Autisme : la piste de l’acide folique mériterait d’être fouillée

C’est à coups de percussions tonitruantes que les militants d’Autisme Montréal ont rappelé leur existence au premier ministre Philippe Couillard, devant ses bureaux montréalais, mercredi, à quelques jours du dépôt du budget.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir C’est à coups de percussions tonitruantes que les militants d’Autisme Montréal ont rappelé leur existence au premier ministre Philippe Couillard, devant ses bureaux montréalais, mercredi, à quelques jours du dépôt du budget.

Pendant que les familles de personnes vivant avec l’autisme manifestent sans relâche pour se faire entendre, une chercheuse lance un cri du coeur pour la prévention. « Le système de santé est noyé et on oublie qu’il faut agir en amont », déplore l’épidémiologiste Larissa Takser, de l’Université de Sherbrooke.

 

Encore mercredi, quelques dizaines de personnes ont sorti les percussions pour tenter d’attirer, devant les bureaux montréalais de Philippe Couillard, l’attention de Québec. « On manifeste souvent parce que nos demandes ne sont pas entendues », raconte Électra Dalamagas, dont la petite soeur, maintenant adulte, vit avec l’autisme. Et la prévention, constate-t-elle, « ça n’existe même pas ! » Tout comme les services, insuffisants. « On fait l’autruche 

 

Aux États-Unis, le Center for Disease Control and Prevention évalue qu’un enfant sur 68 reçoit un diagnostic d’un trouble du spectre de l’autisme. C’était 1 sur 150 en l’an 2000.

 

Anticorps en cause ?

 

Larissa Takser croit qu’une des pistes les plus prometteuses est celle d’un métabolisme perturbé de l’acide folique. Elle presse Québec de subventionner une étude pour vérifier cette hypothèse. Spécialiste de la contamination environnementale plus que de l’autisme, elle dit que la prévalence grandissante de la condition la pousse à l’action.

 

Les travaux du chercheur à la State University de New York Edward Quadros l’ont mise sur la piste. Ce dernier travaille sur des anticorps qui empêchent l’acide folique de se rendre au cerveau. « Si la mère a cette maladie auto-immune, elle n’aura pas de symptômes importants, mais pour le foetus, dont le cerveau est en développement, c’est un facteur déterminant », explique-t-il.

 

Aux États-Unis, de 10 à 15 % de la population serait porteuse de ces anticorps, dit-il. « Je crois que si on pouvait détecter ce problème chez les femmes avant qu’elles tombent enceintes, on pourrait réduire les chances que les enfants développent des troubles neurologiques », dit-il. On ne parle donc pas de prévoir tous les cas, mais une portion seulement. « L’autisme a plusieurs causes. Beaucoup de cas sont multifactoriels »,souligne le chercheur.

 

Selon lui, les quantités d’acide folique ajoutées dans la farine ou les multivitamines pour les femmes enceintes, dans le but de prévenir le spina-bifida, suffisent pour la plupart des femmes, mais pas pour celles qui possèdent ces anticorps.

 

Nous pourrions avoir une réponse en trois ans, croit Mme Takser. Avec une étude pour vérifier la prévalence de ces anticorps chez les Québécoises, et en comparant les enfants dont les mères ont pris des suppléments vitaminiques ou non. Il serait ensuite possible de prévenir chez les femmes qui présentent le trouble métabolique, croit la chercheuse.

 

Une étude norvégienne réalisée sur plus de 85 000 enfants parue en 2013 dans le Journal of the American Medical Association (JAMA) a aussi montré que la prise de suppléments d’acide folique avant et pendant la grossesse réduisait de moitié le risque d’autisme chez les enfants.

 

Le Dr Laurent Mottron, spécialiste de l’autisme qui dirige le laboratoire de Neurosciences cognitives des troubles envahissants du développement de l’Université de Montréal, estime cette piste intéressante, même si, comme bien d’autres dans la communauté scientifique, il a des réserves. « L’étude publiée dans le JAMA est de bonne qualité, c’est prometteur », observe-t-il. « Je crois que l’acide folique pourrait avoir une action indirecte. Très probablement qu’un apport adéquat diminue l’incidence de l’ensemble des maladies neuro-développementales, qui elles-mêmes sont associées à l’autisme », dit-il.

9 commentaires
  • Roxane Bertrand - Abonnée 29 mai 2014 07 h 21

    Investigation et rentabilité

    En 15 ans, passer de un sur 150 à un sur 68, alors que les femmes d'aujourd'hui son d'avantage conscientes de l'importance de prendre de la B12 est surprenant. J'aurais donné d'avantage de crédit au lien inverse. Enfin, une bonne recherche doit promouvoir les bienfaits d'un produit qui sera vendu.

    Toutefois, il est fort plus probable que ce qui affecte notre environnement nous affecte aussi. Les pesticides et autres substances présentent dans l'alimentation, pratiquement inoffensives pour un adulte ou même un enfant, pourrait avoir un effet dévastateur sur le développement neurologique d'un embryon.

    Mais...enfin, il est ardu pour un chercheur de recevoir du financement pour discrédite un produit qui ne pourra plus être vendu!

    • Larissa Takser - Inscrit 29 mai 2014 09 h 54

      Il ne s'agit pas du B12 mais du B9. Même si ça semble surprenant, le lien entre le B9 et l'autisme est très solide. L'article ne mentionne pas la composante génétique, très présente dans la population blanche (jusqu'à 40%) et qui nous prédispose au manque de la forme ACTIVE du B9, l'acide folique étant une forme biologiquement inactive.
      Le manque du B9 + les polluants est une piste sur laquelle nous travaillons en ce moment.

  • Louis Gérard Guillotte - Abonné 29 mai 2014 09 h 11

    Le cerveau d'Hugo

    Justement,hier soir,le 28 mai -20h,Tv5 nous proposait un document-dire fiction de 2h sur l'autisme et les diverses compréhensions des causes de celui-ci véhiculées à tra-
    vers les âges et vécu par les parents qui en témoignent.Dans ce document magistra-
    lement bien fait,nous constatons que des enfants autistes à qui les psychiatres et
    autres spécialistes ne donnaient aucune chance d'être autres que ce qu'ils étaient.
    irrémédiablement retranchés dans l'incommunicabilité.Ce document brosse l'histori-
    que des recherches à droite et à gauche pour comprendre les phénomènes humains
    possédés par cette "maladie".Aujourd'hui Hugo,l'un des exemples proposés,parle 7
    langues,est diplômé universitaire et virtuose au piano.Certains de ces enfants naguè-
    re condamnés sont aujourd'hui considérés comme des génis en différent domaines
    d'activités.

    • Larissa Takser - Inscrit 29 mai 2014 13 h 19

      Effectivement, un tiers de ces enfants ont ce que l'on appelle le syndrome d'Asperger - capables de faire des choses extraordinaires et ont la cognition très fonctionelle. Cépendant, deux tiers ont une déficience intéllectuelle et quand on parle de la piste acide folique, c'est à ces enfants là que nous voulons donner la chance dès le départ.

    • Lucila Guerrero - Inscrite 29 mai 2014 14 h 09

      Je l'avais regardé et j'ai revisioné hier soir.

      C'est triste l'histoire des autistes condamnés à maltraitances et à être enfermés sans possibilité de se développe juste parce qu'ils n'ont pas été compris.

      Je trouve aussi triste qu'on pense pas assez aux autistes qui sont déjà dans notre monde, qui souffrent d'incomprehension (pas du fait d'être autistes). Où sont les projets pour les accepter, pour l'inclusion dans les études et travail, pour la valorisation de leur potentiel ? Pour quoi on appelle rarement les adultes autistes qui peuvent beaucouo apporter?

      J'ai l'impression qu'on pense encore à nous ... je pense au mot juste... normaliser?

      Une autiste heureuse de son esprit autistique (et mère d'un enfant autiste)

    • Lucila Guerrero - Inscrite 29 mai 2014 17 h 51

      quels seraient spécifiquement les bienfaits du B9 pour une personne autiste?

      L'article n'explique pas tout.

  • Larissa Takser - Inscrit 29 mai 2014 21 h 03

    Pour une personne autiste adulte, le B9 ne fera probablement rien. Comme l'article le mentionne, le B9 doit agir au bon moment (premières 8 semaines de grossesse) pour assurer la bonne mise en place des structures cérébrales chez le foetus. Elle est donc doit être prise à la bonne dose au bon moment.
    Par contre, certains enfants autistes sévères (pas les aspergers) ont des anticorps qui empechent le B9 se rendre au cerveau. Chez ces enfants on peut améliorer les simptômes en donnant une forme particlulière du B9, l'acide folinique, si donné à jeune âge.

    • Philippe Manchon - Inscrit 30 mai 2014 07 h 57

      Le mieux serait déja d'incorporer la vitamine B9 dans la farine comme c'est fait dans 57 pays mais pas en France. En effet, le traitement doit être commencé 1 mois avant la grossesse et pendant les 8 semaines suivantes pour être efficace. http://www.caducee.net/actualite-medicale/10767/la

    • Larissa Takser - Inscrit 30 mai 2014 08 h 07

      La B9 est déjà ajouté aux farines au Canada, mais cette quantité est toujours par suffisante pour les personnes porteuses des gènes dont je parle et surtout des porteuses des anticorps. En effet, l'acide folique ets la forme de la B9 la plus stable (résiste à la chaleur etc), mais la moins assimilable par l'organisme. Elle est 70 fois (!) moins efficace que les folates naturels. Il n'y a pas de solution majique pour tout le monde...