Les soins avant la prévention

Certains secteurs de la santé publique, de la recherche et de l’évaluation se voient imposer des compressions plus importantes que la moyenne.
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir Certains secteurs de la santé publique, de la recherche et de l’évaluation se voient imposer des compressions plus importantes que la moyenne.

Comment boucler le budget de la santé avec un budget resserré, sans affecter les soins, comme promis par le gouvernement libéral ? En imposant des compressions plus importantes dans les agences de la santé, les organismes-conseils et la santé publique, qui s’occupent notamment de prévention, a décrété le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) après le premier exercice sous l’égide du ministre Gaétan Barrette.

 

C’est ce qui ressort de l’analyse détaillée des crédits du MSSS et des informations recueillies par Le Devoir depuis le dépôt du budget Leitao. Exemple : d’un côté, l’enveloppe des médecins ou des optométristes croît de 5 à 10 %, alors que les budgets consentis aux agences de la santé fondent de 5 %.

 

Le budget de la santé a obtenu une bonification globale de 2,6 % pour 2014-2015.

 

La Commission de révision des programmes va évaluer à l’automne la pertinence de chaque dépense, mais déjà, certaines orientations sont perceptibles.

 

 

La santé publique dans la mire

 

 

C’est ainsi que certains secteurs de la santé publique, de la recherche et de l’évaluation se voient imposer des compressions plus importantes que la moyenne.

 

L’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS) est amputé de près de 400 000 $, soit 3 % de son budget. L’an dernier, il avait plutôt eu une hausse de 4 %. L’INESSS a pour mission de « promouvoir l’excellence clinique et l’utilisation efficace des ressources » en santé.

 

À l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), nombreux sont ceux qui ont commencé à « mettre à jour leur CV », confie un employé réclamant l’anonymat. Le budget courant de l’INSPQ recule de 2 % cette année, selon les données fournies au Devoir par le MSSS.

 

Des chercheurs rapportent avoir l’impression que l’indépendance de l’Institut, qui a publié des études sur les jeux de hasard, l’amiante ou le gaz de schiste, peut lui avoir nui. « Nous sommes un peu vus comme un frein au développement économique, ou comme des idéologues », confie une de ces personnes.

 

Luc Boileau, qui assume la double fonction de p.-d.g. de l’INESSS et de l’INSPQ, se montre au contraire optimiste. Les laboratoires de l’Institut sont essentiels, dit-il. « Le fait de diminuer nos crédits impose des choix, mais ça n’ébranle pas nos missions. On est capables de revisiter nos façons de faire », assure-t-il en entrevue.

 

Pour les budgets de l’INSPQ, rien n’est encore coulé dans le béton, dit-il, en route pour une rencontre avec les hauts fonctionnaires du MSSS. L’octroi de fonds pour des projets spéciaux, qui proviennent en partie d’autres sources que le gouvernement du Québec, permet d’équilibrer le budget, dit-il.

 

L’INSPQ surveille l’état de santé de la population, suggère des stratégies de prévention, mène des études et fournit de la formation continue.

 

 

Aucune pression

 

 

M. Boileau réfute tout mécontentement de Québec à l’égard des prises de position de l’institut. « À aucun moment je n’ai connu quelque pression du gouvernement pour modifier nos analyses scientifiques, dit-il. Notre job, c’est de livrer les avis les plus complets possible, et celle des décideurs de prendre les meilleures décisions en ayant l’information la plus solide en main. »

 

Il confirme que la hiérarchie de la santé publique au Québec pourrait être revue. « Ces chantiers-là ne sont pas encore lancés, il y a des discussions. C’est légitime de se demander si on pourrait gagner en efficience et éliminer les dédoublements. »

 

Une fusion entre l’INESSS et l’INSPQ, dont il avait le mandat d’évaluer la faisabilité, n’aura toutefois pas lieu.

 

Les budgets de santé publique des agences sont en hausse de 4,7 millions. C’est en partie en raison de rapatriement de missions des hôpitaux. Pendant que les directions de santé publique des agences voient leur budget être augmenté de 8 %, celui des établissements accuse un recul de 10 %, ou 2,5 millions de dollars.

 

À Montréal, par exemple, des missions de santé publique du CUSM et de l’hôpital Maisonneuve-Rosemont reviennent à la direction centrale. La Direction de la santé publique de la métropole devra tout de même composer avec des mesures d’optimisation de 224 600 $, soit 2,5 % de son budget, confirme l’agence.

 

Les agences doivent pour leur part composer avec des compressions de leur volet administratif de 5 % de leur budget.

 

Le Commissaire à la santé et au bien-être écope de compression de près de 4 %. Sa mission est justement « d’apprécier les résultats atteints par le système de santé » et de recommander des moyens d’accroître la performance.

 

« Même si ça nous fait mal et qu’on pense que nous avons déjà pas mal écrémé dans les dernières années, nous allons contribuer aux efforts, dit sa directrice générale, Anne Robitaille. Je pense que nous sommes capables de continuer à accomplir notre mission, avec de la créativité. »

 

Les établissements de santé voient leurs budgets être bonifiés de 1,3 %. C’est moins que l’an dernier, et cela s’accompagne de mesures d’optimisation de 220 millions de dollars. Ils ont pour commande d’épargner les soins.

 

Les médicaments, grand moteur traditionnel d’inflation du budget de la santé, se voient octroyer une faible hausse de 0,3 %. La RAMQ doit aller chercher des économies de 130,5 millions de dollars. Grosse commande, que l’organisme compte remplir grâce à la « signature d’ententes particulières avec les fabricants, à la réduction du prix payé pour les médicaments génériques et à la mise en place de meilleures pratiques », dit sa porte-parole Caroline Dupont.

 

 

Factures en hausse

 

 

Un des postes budgétaires du MSSS qui connaît la croissance la plus fulgurante pour 2014-2015 est celui du service de la dette. Il en coûtera un peu plus d’un milliard, une hausse de 13,2 % par rapport à l’an dernier. La raison ? Il faut commencer à payer les PPP du CHUM et du CUSM. Ils sont responsables de 69 % de la croissance des remboursements au service de la dette.

 

Les services des médecins, des optométristes et des dentistes sont aussi des postes de dépenses en croissance. La facture est de 285 millions de plus pour les médecins. Les dépenses en soins optométriques publics sont en hausse de 10,2 %, une facture supplémentaire de 5,2 millions. Les soins dentaires, couverts entre autres pour les enfants, croissent de 5,1 %, ou 8,7 millions de dollars.

Postes budgétaires

En baisse

 
  • Agences de la santé
    –5 %
  • Organismes-conseils (INESSS, CSBE)
    –3 %
  • Institut national de santé publique
    –2 %
  • Fonctions de santé publique des établissements
    –10 %
  • Intervention en santé publique/communautaire
    –0,3 %


En hausse

 
  • Service de la dette
    +13 %
  • Services optométriques
    +10 %
  • Santé publique – Agences
    +8 %
  • Services médicaux
    5 %
  • Services dentaires
    +5 %

* En comparaison avec les données de 2013-2014
11 commentaires
  • Robert Henri - Inscrit 17 juillet 2014 07 h 07

    Couillard nous prend vraiment pour des débiles profonds.

    Faire plus avec moins. Couillard nous prend vraiment pour des débiles profonds. Il a réussi sans peine à être en 100 jours plus méprisable que Jean-Charest et fort de sa majorité il va sévir pendant bien longtemps. Sortons nous chaudrons et nos carrés rouges. Il y a de l'orage dans l'air pour l'automne.

  • Francois Parent - Inscrit 17 juillet 2014 07 h 55

    Les libéraux n'ont jamais tenu leur promesse en santé

    Depuis l'ancien gourvernement libéral Jean Charest que l'on nous pronmet des services efficaces et la promesse ne c'est jamais réalisé. On attend encore après 12 ans.
    .

  • Benoît Landry - Abonné 17 juillet 2014 08 h 53

    Les analyses à courte vue

    Complétement ridicule ce genre d'analyses qui démontrent l'incapacité d'individus qu'on dit extrèmement compétent d'avoir une vue à long terme. Ces analyses en silo vont faire en sorte de refiler à plus tard des factures de réparations particulièrement lourdes avec de pénibles dommages sociaux et environnementaux à court terme....

    Mais l'économie ira mieux..... nous aurons les moyens financiers suffisant pour aller acheter de l'eau propre.... sur Mars peut-être

  • Clément Fontaine - Inscrit 17 juillet 2014 09 h 05

    Parer au plus urgent au détriment de l'avenir

    Couper dans la prévention en santé pour maintenir tant bien que mal les soins médicaux, cela a toujours été la solution facile des gouvernements qui n'ont pas de vision à long terme. C'est présicément ce qui nous a mené au marasme actuel.

    Alors que la consommation d'alcool est encouragée par la publicité, surtout auprès des jeunes, que près du quart de la population du Québec demeure accroc au tabac, que M. et Mme Toutlemonde continue d'utiliser sa voiture pour des déplacements qui pourraient se faire par les moyens de transport collectifs, nous maintenons le cap vers une impasse certaine, pour ne pas dire que fonçons droit dans le mur, avec la bénédiction de notre triumvirat de médecins-politiciens gras-durs.

    Étrangement, c'est plutôt du côté fédéral que nous vient une nouvelle encourageante dans le domaine de la santé, soit la volonté de la Ministre Rona Ambrose de faire adopter une législation qui obligerait l'industrie alimentaire à préciser la teneur en sucre ajouté dans leurs produits. Mais il y a encore loin de la coupe aux lèvres...

  • michel verrette - Inscrit 17 juillet 2014 09 h 42

    Ça se dit docteur

    Ali baba et sa bande organisée sont malhonnête et incompétent,couper dans ces services revient a dire,fumons fumons on se fera soigner plus tard,belle vision de la matière qu'ils ont entre les deux oreilles.Mais pauvres de nous n'ayons crainte de rien,il y a des bons docteurs qui sont prêt a oeuvrer non pas dans des cliniques médicales mais dans des usines médicales,envoyez 10000 patients de plus y a rien là,la plèbe va payer en fermant sa boite.Faire du volume devrait revenir moin cher!!!