Le Canada actif dans la recherche d’un remède contre le sida

Bien que les traitements actuels du VIH prolongent déjà la vie des patients infectés, les spécialistes du sida ne parviennent toujours pas à éliminer complètement le virus.
Photo: Sia Kambou Agence France-Presse Bien que les traitements actuels du VIH prolongent déjà la vie des patients infectés, les spécialistes du sida ne parviennent toujours pas à éliminer complètement le virus.

D’ici deux ou trois ans, le Dr Jean-Pierre Routy espère que les recherches contre le sida permettront d’offrir aux personnes atteintes du VIH des thérapies intelligentes qui permettront de tuer ou encore de déloger ce virus mortel qui affecte actuellement 35 millions de personnes dans le monde. Dans le cadre de la 20e Conférence internationale sur le sida à Melbourne, cet expert de l’Université McGill présentera, ce mardi, les recherches menées au Canada qui visent à mieux comprendre les mécanismes permettant au VIH de continuer de se cacher dans certaines cellules du corps malgré les traitements antiviraux.

 

Alors qu’il était passé minuit en Australie, le Dr Routy a pris le temps d’expliquer au Devoir les défis auxquels les chercheurs canadiens, mais aussi ceux de l’ensemble de la communauté internationale, devront relever ces prochaines années. Bien que les traitements actuels du VIH prolongent déjà la vie des patients infectés, les spécialistes du sida ne parviennent toujours pas à éliminer complètement le virus.

 

« Le cas du bébé du Mississippi nous pose un énorme problème », affirme au bout du fil le Dr Routy en rappelant l’histoire de cette petite fille, née d’une mère séropositive, qui était infectée, mais qui a été rapidement traitée avec des antiviraux quelques heures après sa naissance. Pendant presque deux ans, les médecins n’avaient retrouvé aucune trace du virus au point de dire que la fillette était « guérie ». Or, de nouveaux tests ont permis de trouver le VIH dans son corps il y a deux semaines. « Le virus est resté dans des cellules dormantes et elles se sont réveillées. Où est-il resté ? Dans quelle cellule ? Pourquoi est-il resté là ? On n’a aucune explication réelle », note le Dr Routy qui reconnaît que ce revers a donné un dur coup au moral de la communauté scientifique qui devra refaire des études pour comprendre ce qui s’est produit.

 

Un traitement à portée de main ?

 

Néanmoins, une équipe canadienne de chercheurs travaille actuellement sur de nouvelles approches pour guérir les personnes séropositives. Grâce à une aide financière de 8,7 millions de dollars d’Ottawa, les chercheurs du projet intitulé Cancure vont unir leurs efforts pour tenter de trouver un remède qui permettra de mettre fin à l’épidémie du sida. Après 30 ans de recherche sur la maladie, le Dr Routy est l’un de ceux qui croient qu’un traitement beaucoup plus efficace et moins contraignant que la trithérapie pourrait être à portée de main.

 

Ces derniers temps, il a principalement étudié les « cellules qui permettent de laisser passer le virus » plutôt que celles qui pourraient l’empêcher. Avec cette approche, il cherche à mieux comprendre le fonctionnement du VIH qui est capable de persister dans le corps dans plusieurs types de tissus et de cellules. Certaines formes persistantes du virus se trouvent même dans des cellules dites « au repos » qui empêchent les médicaments actuellement utilisés d’agir. Dans un avenir rapproché, le Dr Routy espère donc que leurs recherches permettront de développer des thérapies intelligentes qui pourraient mieux cibler les « cellules infectées », un peu comme dans le cas de certains traitements contre le cancer, pour enrayer le virus des patients atteints du VIH.

 

Sur tous les fronts

 

D’ici là, les 12 000 chercheurs réunis à Melbourne rappellent que la lutte doit se jouer sur tous les fronts, que ce soient ceux de la prévention, du financement, de la recherche et de l’engagement politique. Cette semaine, il sera autant question des risques pour les prostituées d’être contaminées par le VIH que de la prévalence de la maladie en Afrique ou des lois anti-gais en Russie. Dans la déclaration d’ouverture, les scientifiques ont insisté pour dire qu’il est urgent de mettre fin à « toutes les lois répressives qui renforcent la discrimination et la stigmatisation et accroissent la vulnérabilité au VIH ».

 

Même si l’ONUSIDA constate une diminution de 30 % du nombre de personnes qui meurent de la maladie depuis une décennie, 2,3 millions de personnes sont infectées chaque année dans le monde. Depuis quelque temps, les experts remarquent d’ailleurs une hausse du nombre de nouvelles infections en Europe et en Amérique du Nord. « À Montréal, c’est surtout le nombre de cas de jeunes gais qui est en hausse », atteste le Dr Routy. « Ils sont très au courant des risques, ils savent quoi faire pour éviter d’être infectés, mais avec les nouvelles drogues récréatives, il y a vraiment une propagation du virus », déplore-t-il.

 

À travers ce climat empreint à la fois d’espoir et de combat, les spécialistes du sida ont aussi souligné la mémoire de leurs six collègues qui ont péri dans l’écrasement de la Malaysia Airlines la semaine dernière. Une veillée aux chandelles se déroulera, ce mardi soir, sur la grande place de Melbourne.