​Démission de six directeurs de la santé publique

Le Dr Alain Poirier, le directeur démissionnaire de la Santé publique en Montérégie, a déjà été directeur national de la Santé publique.
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir Le Dr Alain Poirier, le directeur démissionnaire de la Santé publique en Montérégie, a déjà été directeur national de la Santé publique.
Six directeurs régionaux de la Santé publique ont démissionné en bloc de leurs fonctions, confirme le ministère de la Santé et des services sociaux (MSSS).

La Presse révélait jeudi matin que ces derniers protestent ainsi contre une révision à la baisse de leurs conditions salariales.

Les directeurs démissionnaires sont Alain Poirier (Montérégie), Jean-Pierre Courteau (Outaouais), Ariane Courville (Gaspésie), Jean-Pierre Trépanier (Lanaudière), Françoise Bouchard (Nunavik) et Sylvain Leduc (Bas-Saint-Laurent). Le Dr Alain Poirier a déjà été directeur national de la Santé publique.

Selon le MSSS, on ne reproche rien à ces médecins, qui subissent les contrecoups d’une directive ministérielle s’adressant à tous les cadres du réseau.

Dans la foulée de révélations sur les salaires plus élevés que ceux prévus aux échelles salariales officielles reçus par certains cadres du réseau de la santé, notamment l’ancien directeur général du CHUM Christian Paire, le MSSS a en effet décidé de mettre fin à cette pratique.

Le MSSS a indiqué au Devoir que plusieurs directeurs de la santé publique avaient, de bonne foi, négocié de meilleures conditions salariales que les échelles prévues avec les agences de la santé. Cela visait à recruter et retenir les candidats, qui pouvaient bénéficier de conditions plus avantageuses dans la pratique médicale qu’en tant que cadres du réseau. Les agences avaient jusqu’au 23 juin pour mettre fin à tout avantage supplémentaire consenti aux cadres, selon une directive ministérielle du 10 juin.

Le MSSS n’est pas en mesure de spécifier combien de cadres verront ainsi leur rémunération revue à la baisse.

L’actuel directeur national de la santé publique, le Dr Horacio Arruda, n’a pas souhaité accorder d’entrevue, jeudi matin. Recruter six nouveaux directeurs sera tout un défi. Moins de 200 médecins sont spécialisés en santé communautaire au Québec. Le départ des six médecins démissionnaires sera officialisé dans 60 jours.

Barrette accuse les démissionnaires d’opportunisme

Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, qualifie de «purement opportuniste» cette démission en bloc. «Ces lettres [de démission], je les ai reçues il y a un peu plus de deux semaines. Manifestement, ces gens-là ont décidé d’attendre le bon moment pour sortir sur la place publique. On comprendra la manoeuvre», a déclaré le ministre en entrevue avec La Presse canadienne, jeudi.

Le docteur Barrette croit ainsi qu’ils ont voulu profiter de la controverse entourant la double rémunération du ministre Yves Bolduc, qui a reçu une prime de 215 000 $ pour la prise en charge de patients, un salaire de médecin et son salaire de député lors des 18 mois passés dans l’opposition.

Quoi qu’il en soit, le ministre de la Santé se dit prêt à réintégrer ces médecins dans leurs fonctions de directeur de santé publique s’ils le souhaitent. Sinon, leurs postes seront tout simplement affichés et comblés.

Le contrat régissant les directeurs de santé publique oblige ceux-ci à se consacrer exclusivement aux tâches reliées à cette fonction durant les heures régulières de travail.

Le ministre rappelle que ces règles ont toujours existé et que les médecins qui choisissent de devenir cadre doivent les accepter.

«Leur position c’est de dire: nous sommes médecins et parce que nous sommes médecins, même si nous sommes des cadres, nous devrions avoir la rémunération équivalente à ceux qui font de la clinique. Mais on ne peut pas tout avoir dans la vie», tranche le docteur Barrette.

Il rappelle, toutefois, que rien ne les empêche d’exercer la médecine en dehors de leurs heures de travail, les soirs et fins de semaine.

Quant à la possibilité de modifier les règles pour permettre les tâches parallèles, Gaétan Barrette ne ferme pas complètement la porte: «Qu’on me fasse des propositions. Nous avons simplement appliqué la règle qui est là depuis toujours dans le cadre budgétaire dans lequel on se trouve.»