Un CHSLD s’oppose aux caméras de surveillance dans les chambres

Une chambre dans un CHSLD de la province. Selon le CSSS de Saint-Léonard et Saint-Michel, la présence d’une caméra dans une chambre individuelle d’un centre d’hébergement de son territoire cause du stress et de l’anxiété chez ses employés.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Une chambre dans un CHSLD de la province. Selon le CSSS de Saint-Léonard et Saint-Michel, la présence d’une caméra dans une chambre individuelle d’un centre d’hébergement de son territoire cause du stress et de l’anxiété chez ses employés.

Le CSSS de Saint-Léonard et Saint-Michel a plaidé devant la Cour Supérieure, lundi, le fait que la présence d’une caméra dans une chambre individuelle d’un centre d’hébergement de son territoire cause du stress et de l’anxiété chez ses employés. Mais la famille de la patiente estime que le CSSS ne peut empêcher une personne hébergée d’installer un système de surveillance, la chambre étant son milieu de vie.

 

La caméra installée par les enfants d’une résidente, avec son consentement, contrevient au droit à la dignité et à la vie privée des employés du centre, a fait valoir le CSSS, qui a présenté une demande en injonction pour le retrait de l’équipement de surveillance.

 

« Si toutes les chambres étaient munies de caméra, les CHSLD seraient ingérables », a par ailleurs lancé Me Maxime Arcand, du cabinet Monette-Barakett, qui représente le CSSS.

 

Caméra intrusive ou rassurante ?

 

La patiente en cause, dont le nom fait l’objet d’une ordonnance de non-publication, est hébergée en CHSLD depuis 2012. En novembre, la dame a dû être hospitalisée pour une infection urinaire. C’est son fils, inquiet de son état et insatisfait de la réaction des employés, qui l’a fait transporter en ambulance à l’hôpital, où elle a été hospitalisée six jours.

 

À son retour, une caméra était installée dans sa chambre par ses enfants, avec son accord. Les images sont accessibles à la famille à partir d’un téléphone intelligent ou d’un ordinateur, à distance.

 

En cour lundi, un infirmier est venu raconter que le soir du transport en ambulance, les protocoles ont été suivis et que l’infection urinaire de la patiente aurait pu être soignée sur place.

 

Pour le CSSS, il n’y a pas de motif raisonnable pour justifier la présence de la caméra. En plus de ses employés, le CSSS s’inquiète pour celle de la patiente, car la caméra « capte des soins intimes », rapporte Me Arcand.

 

Plusieurs préposés « ne veulent plus aller dans la chambre », a-t-il rapporté.

 

Compressions

 

« Les personnes hébergées sont comme si elles étaient chez elles. Elles ont le droit de prendre des mesures appropriées pour assurer leur sécurité et leur protection, juge pour sa part Me Ménard. Quand un employé est dans la chambre d’un patient, son droit à la vie privée est virtuellement inexistant ».

 

Selon Me Ménard, les compressions dans le réseau de la santé entraînent une « diminution graduelle de l’intensité de surveillance ». Par conséquent, croit-il, de plus en plus de familles voudront veiller sur leurs proches par l’entremise de caméras.

 

La juge Carole Hallé devra trancher et établir ce qui prime entre les droits des employés ou ceux de la patiente ? La caméra a été retirée d’un commun accord en attendant la décision de la cour, qui est attendue dans les prochains jours.

3 commentaires
  • Mario K Lepage - Inscrit 27 mai 2014 10 h 00

    Big brother

    À ce stade-ci, pourquoi ne pas imposer des caméras dans les salles de classes pour regarder nos enfants en pleine action devant leur professeur? Dans les cuisines des restaurants pour vérifier la salubrité des lieux? Dans les vestiaires des arénas? On pourrait les diffuser en boucle lors d'une émission de télé-réalité!

  • Claude Salois - Abonné 27 mai 2014 16 h 12

    Qui a peur de la vérité?

    Un récent séjour à l'hôpital pour une chirurgie m'a convaincu qu'une caméra placée dans ma chambre aurait démontré comment une seule employée a pu nuire aux conditions de mon rétablissement alors que les autres personnes ont démontré une conscience professionnelle qui ne pouvaient justifier que de sincères remerciements.

    Quant à mettre des caméras dans les classes des écoles, on ne peut s'y opposer que parce que la trop des parents et d'autorités scolaires souhaiteraient s'en servir dans un esprit revanchard et coercitif plutôt que dans un contexte éducatif pour les élèves et de perfectionnement pour les enseignants. Si les élèves se voyaient abuser à outrance de la patience des enseignants et enseignantes et si ceux-ci avaient un vrai reflet de leur actions en classe, tous ceux qui veulent être honnêtes et corrects en profiteraient certainement pour s'améliorer.

    Et il ne serait certainement pas utile de surveiller tout le monde tout le temps.

  • Diane Boissinot - Abonnée 27 mai 2014 16 h 42

    Stress et anxiété sont aussi le lot de l'usager et de ses proches

    Que faire pour protéger un patient vulnérable de mauvais traitements ou d'abus non seulement d'un employé incompétent mais aussi d'un autre usager malveillant qui s'introduit dans sa chambre?

    Par exemple, il est certain qu'une personne arrivée à un stade moyen ou avancé de la maladie d'Alzheimer ne peut absolument pas se défendre contre ces abus et elle est là pour longtemps encore.

    La question mérite qu'on réfléchisse à des solutions acceptables pour tous.