Alzheimer : une découverte québécoise crée de l’espoir

Depuis 20 ans, les recherches pour trouver un médicament pour traiter l'alzheimer ont été infructueuses jusqu’à présent.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Depuis 20 ans, les recherches pour trouver un médicament pour traiter l'alzheimer ont été infructueuses jusqu’à présent.

Des chercheurs québécois viennent de faire une découverte majeure qui pourrait révolutionner la lutte contre l’alzheimer. L’équipe du Dr Judes Poirier, de l’Institut Douglas à Montréal, a découvert qu’un gène protecteur pourrait retarder de cinq ans le développement de cette terrible maladie dégénérative du cerveau. En l’espace d’une génération, il serait ainsi possible d’éliminer à l’aide d’un médicament 50 % des cas d’alzheimer sur la planète. Et la bonne nouvelle, c’est que ce remède « miracle » existe peut-être déjà.

 

Lors d’un entretien accordé au Devoir à la veille de s’envoler au Congrès international sur l’alzheimer à Copenhague, le Dr Poirier était très heureux de révéler au grand jour les résultats de ses recherches, qui sont publiés, ce mardi, dans le Molecular Psychiatric Journal. Après avoir analysé 800 cerveaux de Québécois, tous descendants des fondateurs venus d’Europe depuis 300 ans, l’équipe du Dr Poirier a constaté que la présence du gène appelé « HMG CoA réductase » réduisait les risques d’être atteint d’alzheimer de 30 % chez les hommes et de 50 % chez les femmes. « C’est un gène qu’on connaît déjà très bien dans les maladies cardiovasculaires. Il sert principalement à fabriquer le cholestérol et c’est une variante naturelle qui existe déjà chez environ 25 % des Québécois », note le Dr Poirier.

 

En fait, les chercheurs ont remarqué que la présence de ce gène permettait de reporter de quatre à cinq ans le développement de la maladie. « Cinq ans, ce n’est peut-être pas impressionnant, mais comme l’alzheimer est une maladie de personnes âgées, on arriverait à éliminer la moitié des cas d’alzheimer au monde si on avait des médicaments qui permettaient de repousser de 4 à 5 ans la maladie. Et si un médicament pouvait reporter de 10 ans la maladie, on a calculé qu’il y aurait 95 % moins de cas d’alzheimer en une génération », explique-t-il.

 

Depuis 20 ans, les recherches pour trouver un médicament ont toutefois été infructueuses jusqu’à présent. Cent six médicaments différents ont été examinés, dont la plupart visaient à ralentir la maladie ou encore à stimuler la mémoire. Des vaccins ont aussi été testés, mais deux d’entre eux ont même rendu les gens plus malades. « Ce qui est fascinant, cette fois-ci, c’est que les chercheurs en cardiovasculaire ont déjà utilisé le HMG CoA réductase. Ils ont fait fabriquer des médicaments qu’on appelle les statines, qui sont des inhibiteurs chimiques du fonctionnement de ce gène. Ils ont remarqué chez ceux qui prenaient ces médicaments contre le cholestérol qu’il y avait aussi un effet protecteur dans le cas de l’alzheimer », raconte le Dr Poirier.

 

En effet, les chercheurs en cardiologie ont remarqué que les nouvelles statines (le lipitor, le crestor) n’avaient aucun effet sur les gens atteints d’alzheimer, mais que les anciennes statines (le zocar, le pravacor) sont beaucoup plus efficaces. « Si c’est comme je le pense, il y a sûrement un des vieux médicaments utilisés pour réduire le cholestérol qui est déjà prêt », avance le Dr Poirier, qui reconnaît qu’il faudra encore prouver que ces médicaments contre le cholestérol sont réellement efficaces pour contrer l’alzheimer.

 

Aide gouvernementale nécessaire

 

Le gouvernement canadien exige deux études indépendantes menées sur des humains avant d’approuver l’utilisation d’un médicament pour toute maladie. Ces études coûtent en moyenne 20 millions de dollars. « Les pharmaceutiques ne voudront pas les faire, parce que les anciennes molécules ne sont plus brevetées et qu’elles n’auront pas d’intérêt financier. Ça va donc être au gouvernement de le faire »,mentionne le Dr Poirier, qui croit que l’Europe, les États-Unis et le Canada pourraient s’unir. Comme l’alzheimer coûte environ 604 milliards de dollars par année à l’échelle mondiale, les chercheurs ont bon espoir de convaincre les gouvernements de collaborer. Au Québec seulement, 2,5 milliards de dollars sont dépensés chaque année en soins directs et indirects pour aider entre 120 000 et 130 000 personnes atteintes de la maladie.

 

Dès l’automne, l’équipe du Dr Poirier prévoit donc mener une étude avec des proches de personnes atteintes pour tester un de ces anciens médicaments contre le cholestérol. Certains participants recevront le médicament et les autres, un placebo. « On va pouvoir suivre l’évolution de leur état dans le temps dans les années qui précèdent théoriquement l’arrivée de la maladie », mentionne le Dr Poirier, qui ajoute que la prévention est primordiale pour réduire le nombre de cas. Ces dernières années, les médecins ont constaté que les médicaments avaient peu d’effet chez leurs patients déjà atteints vu que 75 à 80 % des cellules de leur cerveau sont déjà mortes. Pour empêcher le développement de la maladie, l’idéal serait d’administrer un médicament une décennie avant l’apparition des premiers symptômes. Et il est bien facile de repérer ceux qui sont susceptibles de perdre la mémoire. En 1993, l’équipe du Dr Poirier avait découvert que les porteurs du gène APOE4 risquent d’être affectés par la maladie. Ce gène demeure à ce jour le plus important facteur de risque lié à l’alzheimer.

9 commentaires
  • Danielle Caron - Inscrite 15 juillet 2014 09 h 45

    Oui mais...

    S'agit-il des résultats de recherche fondamentale, ou de recherche appliquée? Probablement de recherche appliquée. Financée par l'industrie pharmaceutique? Espérons que ce n'est pas le cas.

  • Richard Laroche - Inscrit 15 juillet 2014 11 h 06

    La mémoire politique

    Il faudrait développer un médicament pour retarder de 4 ans l'oubli de la mémoire politique.

    • Bernard Plante - Abonné 15 juillet 2014 13 h 03

      On pourrait également tester les médicaments contre les pertes de mémoire auprès des personnes assignées à la Commission Charbonneau. Plusieurs semblaient sérieusement atteintes!

  • Yvon Sylva Aubé - Inscrit 15 juillet 2014 11 h 56

    Je me souviens...

    Chercher, chercher...pour trouver un médicament ? La source de la plupart des maladies vient de la malbouffe. Point. Produits raffinés : sucre, farine, riz blanc etc.
    50 produits chimiques (en plus du sucre blanc (mortel) dans vos bières commerciales;
    Manger des cadavres (viande); Va chercher va chercher !
    Produits chimiques dans les nettoyants...la liste est longue. Arrêtez de dépenser des millions en recherche pour VENDRE vos merdiques médica-ment.
    Pas besoin de diplômes universitaires pour comprendre ça.

    • Mélanie Lebrun - Inscrite 18 juillet 2014 20 h 33

      Tes arguments sont agressif, mais tu as raison que nos corps sont poluée de plusieurs facons et il faudrait apprendre a vivre sainement au lieu de chercher a pallier ce manque de saineté par la médications.

      Néanmoins, dans le cas de l'alzheimer, je doute tres fortement que ce soi lié, c'est une dégénérescence du cerveau causé par l'inaptitude de notre corps a le réparer et est relié a la génétique...

  • Jessica Londei - Inscrite 15 juillet 2014 22 h 10

    article original?

    Je trouve votre article intéressant, et aimerait en apprendre plus en consultant l'article scientifique original. Où pourrais-je le trouver? Je ne l'ai pas vu sur le site du journal mentionné. Merci beaucoup!

  • Michèle Cossette - Abonnée 16 juillet 2014 12 h 48

    Chaînon manquant

    Il y a quelque chose que je ne comprends pas. On a découvert un gène dont la présence protège contre la maladie d'Alzheimer. Et on cherche un médicament qui permettra d'inhiber ce gène!!??
    Quelqu'un peut-il m'expliquer le lien que je ne fais pas?

    • Charles Brillon - Inscrit 18 juillet 2014 09 h 11

      Je ne pense pas qu'il s'agisse d'inhiber ce gêne mais plutôt de mimer son action. Effectivement ce n'est pas clair. Le cholestérol produit par ce gêne ne doit pas être le même cholestérol que le "mauvais cholestérol" après tout le nom de ce gêne est "HMG CoA... "réductase"! Il peut y avoir beaucoup de cholestérol dans le sans mais Si le ratio HdL sur LdL est élevé la personne est moins à risque de développer des maladies cardiovasculaires.

      Je ne suis pas biochimiste et peut-être que ce que je dis n'est pas exact mais je pense que ça doit être quelque chose du genre.