Des coupes en santé sont possibles

Claude Lafleur Collaboration spéciale

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Comme tout le monde, Daniel Boyer, président de la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ), se demande comment le nouveau gouvernement parviendra à remettre d’aplomb notre système de santé.

«Je n’ai pas encore eu la chance de rencontrer le nouveau ministre de la Santé, déclare Daniel Boyer, mais je lui souhaite réellement bonne chance. Je ne sais pas comment il parviendra à faire tourner la machine… une machine qui n’est vraiment pas facile. »

 

« Je ne sais pas comment M. Barrette voit les choses, se questionne le chef syndical,mais j’espère qu’il consultera un peu tout le monde avant de décider quelque chose… C’est ce que nous souhaitons. Mais ce qui m’inquiète à son sujet, c’est que M. Barrette pourrait bien nous ordonner : “Tout le monde au pas !”, selon ce qu’il aura décidé… Alors là, il y aura des “conséquences”, comme il l’a dit récemment ! »

 

Néanmoins, pour avoir rencontré le premier ministre Couillard et le ministre des Finances Leitão, Daniel Boyer déclare avoir eu « un bon feeling, même si, en même temps, les annonces qui sont faites à gauche et à droite et la situation financière du Québec nous inquiètent. On s’inquiète de ce qu’on veuille faire encore davantage de compressions dans nos réseaux publics. »

 

Petits salaires

 

Des 400 000 employés que compte la fonction publique québécoise, la FTQ en représente 40 000 dans le secteur de la santé et des services sociaux. Il s’agit principalement de préposés aux bénéficiaires et d’employés de services auxiliaires (entretien ménager, buanderie, services alimentaires), ainsi que du personnel de bureau et du secteur administratif.

 

Daniel Boyer en profite pour écorcher le mythe des fonctionnaires choyés. « Il faut le dire : 75 % des travailleurs de la fonction publique sont des femmes et 52 % gagnent en moyenne 28 000 $ par année. Les “gras durs” de la fonction publique… ce n’est pas tout à fait le cas ! Et c’est de ces gens-là que l’on parle. »

 

Très conscient des problèmes budgétaires auxquels fait face le gouvernement Couillard, le président de la FTQ considère qu’il est possible d’équilibrer les comptes en allégeant la machine administrative et, surtout, en diminuant les redditions de comptes. « On propose différentes pistes de solution, indique Daniel Boyer. Juste dans nos réseaux respectifs, il doit y avoir 300, 400 ou 500 millions qu’on pourrait récupérer. » Et messieurs Couillard et Leitão « sont d’accord, relate-t-il,mais on dirait qu’il y a un blocage dans le système ».

 

Selon lui, il devra y avoir une véritable volonté d’alléger la reddition de comptes si on veut à la fois diminuer les coûts du système et le rendre plus productif. De plus, il faudra « aplanir les structures décisionnelles ».

 

« Je ne suis pas en train de dire qu’il faut abolir des agences, corrige-t-il tout de suite,mais je pense qu’il faut moins de paliers décisionnels et un peu moins de reddition de comptes. »

 

À ses yeux, le système est très lourd et devient même de plus en plus lourd. « Je n’ai rien contre la reddition de comptes — au contraire même, il faut qu’il y en ait —, mais lorsqu’on passe de 30 à 40 % de notre temps à en faire, ce ne sont pas des services directs qu’on donne aux citoyens. »

 

Quant au risque que moins de reddition de comptes permette davantage d’abus et de corruption, le chef syndical fait valoir qu’on a bien vu ce qui est arrivé malgré, justement, tous les systèmes en place.

 

Tout dépendra des médecins

 

Plus globalement, Daniel Boyer considère qu’il faut revoir l’organisation du travail dans le système de la santé, et notamment la répartition des actes médicaux. « Il faut donner plus de pouvoir aux infirmières, aux infirmières auxiliaires et aux préposés qui ont des compétences », dit-il.

 

Il relate d’ailleurs un certain nombre de projets pilotes qui ont été menés en ce sens et qui ont donné de bons résultats. « Malheureusement, ajoute-t-il,il y avait tant de reddition de comptes et de paperasse que le tiers des budgets y est passé ! »

 

En outre, la seule façon de réformer le système passe par la consultation et la concertation de tous les participants. « Ça ne doit pas être M. Barrette qui décide tout dans son bureau et qui tente ensuite d’imposer sa solution, prévient-il. Je pense que tous les paliers du système — du cadre supérieur jusqu’aux travailleurs et travailleuses — doivent être impliqués dans le processus de réorganisation du travail. »

 

En outre, selon lui, la clé du succès sera la collaboration des médecins. « Si les omnipraticiens et les spécialistes veulent que ça passe, ça passera, estime le président de la FTQ. Par contre, s’ils ne le veulent pas, ça ne passera pas ! Ce n’est qu’avec leur collaboration qu’on devrait parvenir à avancer. »

 

Mais, surtout, il faudra prendre garde de ne pas sabrer les dépenses publiques, comme semble vouloir le faire le nouveau gouvernement. Daniel Boyer rappelle d’ailleurs que même le FMI et l’OCDE ont récemment admis s’être trompés en préconisant, un peu partout dans le monde, de sabrer à tout prix les dépenses publiques. « Il faut aussi regarder du côté des revenus, indique M. Boyer. Arrêtons de presser le citron dans nos services publics, mais faisons plutôt un débat sérieux sur les finances publiques en regardant aussi dans la colonne des revenus et comment financer adéquatement nos services publics. Nous, nous tenons à une fonction publique compétente afin que l’ensemble des citoyens et citoyennes ait accès à des services de qualité. »