de la maladie de Parkinson.

Depuis l’annonce de la mort de Robin Williams, la directrice scientifique du Centre de recherche de l’Institut Douglas à Montréal, Brigitte Kieffer, constate qu’il y a eu un peu de « tout et n’importe quoi » qui a été dit sur les maladies mentales dans les médias.

 

Cette neurobiologiste de renommée internationale, qui a récemment obtenu le prix L’Oréal-UNESCO 2014 des femmes en science, a accepté de faire le point sur l’avancée des traitements lors d’une entrevue accordée au Devoir. Cela alors qu’on apprenait jeudi que le célèbre acteur américain souffrait non seulement d’une grave dépression, mais qu’il était aussi atteint d’un début de maladie de Parkinson.

 

« Les maladies mentales, il faut d’abord admettre qu’elles existent, il faut les traiter et les percevoir tout simplement comme une maladie du cerveau », mentionne d’emblée Mme Kieffer, qui est aussi professeure au Département de psychiatrie à l’Université McGill. Lorsqu’un cerveau est « malade », il est par contre bien difficile de le guérir à proprement parler, mais il est possible de le réadapter et le rééduquer pour lui permettre de fonctionner plus normalement.

 

« Le cerveau est, par contre, un organe très compliqué qui contient quelques millions de neurones et un trillion de connexions. Vous imaginez ! », lance la spécialiste. Avec autant de circuits, il ne faut pas s’étonner que les chercheurs aient encore peine à comprendre d’où viennent les dérèglements et ce qui ne tourne pas toujours rond dans une tête. Grâce aux recherches des dernières années, les scientifiques ont quand même été en mesure de mieux comprendre et d’agir sur les neurotransmetteurs afin d’atténuer les symptômes des personnes atteintes notamment de dépression, de bipolarité, de schizophrénie ou de tout autre psychose. Ils savent que les schizophrènes, par exemple, ont surtout des déréglementations au niveau des neurotransmetteurs de dopamine. Quant aux dépressifs, ils ont un taux trop bas de sérotonine.

 

« Les antidépresseurs classiques, comme le Prozac, augmentent le taux de sérotonine. On sait très bien comment ils interagissent sur le cerveau, mais le problème, c’est qu’ils ne fonctionnent pas sur tout le monde », reconnaît Mme Kieffer. En plus de la complexité du cerveau, les différences biologiques de chaque être humain compliquent aussi le développement de médicaments pour soigner les maladies mentales.

 

« Il faut développer plus de recherche en neurosciences pour comprendre quelles sont les différentes maladies biologiques des patients atteints de maladies mentales. Le jour où on comprendra quel est le problème biologique des patients, on arrivera à mieux les diagnostiquer et à mieux les traiter », avance notre expert en ajoutant que « le défi est vraiment de développer des médicaments selon la biologie de leur maladie ».

 

D’ici une dizaine d’années, la professeure Kieffer espère que la recherche sera suffisamment avancée pour aider davantage de personnes atteintes de maladies mentales comme Robin Williams en trouvant des médicaments plus adaptés. D’ici là, elle soutient qu’il faut continuer de démystifier ces maladies et les détecter plus tôt. « Il faut apprendre aux gens à reconnaître les signes, qui sont assez subtils. Souvent, les gens ne veulent pas l’admettre. Alors, ce sont les proches qui peuvent aider quand ils remarquent que l’un des leurs développe quelque chose de pas tout à fait normal, indique-t-elle. Mais les gens doivent comprendre que ça se soigne, la maladie mentale, et qu’il y a diverses approches [médicales et psychologiques] pour la gérer. »

2 commentaires
  • Jean Lengellé - Inscrit 15 août 2014 16 h 01

    Le désir d'en finir n'est pas une maladie mentale, loin de là!

    La lucidité sur sa propre condition, ainsi que le fait que, de toute façon, le décès soit inéluctable, conduit des personnes à se supprimer pour éviter de devenir à la charge des autres en étant de plus en plus diminuées, séniles, ou démentes, et donc confrontées aux pieux mensonges qui sontde plus en plus insupportables.
    Voir la vérité en face est de ce fait source de soulagement tant pour soi que pour les autres et ne reflète aucunement une problématique de santé mentale. Le problème est la santé tout court, et si à court ou moyen terme elle n'est pas récupérable, à quoi bon infliger la déchéance à soi et aux autres?

  • Yvon Bureau - Abonné 15 août 2014 21 h 36

    Mon Moi

    est un Nous très complexe mais pas compliqué du tout.

    Là fut le titre d'une de mes conférences il y a plusieurs années.

    Souvent c'est une de nos personnalités qui n'en peut plus, qui domine toutes nos autres personnalités qui veulent vivre, mais c'est elle qui a tout le pouvoir et qui pousse à l'acte ultime.

    En thérapie, il faut redonner le pouvoir aux personnalités qui veulent vivre, tout en prenant bien soin de celle qui n'en peut plus.

    Celui qui se suicide, c'est celui qui choisit la mort à la vie.

    La personne en fin irréversible de vie qui demandera une aide médicale à mourir choisira non entre la vie ou la mort, mais entre différentes façons de terminer sa vie.