Une facture en hausse de 48%

Depuis le début de l’entente entre l'hôpital du Sacré-Coeur et la clinique privée Rockland MD, en 2008, Québec a déboursé plus de 25 millions de dollars pour 10 681 chirurgies d’un jour.
Photo: Jean-François Leblanc Archives Le Devoir Depuis le début de l’entente entre l'hôpital du Sacré-Coeur et la clinique privée Rockland MD, en 2008, Québec a déboursé plus de 25 millions de dollars pour 10 681 chirurgies d’un jour.

Le coût unitaire moyen des chirurgies réalisées pour le compte de l’hôpital du Sacré-Coeur à la clinique privée Rockland MD a bondi de 48 % depuis deux ans.

 

Alors que le coût moyen par intervention était 2105 $ en 2009-2010, il a été de 3120 $ en 2013-2014, selon les calculs effectués par Le Devoir.

 

L’entente entre l’hôpital montréalais et la clinique de Mont-Royal, qui prend fin en septembre avec le rapatriement des patients au public, prévoit le paiement de journées de chirurgie. Québec tentant de diminuer son recours au privé, une diminution du volume de chirurgies confié à la clinique pourrait expliquer cette hausse du coût par cas. Le type de chirurgies effectuées et la coexistence de coûts fixes et variables pourraient aussi expliquer cette variation, indique l’attachée de presse du ministre de la Santé Gaétan Barrette, Joanne Beauvais. Cela pourrait rendre une moyenne difficile à interpréter, selon elle.

 

Avec pour résultat contradictoire qu’en 2012-2013, l’entente a coûté 865 955 $ de plus que l’année précédente… pour 365 interventions de moins.

 

Des patients en attente d’une solution

 

Ces calculs ont été effectués à partir de données fournies dans les documents de l’étude des crédits du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), déposés vendredi dernier à l’Assemblée nationale. L’entente a permis de maintenir la cadence pendant les rénovations à Sacré-Coeur, et elle a été bénéfique en ce sens, indique Joanne Beauvais.

 

Depuis le début de l’entente en 2008, Québec a déboursé plus de 25 millions de dollars pour 10 681 chirurgies d’un jour. En 2013-2014, l’entente a coûté près de 5 millions au Trésor public.

 

Québec, qui avait estimé les coûts à 3,2 millions pour 2012-2013 lors de la précédente étude des crédits, a dû réviser cette prévision à la hausse. En effet, la facture s’élève finalement à 5,4 millions pour cette période.

 

À deux mois de la fin de l’entente qui permettait d’opérer environ 1500 patients par an, l’hôpital du Sacré-Coeur n’a pas encore trouvé de lieu pour réaliser un volume de 300 à 377 interventions, dont plus de 200 chirurgies bariatriques.

 

Dans une lettre envoyée le 26 juin à l’Agence de la santé et des services sociaux de Montréal, le directeur général adjoint de l’hôpital du Sacré-Coeur, Jean Maher, affirme être en mesure de récupérer 1200 des 1577 cas traités à Rockland MD en 2013-2014. « Dans le cadre d’un projet d’optimisation de nos salles opératoires, amorcé depuis quelque mois déjà, nous avons été en mesure d’accroître notre production chirurgicale », écrit-il.

 

L’aménagement d’une salle dédiée aux chirurgies d’un jour devrait permettre d’en faire encore davantage, ajoute-t-il.

 

Toutefois, restent quelques centaines de cas à replacer. M. Maher évoque la possibilité d’augmenter le nombre de patients traités à l’hôpital Jean-Talon.

 

Pour ce qui est de la chirurgie bariatrique, Sacré-Coeur est toujours à la recherche d’une salle opératoire où faire les interventions. L’Agence a entamé des discussions avec l’hôpital de Lachine du CUSM.

 

Si ces discussions n’aboutissent pas, les patients pourraient devoir attendre encore plus. À Montréal, le délai d’attente moyen pour la chirurgie bariatrique, visant à traiter l’obésité, est de 68 semaines. Il y avait 940 patients en attente au 30 mai, dont 696 depuis plus de six mois.

 

Talonné la semaine dernière par la Coalition avenir Québec, qui exigeait le dévoilement de l’étude sur laquelle Québec base sa décision de mettre fin à l’entente avec Rockland MD, le ministre de la Santé Gaétan Barrette l’a finalement déposée vendredi à l’Assemblée nationale.

 

Un avertissement dès 2008

 

Datant de novembre 2008, l’étude signée Raymond Chabot Grant Thornton avertit Québec que les chirurgies réalisées à Rockland MD sont plus coûteuses que dans le système public. C’est sur la base de cette analyse que le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, a dit avoir entériné la décision de son prédécesseur Réjean Hébert de ne pas renouveler l’entente.

 

À 9420 $ par jour de chirurgie, l’entente ne devenait équivalente au coût public qu’à partir d’une moyenne de 8,9 cas par jour, une cible plutôt irréaliste. Avec une moyenne « optimale » de 7,1 cas par jour, chaque chirurgie coûtait 258 $ de plus à Rockland MD. La firme comptable a tenu compte, dans ses calculs, des différents frais supplémentaires assumés par l’hôpital, comme certaines fournitures médicales, la gestion des archives, de l’inscription des patients et de l’entente elle-même, par exemple.

 

La firme conclut tout de même que Québec a fait une bonne affaire, puisque les données fournies par la clinique montrent que leurs coûts d’exploitation moyens par jour seraient de 13 305 $.

 

Il existe au moins une autre étude, faite par le service des finances de l’hôpital et dont faisait état La Presse au printemps, qui prétend au contraire que les chirurgies coûtent moins cher à la clinique qu’à l’hôpital.

 

Ce sont les listes d’attente et le manque de salles opératoires disponibles qui avaient ouvert la porte à de telles ententes avec le privé, alors que Philippe Couillard était ministre de la Santé, en 2007. En campagne électorale ce printemps, M. Couillard a avancé que l’entente serait renouvelée, mais son ministre de la Santé, Gaétan Barrette, a décrété à son arrivée en poste que cette dernière était trop coûteuse.

 

Dans les dernières semaines, Québec a aussi décidé de mettre fin à une entente de 7 millions par an qui liait l’hôpital de Saint-Jérôme et l’Institut de l’oeil des Laurentides.

Une augmentation importante des coûts

Nombre deCoût totalCoût moyenÉcart annuel chirurgiespar chirurgie

2008-200910242 096 518,00 $2047,38 $

2009-201019363 768 080,00 $1946,32 $–4,9 %

2010-201121604 501 147,00 $2083,86 $+7,1 %

2011-201221754 578 756,00 $2105,18 $+1,0 %

2012-201318095 444 711,00 $3009,79 $+43,0 %

2013-201415774 920 975,00 $3120,47 $+3,7 %

TOTAL1068125 310 187,00 $2369,65 $

Source : Étude des crédits 2014-2015 du ministère de la Santé et des Services sociaux
8 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 3 juillet 2014 07 h 39

    PPP

    "J'adore les PPP" - un médecin ayant requis l'anonymat.

  • Pierre Germain - Inscrit 3 juillet 2014 07 h 54

    Alors que l'on parle de cliniques privées, il est approprié de se demander s'il Gaetan Barrette possède toujours des intérêts dans des cliniques privées. S'il s'avérait que c'est le cas, ne s'agit-il pas là d'un conflit d'intérêt. Et Gaetan Barrette ne devrait-il pas se départir immédiatement de tous lesdits intérêts.

    Dans le même ordre d'idée, ne devrait-il pas y avoir une loi stipulant qu'aucun membre du gouvernement actuel ne puisse mettre en place des mesures les favorisant lorsqu'il retournerons à la pratique de la médecine après leur passage en politique. Je parle ici évidemment de Couillard, Bolduc et Barrette.

  • Carole Jean - Inscrite 3 juillet 2014 08 h 48

    Et pendant ce temps-là…



    Et pendant ce temps-là, on rapporte que le député libéral Yves Bolduc a passé un séjour fort payant en clinique privée alors qu’il était encore député d’opposition et était un ancien ministre de la Santé.
    http://www.lapresse.ca/le-soleil/actualites/sante/

    Les élus libéraux ne sont pas avant tout des députés pour servir la population mais plutôt des lobbyistes en politique travaillant pour des intérêts privés.

  • Sylvain Auclair - Abonné 3 juillet 2014 09 h 12

    Capital de risque

    Le prix d'un repas au restaurant augmente-t-il quand le resto est moins plein? Pourquoi serait-ce au client de payer pour le manque d'efficacité de l'équipe des ventes de cette entreprise privée?

  • Jacques Morissette - Inscrit 3 juillet 2014 09 h 30

    Quand valeur humaine rime avec le cash qu'il engrange.

    La médecine privée ne se prive pas, semble-t-il? Quand valeur humaine rime avec le cash qu'il engrange.