Les paramédicaux pourront administrer la naloxone

La naloxone permet de stopper temporairement les effets des opiacées.
Photo: Dan Reiland Associated Press La naloxone permet de stopper temporairement les effets des opiacées.

Ébranlées par la vague de surdoses mortelles liées à la consommation de drogues de rue, les autorités de santé publique réagissent. La naloxone, cet antidote qui permet de stopper temporairement les effets des opiacées, devrait être plus largement disponible dès le début de la semaine.

 

Alors que ce médicament est remis gratuitement aux narcomanes dans certaines provinces canadiennes et certains États américains, au Québec la naloxone n’est administrée qu’à l’hôpital. Une situation sur le point de changer.

 

« On va mettre en place le projet PROFAN à Montréal », a confirmé vendredi une porte-parole de la ministre déléguée à la Santé publique Lucie Charlebois. Actuellement en phase de projet-pilote, le programme PROFAN (Prévention et réduction des overdoses, formation et accès à la naloxone) facilite la distribution de la naloxone sous la supervision de professionnels de la santé (médecins, ambulanciers et infirmiers). Comme le révélait Le Devoir au début de juin, le gouvernement du Québec tergiversait depuis huit mois quant à la poursuite du projet. Il a finalement accédé aux demandes des groupes venant en aide aux personnes toxicomanes.

 

« Les opiacées peuvent créer une dépression respiratoire au niveau du cerveau. Les patients n’arrivent plus à respirer d’eux-mêmes et peuvent faire un arrêt respiratoire. La naloxone, ça renverse en quelque sorte l’effet de la drogue, pendant 30 à 40minutes, et ça peut faire qu’ils puissent respirer par eux-mêmes », explique le directeur médical régional d’Urgences-santé à Montréal, le Dr Dave Ross.

 

Près d’une cinquantaine de paramédicaux de Montréal seront formés et habiletés à administrer ce médicament à partir de lundi, a annoncé la direction d’Urgences-santé, qui collabore depuis plusieurs semaines à l’enquête de la Santé publique de Montréal sur ces surdoses.

 

Prévue depuis deux ans, la formation a été devancée de quelques mois afin de répondre plus efficacement à la problématique actuelle. Une soixantaine de techniciens ambulanciers paramédicaux, ceux qui sont les plus susceptibles de traiter de tels patients, seront formés en priorité, a indiqué le Dr Ross en entrevue auDevoir. La formation sera par la suite étendue à l’ensemble du personnel dès la fin de l’été.

 

« Avec ce qu’on vit en ce moment, on a décidé de prioriser la formation. Montréal se trouve dans une situation particulière, c’est là qu’on retrouve le plus grand nombre d’intoxications aux opiacées à l’heure actuelle. On ne sait pas ce qu’on trouve exactement dans la drogue de rue qui circule en ce moment, mais on sait qu’elle est coupée avec quelque chose de très, très fort », soutient-il.

 

Pas moins de 53 intoxications et 18 décès ont été recensés depuis la mi-mai dans la métropole en lien avec la circulation d’une drogue inhabituellement dangereuse.

 

Cinq nouveaux décès ont été enregistrés en juin, ce qui semble indiquer une certaine régression, mais la Direction de la santé publique juge qu’il est trop tôt pour baisser la garde.

 

Les trois quarts des décès par surdose qui ont été enregistrés depuis le mois de mai ont été causés par des drogues injectables, telles que l’héroïne, mais la consommation de cocaïne ou de comprimés contrefaits par voie nasale et par inhalation a aussi été en cause dans certains cas.

 

Comme plusieurs, le Dr Ross estime que cette drogue puissante pourrait être du Fantanyle, un analgésique opioïde qui est environ 80 fois plus fort que la morphine. Il est généralement administré aux patients souffrant de douleurs « extrêmes », comme les personnes atteintes d’un cancer des os.