L’hôpital du Sacré-Coeur champion du prélèvement d’organes

Des ressources techniques, des anesthésistes et des intensivistes sont disponibles jour et nuit pour entrer en salle d’opération et recevoir les donneurs dans des délais minimaux.
Photo: Source Hôpital Sacré Coeur Des ressources techniques, des anesthésistes et des intensivistes sont disponibles jour et nuit pour entrer en salle d’opération et recevoir les donneurs dans des délais minimaux.

Un projet pilote réalisé à l’hôpital du Sacré-Coeur de Montréal depuis un an a permis de hisser l’établissement dans le peloton de tête des centres de prélèvement d’organes les plus efficaces au monde, et de faire bondir le nombre de patients bénéficiaires de transplantations au Québec.

 

Le coup de maître est le résultat d’un projet ambitieux démarré en juin 2013 par le Centre de prélèvement régional (CPO) de cet hôpital, mis en place pour diminuer le nombre de Québécois en attente de greffes d’organes ou de tissus. Ce modèle prometteur a permis de transplanter 182 organes en 12 mois. Un résultat spectaculaire, qui équivaut à 88,5 personnes transplantées par million de donneurs potentiels, et place l’hôpital au même rang que les champions mondiaux de la transplantation que sont la Croatie, la Belgique et l’Autriche.

 

« Nous ne fonctionnons que depuis un an, mais nous atteindrons d’ici la fin du mois 200 transplantations pour 2013-2014, alors qu’il s’en est réalisé 600 au Québec, dont 400 dans 11 autres hôpitaux », a expliqué mercredi le Dr Patrick Marsolais, médecin intensiviste et interniste, coordonnateur médical du CPO.

 

À titre d’exemple, le taux de personnes transplantées ne dépasse pas 46 par million au Canada et 58 au Québec, sans l’apport de l’hôpital Sacré-Coeur.


La clé ? La rapidité.

 

L’équipe du CPO dispose en tout temps de deux lits pour recevoir les donneurs potentiels à l’unité des soins intensifs. Des ressources techniques, des infirmières conseillères auprès des familles, des anesthésistes et des intensivistes sont disponibles jour et nuit pour entrer en salle d’opération et recevoir dans des délais minimaux les donneurs référés par d’autres hôpitaux.

 

« Dans la majorité des hôpitaux, les équipes de transplantation sont souvent prises en otage parce qu’il n’y a pas d’espace réservé au bloc opératoire et parfois pas de lits disponibles aux soins intensifs. Dans ces cas, le patient attend, les médecins transplanteurs attendent, même les avions sont en attente à l’aéroport. Notre projet pilote démontre la faisabilité d’un système beaucoup plus performant », se réjouit le Dr Marsolais.

 

Grâce à ce programme, Sacré-Coeur estime être en mesure de recevoir tous les donneurs potentiels de la région des Laurentides et de l’ouest du Québec, y compris les donneurs « improbables », chez qui le prélèvement s’avère plus complexe. Par exemple, l’équipe du CPO a prélevé les poumons d’une jeune victime d’hémorragie cérébrale, chez qui il a d’abord fallu éliminer la probabilité d’une tumeur cancéreuse au cerveau. « Nous avons fait entrer un neurochirurgien de nuit pour faire une biopsie préalable et éliminer la possibilité d’une tumeur, avant d’effectuer le prélèvement des organes, explique ce médecin. La receveuse, qui a reçu la greffe dans les heures suivantes, n’aurait pas passé la nuit. »

 

À la lumière de ces résultats, l’Agence de la biomédecine de France, autorité responsable du programme de don d’organes dans l’Hexagone, a invité la semaine dernière le Dr Marsolais à venir faire état des détails de l’organisation mise en place à l’hôpital Sacré-Coeur. La France, qui atteint déjà la cible de 70 personnes transplantées par million, souhaite rendre son système de prélèvement encore plus performant.

 

L’équipe du CPO de Sacré-Coeur souhaiterait étendre ce modèle à plusieurs autres hôpitaux, ce qui changerait la donne pour les 1000 personnes en attente d’une greffe au Québec. Seulement 500 ont pu recevoir un organe cette année. Les patients en santé, de plus en plus âgés, sont identifiés comme de très bons donneurs potentiels, mais plusieurs médecins les éliminent d’emblée, croyant à tort que seuls les grands traumatisés peuvent être des donneurs d’organes. Ces derniers ne comptent que pour 26 % des dons, la plus grande part des organes provenant de patients victimes d’accidents vasculaires cérébraux (AVC) ou d’anoxie cérébrale post-réanimation.

 

Banque de greffons

 

L’hôpital Sacré-Coeur innovera cette année aussi en démarrant avec Héma-Québec une banque de greffons vasculaires, utilisés dans de nombreuses chirurgies, notamment lors de pontages coronariens. Les tissus humains seront prélevés à Sacré-Coeur et remis à Héma-Québec qui deviendra fournisseur pour les hôpitaux du Québec et du reste du Canada, qui devaient auparavant faire appel à des banques de greffons américaines.

2 commentaires
  • Christian Fleitz - Inscrit 29 mai 2014 09 h 44

    là aussi....

    Reconnaisance de l'excellence, de la qualité et de l'intelligence du projet : Bravo !

  • Brigitte Biron - Inscrite 30 mai 2014 09 h 01

    Oui, soulignons l'excellence et la qualité du travail effectué par les équipes multidisciplinaires en santé afin de soigner et soulager les personnes en attente d'une transplantation.
    Bravo!