La 3e dose du vaccin est annulée

Le ministère de la Santé n’administrera pas la troisième dose du vaccin contre le virus du papillome humain (VPH), prévue au calendrier vaccinal en troisième secondaire, compte tenu des données scientifiques actuelles, qui indiquent que deux doses assurent une protection similaire à un coût optimal, et des limites de l’« acceptabilité » d’une troisième dose dans la population.

 

Malgré cette décision, basée sur la recommandation claire du Comité d’immunisation du Québec (CIQ) faite en 2013, le ministère de la Santé et des Services sociaux financera, au cours des cinq prochaines années, une étude pour continuer de tester l’efficacité d’une troisième dose auprès de 4000 jeunes filles faisant partie des trois premières cohortes vaccinées lors du lancement du programme, en 2008. Cette vaste recherche sera menée de façon conjointe par le Centre de recherche du CHUM et celui du CHUQ à Québec.

 

Cette position surprenante, qui semble nier la nécessité d’une troisième dose tout en continuant à tester son efficacité, découle aussi de recommandations du CIQ, qui estime qu’un suivi scientifique s’avère plus sécuritaire, compte tenu du faible recul dont dispose la communauté scientifique à l’égard de ce vaccin relativement récent. Plus encore, l’étude vise à vérifier concrètement si le taux d’infection et de lésions vaginales sera différent chez les filles ayant reçu deux ou trois doses, une fois que celles-ci seront sexuellement actives.

 

« Le but de l’étude est de s’assurer que les deux doses vont donner la protection attendue. On sait, grâce au niveau des anticorps, que la réponse immunitaire au vaccin est très bonne chez les plus jeunes de 9-10 ans, même meilleure que chez les filles de plus de 16 ans. Mais la question qui reste en suspens, c’est la durée de la protection. On va avoir la seule étude qui pourra apporter une réponse à cette question », indique la Dre Marie-Hélène Mayrand, cochercheuse principale de l’étude, affiliée au CR-CHUM.

 

Depuis six mois, des centaines de lettres ont ainsi été envoyées dans la région de Québec et de Montréal pour recruter des élèves des trois premières cohortes qui ont aujourd’hui 14 ou 15 ans, afin de comparer les taux d’infection et de lésions vaginales qui seront observés entre 15 ans et 20 ans chez un groupe contrôle, ayant reçu deux doses du vaccin, et l’autre groupe, qui recevra la troisième dose.

 

Des jeunes filles se sont déjà portées volontaires et ont été associées au hasard à l’un ou l’autre des deux groupes. Toutes les participantes devront se soumettre à des prélèvements sanguins et fournir des autoprélèvements de sécrétions vaginales tous les six mois pendant cinq ans.

 

Comme les jeunes de 9 à 10 ans n’ont pas encore d’activités sexuelles, les études produites jusqu’ici ne démontraient que l’efficacité du vaccin à produire des anticorps contre le VPH. En 2013, une étude canadienne a d’ailleurs établi que le taux d’anticorps chez les préadolescentes vaccinées était aussi bon, qu’elles aient reçu deux ou trois doses. La Suisse a adopté depuis une politique d’immunisation préconisant seulement deux doses. Trois doses sont toujours données dans les autres provinces canadiennes, sauf en Colombie-Britannique.

 

8,5 millions de moins

 

Interrogé sur les raisons de l’abandon de la troisième dose, le ministère de la Santé a répondu que l’administration de celle-ci avait toujours été hypothétique et qu’il s’est rangé l’an dernier à l’avis du comité d’immunisation lui recommandant de ne pas aller de l’avant avec son projet initial. Alors que, en 2012-2013, le coût du programme était de 18,5 millions, il plafonnera à 10 millions en 2013-2014, compte tenu de l’abandon de la troisième dose.

 

Dans une réponse livrée par courriel, l’attachée de presse du ministère de la Santé, Stéphanie Ménard, précise que cette décision « n’est aucunement liée à une question de coûts ». « L’objectif [du ministère de la Santé] est d’offrir la meilleure protection contre le VPH et, selon les données scientifiques disponibles, l’administration de deux doses est suffisante », a-t-elle répondu. Québec dit en sus qu’il se conforme ainsi aux récentes recommandations en ce sens de l’Organisation mondiale de la santé.

 

Un vaccin toujours controversé

 

Au cours des dernières années, des rapports européens ont remis en question la sécurité du vaccin et signalé certains effets secondaires graves. Plusieurs autres scientifiques, dont des Canadiens, ont pour leur part continué à mettre en doute l’utilité de cette vaccination universelle — parmi les plus coûteuses — pour éradiquer un virus que 90 % des personnes éliminent seules, en moins de deux ans.

 

Interrogée pour savoir si les effets secondaires graves imputés en Europe au vaccin Gardasil avaient joué dans la décision d’abandonner la troisième dose, la Dre Mayrand a répondu : « Les effets secondaires sont toujours préoccupants pour n’importe quel vaccin et heureusement très rares. Ça peut donc être un avantage de ne donner que deux doses. »

 

Dans son rapport, rendu en juin 2013, le comité d’immunisation affirmait : « Les vaccins contre les VPH administrés aux filles de 9-11 ans sont bien tolérés. Cependant, un calendrier à deux doses pourrait éviter des manifestations cliniques inhabituelles (MCI), contrairement à un calendrier à trois doses. »

 

Le fait que la troisième dose du VPH s’ajoute aux rappels, déjà prévus en 3e secondaire, du vaccin contre le méningocoque et du triple vaccin contre la diphtérie, la coqueluche et le tétanos aurait aussi joué dans la décision du comité d’immunisation. On aurait craint que cette énième vaccination n’ait un effet de ressac sur les taux de vaccination atteints contre ces autres maladies.

 

Même si le débat sur son utilité réelle divise toujours médecins et scientifiques, les études actuelles montrent que le vaccin contre le VPH protège à 100 % contre les condylomes et à 90 % contre deux types de virus du papillome humain, à l’origine de 70 % des cas de cancer du col de l’utérus. Seulement 10 % des infections au VPH sont susceptibles de dégénérer en lésions cancéreuses.

 

Le cancer du col utérin est le deuxième en importance chez les jeunes femmes de 20 à 44 ans. Au Québec, 325 nouveaux cas sont diagnostiqués chaque année et 80 femmes en décèdent.

Qu'est-ce que le VPF?

Le VPH est une maladie sexuellement transmissible, que la majorité des adultes attrapent à un moment donné de leur vie. Si le VPH est très souvent inoffensif, certaines souches agressives peuvent provoquer des verrues génitales, voire conduire à des cancers du col de l’utérus, de l’anus, de la tête, du cou ou de la gorge. Quelque 70% des cancers du col de l’utérus sont ainsi causés par des virus du papillome humain de types 16 et 18. Agence France-Presse
16 commentaires
  • Yves Perron - Inscrit 9 juin 2014 07 h 51

    Big Pharma va pas être contente

    On dirait que la vérité commence à sortir. Il était temps que le gros bon sens frappe certains chercheurs et qu'ils commencent à se garder une petite gêne avant d'injecter toutes ces cochonneries dans les veines humaines pour engraisser les pharmas et leurs actionnaires.

    • Simon Chamberland - Inscrit 9 juin 2014 10 h 39

      Les cochonneries, comme vous le dîtes, permettent de prévenir des verrues génitales et des cancers du col de l'utérus. Des femmes meurent du cancer du col de l'utérus. On estime qu'environ 1450 Canadiennes recevront un diagnostic de cancer du col de l'utérus et qu'environ 380 en mourront. Si cochonnerie il y a, c'est bien le VPH.

      Si la prévention est suffisante avec 2 doses, tant mieux. On pourrait envisager de vacciner les garçons.

    • Sébastien Gamache - Inscrit 10 juin 2014 13 h 57

      BRAVO !

      Enfin quelqu'un qui ne suit pas les fanatiques "religieux" des États-Unis avec leur propagande anti-scientifique.

  • Nicole Ste-Marie - Abonnée 9 juin 2014 09 h 42

    Du hasard pour des dollars

    Je cite: "Plus encore, l’étude vise à vérifier concrètement si le taux d’infection et de lésions vaginales sera différent chez les filles ayant reçu deux ou trois doses, une fois que celles-ci seront sexuellement actives."

    Finalement les pharmaceutiques ne sont pas au courant de l'effet de leur vaccin sur les jeunes femmes vaccinées. De plus on vaccine des jeunes femmes qui à l'intérieure de 2 ans peuvent elles même éliminer le virus.

    • Simon Chamberland - Inscrit 9 juin 2014 10 h 34

      Auriez-vous une étude sérieuse au sujet de votre affirmation suivante :

      «De plus on vaccine des jeunes femmes qui à l'intérieure de 2 ans peuvent elles même éliminer le virus.» ?

      Nous sommes déjà en mesure d'évaluer que la vaccination contre le VPH commence à donner une immunité grégaire, même si le taux de vaccination est bas. Voici un résumé d'article révisé par des pairs et accepté en comité de lecture, donc une référence solide :

      http://www.thelancet.com/journals/laninf/article/P

    • Danielle René - Inscrite 9 juin 2014 15 h 11

      M. Chamberland,

      1) C'est un fait indisputé par la communauté médicale que la plupart des gens seront infectés par le VPH au cours de leur vie sans même s'en rendre compte. Une simple visite sur le site de Santé Canada le confirme: « La plupart des infections à VPH surviennent en l'absence de symptômes et disparaissent sans traitement en quelques années.»

      2) Vous ne semblez pas avoir lu l'étude dont vous nous donnez le lien. Cette étude, revue par les pairs, en fait dispute les résultats d'une autre étude qui prétend que le vaccin anti VPH est responsable de la diminution du taux de verrues génitales chez les hommes. Les auteurs de votre étude contestent cette conclusion en démontrant que la diminution précède le vaccin. Pour la preuve solide, on repassera.

      Après quelques centaines d'heures à lire la littérature scientifique reliée aux vaccins, (une minime fraction de tout ce qui a été publié) la seule affirmation que je peux faire avec certitude c'est qu'il y a beaucoup plus de zones grises dans la littérature scientifique que dans le discours rassurant des autorités médicales et des fabricants de vaccins.

    • Simon Chamberland - Inscrit 9 juin 2014 21 h 49

      Mme René

      Vous avez lu trop rapidement l'article de The Lancet. On commencerait, mais ils demandent d'autres études. C'est écrit en toutes lettres. Avant dernier paragraphe.

      Misère...

    • Nicole Ste-Marie - Abonnée 10 juin 2014 00 h 44

      @ M. Simon Chamberland,
      dans le texte même, le 1er paragraphe sous le sous titre:

      Un vaccin toujours controversé

      Au cours des dernières années, des rapports européens ont remis en question la sécurité du vaccin et signalé certains effets secondaires graves. Plusieurs autres scientifiques, dont des Canadiens, ont pour leur part continué à mettre en doute l’utilité de cette vaccination universelle — parmi les plus coûteuses — pour éradiquer un virus que 90 % des personnes éliminent seules, en moins de deux ans.

      Il ne semble pas que vous ayez lu l'article au complet M. Chamberland.

    • Simon Chamberland - Inscrit 10 juin 2014 08 h 04

      Mme Ste-Marie

      Bien sûr que j'ai lu l'article au complet. Vous avez fait une interprétation bien rapide et basée sur peu de chose pour écrire votre dernière phrase. Si c'est une habitude, ça explique beaucoup. Le VPH tuera cette année 380 femmes au Canada. Environ 1450 développeront un cancer du col de l'utérus.

      Votre phrase dit qu'on vaccine des jeunes femmes qui peuvent éliminer elles-mêmes le virus. Et bien non, 10 % ne l'éliminent pas, on des verrues et/ou développent des cancers.

  • Danielle Houle - Abonnée 9 juin 2014 12 h 32

    Dans un futur pas très loin

    Je ne serais pas surpris qu'un jour, des parents pas de tête (et il semble y en avoir de plus en plus), fassent enlever les seins, le foie, l'utérus, la rate, les reins, le cerveau de leurs filles dans le but d'éviter un cancer de ces organes. Complètement ridicule cette histoire de vaccination. On sait que le cancer est causé par un dérèglement du systèeme immunitaire et on accorde très peu d'importance à le maintenir en santé. Au contraire, nos vies hyper-stressées, notre pauvre alimentation, la piètre qualité de notre air et eau, le manque de sommeil sont quelques facteurs qui affaiblissent notre système de défense. Et on préfère se replier sur un vaccin douteux plutôt que de prévenir le mal à la source. On fait dur des fois, souvent même!

    • Simon Chamberland - Inscrit 9 juin 2014 15 h 56

      Ça, c'est de la pure pseudo-science, et je n'ai pas l'impression que vous ayez une formation vous permettant d'étayer vos propos. («googler» sur les sites de pseudo-science n'est pas une formation scientifique).

  • François Laforest - Abonné 9 juin 2014 21 h 23

    La DSP et la politique -pharma

    Une campagne dans la précipitation où les parents, au début, furent mis au courant après la première dose du vaccin.
    Un oubli, le condom a toujours sa place car le petit virus n'est pas la seule source des maladies transmissibles sexuellement ! Au début de la campagne de vaccination, un médecin de la DSP expliquait à la SRC, lors d'une entrevue radio, la merveilleuse opportunité que représentait ce vaccin pour terrasser les cancers du col s'en mentionner qu'il fallait une dose de rappel. Évidemment, la seconde dose augmente les marges bénéficiaires du fabricant. C'est du bout des lèvres que ce médecin du reconnaître ouvertement ce fait, tout en reconnaissant la place importante du condom, à défaut de mieux.
    Et pour ce qui est du principe de précaution; il faudrait commencer par regarder froidement ce que la science dit et sur quels fondement.

    • Simon Chamberland - Inscrit 10 juin 2014 08 h 06

      Le VPH est un papillomavirus, donc peut passer au-travers des préservatifs.

    • François Laforest - Abonné 10 juin 2014 15 h 05

      M. Chamberland, il n'y a pas que les virus qui sont responsables de maladies transmissibles sexuellement i.e. qu'avec ou sans la protection contre la charge virale les comportements à risques ne rendent pas l'utilisation des condoms obsolètes pour autant.

    • Simon Chamberland - Inscrit 11 juin 2014 09 h 22

      M. Laforest,

      Tout le monde sait qu'il n'y a pas que le papillovirus qui est responsable des ITSS. Par contre, beaucoup de personnes, comme vous, ignorez que le condom n'est pas suffisant contre le papillovirus.

  • François Laforest - Abonné 11 juin 2014 19 h 58

    La littératie et l'interprétation subjective d'articles scientifiques.

    Le fait de retenir d'un article, ou d'une revue de la littérature scientifique, que des arguments qui satisfassent l'objet d'un but recherché biaisent les conclusions que vous tentez de démontrer. C'est tout aussi vrai d'une interprétation subjective que l'on prête à un ou des commentaires comme par ex. : '' ...beaucoup de personnes, comme vous, ignorez que le condom n'est pas suffisant contre le papillovirus.''