Santé mentale : les adolescents laissés pour compte

Le système de santé, dans sa forme actuelle, échappe trop souvent les adolescents souffrant de troubles de santé mentale, déplore le président des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC), le docteur Alain Beaudet.

 

Au Canada, une personne sur cinq sera aux prises avec une maladie mentale au cours de sa vie. Cependant, les jeunes sont les plus vulnérables : 75 % des maladies mentales et des problèmes de santé mentale se manifestent avant l’âge de 25 ans, et plus de 50 % surviennent entre 11 et 25 ans.

 

« Chez les jeunes des Premières Nations, les problèmes de santé mentale sont criants. Le taux de suicide chez les jeunes Inuits est le plus élevé au monde, alors on n’a pas à être vraiment fiers de cette statistique au Canada », expose le Dr Beaudet.

 

Les services actuels sont conçus pour les enfants plus jeunes et les adultes plus âgés ; il faut donc revoir la façon dont le système prend en charge les adolescents pour faire en sorte que ceux-ci ne passent plus entre les mailles du filet, croit-il.

 

Ashley Tritt ne fait pas partie de ces laissés-pour-compte. Elle se trouve aujourd’hui très chanceuse.

 

Lorsque ses troubles alimentaires ont atteint leur paroxysme, sa mère a réussi à obtenir de l’aide médicale « en suppliant » une secrétaire de l’Institut Douglas, un centre hospitalier montréalais spécialisé en santé mentale, se souvient la jeune femme maintenant âgée de 23 ans.

 

« Mais ce ne sont pas tous les jeunes qui veulent aller dans des hôpitaux. Aller au Douglas peut être très intimidant », expose-t-elle.

 

Il faut donc aller chercher les jeunes là où ils se trouvent : sur les réseaux sociaux et dans leur milieu naturel, entre autres.

 

C’est dans cette optique que les IRSC ont lancé, en partenariat avec la Fondation Graham-Boeckh, le réseau de recherche ACCESS Canada. Celui-ci souhaite faire d’ici cinq ans une petite révolution dans les soins dispensés aux jeunes atteints de maladie mentale.

 

« Ça prend des méthodes innovantes. Les jeunes sont tous sur leur téléphone mobile, alors développons des “apps” qui leur permettent d’être en contact avec quelqu’un rapidement. Mettons sur pied des groupes de jeunes à l’école qui vont savoir reconnaître les symptômes [de troubles mentaux] et apporter du soutien », illustre le Dr Beaudet.

 

Le gouvernement du Canada versera 12,5 millions au programme sur cinq ans par l’intermédiaire des IRSC. La Fondation Graham-Boeck, en versant une somme équivalente, porte le total de l’investissement à 25 millions de dollars.

 

Il se déploiera dans six provinces — le Québec, l’Ontario, l’Alberta, la Saskatchewan, le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Écosse — ainsi que dans les Territoires du Nord-Ouest, et sera chapeauté principalement par le docteur Ashok Malla, professeur de psychiatrie à l’Université McGill.

 

« Nous allons tenter d’introduire de nouvelles façons d’offrir des soins en santé mentale auprès des jeunes âgés de 11 à 25 ans et évaluer l’efficacité de ces mesures », explique le Dr Malla.

 

L’une des variables, qui est déterminante dans le traitement des troubles de santé mentale, est celle du temps — un adolescent qui manifeste le désir de rencontrer un professionnel de la santé le lundi peut très bien se raviser le vendredi. La fenêtre de possibilité se referme très rapidement.

 

Le réseau de recherche se fixe ainsi comme objectif de donner suite aux appels à l’aide dans un délai de 72 heures.

 

« Le système actuel ne permet pas d’avoir accès aux soins assez rapidement. C’est l’une des plus grandes parties du problème, souligne le Dr Malla. Ça pourrait coûter un peu plus cher en amont, mais cela pourrait faire économiser beaucoup d’argent en évitant que ces jeunes se retrouvent à l’hôpital. Attendre six heures à l’urgence peut être une expérience traumatisante pour un jeune aux prises avec des problèmes de santé mentale. »