VIH: sans condom et sans risque ?

Si, et seulement si, six conditions précises sont respectées, les personnes vivant avec le VIH pourraient laisser le condom de côté avec des risques négligeables ou très faibles de transmission. Le tout dans le cadre d’une relation de couple exclusive, lorsque le virus est indétectable dans le sang pendant plus de six mois.

 

Le Comité d’experts sur les infections transmissibles sexuellement et par le sang publie aujourd’hui un avis qui vise à uniformiser le message transmis aux personnes infectées par le VIH qui partagent leur vie avec un partenaire qui n’est pas porteur. Le risque était auparavant considéré comme « élevé » de cesser l’utilisation du condom, peu importent les circonstances.

 

Pour que l’abandon du condom présente un risque négligeable ou très faible, le virus doit être indétectable pendant au moins six mois, pour au moins deux mesures consécutives.

 

Les personnes atteintes doivent prendre leurs antirétroviraux de manière irréprochable, soit respecter à au moins 95 % leur traitement. La personne atteinte doit être en relation stable et exclusive avec son partenaire, et aucun des deux ne doit présenter une autre infection transmissible sexuellement et par le sang (ITSSS). De plus, les deux partenaires doivent se soumettre à un suivi médical aux 3 ou 4 mois, incluant mesure de la charge virale et dépistage, et profiter d’un counseling régulier.

 

Ces recommandations sont valables pour des relations sexuelles vaginales, puisque les études disponibles se sont penchées sur les couples hétérosexuels. Les experts québécois estiment que les relations sexuelles orales non protégées pourraient aussi passer à un faible niveau de risque sous ces conditions. Pour ce qui est des relations anales, les experts sont toujours en attente des résultats d’une étude chez les couples homosexuels, mais ils estiment aussi qu’il est raisonnable de croire que ces six conditions diminuent grandement le risque de transmission.

 

Un message réaliste

 

Selon le président du comité, le Dr Marc Steben, le message véhiculé aux personnes vivant avec le VIH, depuis la médiatisation de certaines études, pouvait être contradictoire, voire, dangereux. « La décision doit se prendre de façon consensuelle dans le couple. Il reste un faible risque que le couple peut décider d’assumer en toute connaissance de cause », insiste-t-il. « On ne dit surtout pas qu’il est acceptable d’avoir des aventures d’un soir non protégées, même quand la charge virale est faible ! » Le risque résiduel, lorsque toutes ces conditions sont remplies, serait de l’ordre de 5 à 8 %.

 

Lorsque les six conditions ne sont pas remplies, le condom demeure le moyen de protection le plus sûr. « Il n’y a pas un moyen meilleur que l’autre. Si quelqu’un n’arrive pas à une charge virale indétectable, ou n’est pas en relation de couple stable, le condom est tout à fait efficace », rappelle le Dr Steben.

 

« Ce qui est extraordinaire, c’est qu’on peut maintenant dire aux gens qu’il est possible d’avoir une vie de couple normale avec le VIH, et même de songer à fonder une famille. C’est un beau triomphe », se réjouit-il.

 

Le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) mettra à jour les guides et outils qui s’adressent aux professionnels de la santé pour refléter ces nouvelles recommandations.

  
Publiée en 2011, l’étude HPTN 052 a démontré qu’un traitement précoce aux antirétroviraux des personnes infectées par le VIH permettait de réduire de 96 % le risque de transmission chez les couples hétérosexuels. Plus de 1700 couples à travers le monde avaient participé à cette étude, sacrée « découverte de l’année » par le magazine Science en 2011. Dans le groupe recevant les traitements précoces, seuls 4 partenaires avaient été infectés dans les 886 couples, contre 36 dans le groupe témoin de 877 couples. L’étude avait même été arrêtée, car il était non éthique de continuer à exposer le groupe témoin à des risques. Les premiers résultats de l’étude Partners, qui inclue cette fois 40 % de couples homosexuels, vont dans le même sens, même pour les relations sexuelles anales. Cette étude est toujours en cours. Amélie Daoust-Boisvert