«C’est mission impossible de nous demander plus de productivité»

Réginald Harvey Collaboration spéciale
La présidente de la FIQ, Régine Laurent, ne pense pas que le nouveau ministre de la Santé, Gaétan Barrette, favorisera les médecins au profit des autres professions de la santé.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir La présidente de la FIQ, Régine Laurent, ne pense pas que le nouveau ministre de la Santé, Gaétan Barrette, favorisera les médecins au profit des autres professions de la santé.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

La Fédération interprofessionnelle de la santé (FIQ) ne s’attend pas à ce que les compressions prévues dans le réseau nuisent aux soins. Le syndicat interpelle plutôt le ministre Barrette sur des questions administratives et organisationnelles avant de le rencontrer pour la première fois depuis sa nomination. Et la FIQ est étonnée de constater à quel point son projet de cliniques de proximité suscite de l’engouement.

Régine Laurent, présidente de la Fédération, est loin de se montrer alarmiste dans le cadre des menaces de coupes budgétaires qui planent en santé. En faisant référence au discours du docteur et ministre Gaétan Barrette s’adressant récemment aux gestionnaires du réseau, elle tient ce langage : « Au sujet des extraits de ses propos devant les membres de l’Association québécoise des établissements de santé et de services sociaux [AQESSS] que j’ai entendus, j’étais au premier abord étonnée et, dans un deuxième temps, je me suis dit qu’il ne s’adressait pas aux employés. »

 

Elle s’explique : « La raison en est que je me disais : comment est-il possible de nous demander de faire encore davantage dans la situation actuelle ? Il me semble que, depuis des années, en passant par les virages, les nouvelles réformes, les coupes, les compressions et l’instabilité des équipes, on dépasse le seuil de ce qu’on peut faire quand on parle de dispensation des soins. » Elle se garde tout de même une petite réserve : « Si ces paroles s’adressent à nous, on a un problème majeur parce que si, en ce moment, ce que l’on met de l’avant depuis des années par rapport à ce qui produit des effets négatifs dans le réseau n’est pas réglé, c’est quasiment mission impossible de nous demander plus de productivité. »

 

À la recherche de solutions

 

La FIQ exposera de vive voix ses demandes au ministre dans un avenir rapproché. Mme Laurent fixe ses priorités : « Il faut absolument qu’on fasse ensemble l’exercice d’établir des ratios professionnels en matière de soins et de patients. » Sa réponse surgit spontanément, inspirée qu’elle est par les nombreuses consultations menées dernièrement par la direction syndicale auprès de ses membres en vue de la prochaine négociation : « Les gens expriment cette volonté de différentes façons mais la solution revient à ces ratios, dans un environnement où les soins se sont beaucoup complexifiés au cours des dernières années pour les gens qui les dispensent dans les cas de phase aiguë. » Le fait que régulièrement les employeurs n’effectuent pas de remplacement sur les équipes de soins et les heures supplémentaire sont des facteurs qui viennent à leur tour alourdir la tâche.

 

Dans de telles circonstances, la FIQ a cherché des solutions : « On a présenté le projet d’aménagement du temps de travail lors de la dernière négociation ; il n’a pas reçu l’aval du gouvernement pour des raisons que je ne comprends toujours pas aujourd’hui. » Depuis ce temps, le syndicat s’est tourné vers d’autres pays comme les États-Unis et l’Australie, en quête de modèles, et il en est arrivé à retenir cette piste de solution : « Il serait peut-être mieux d’établir et de faire une meilleure adéquation entre le nombre de professionnels en soins et les besoins des patients. » Elle espère fortement que le gouvernement et le ministre examineront cette proposition dans le but de l’appliquer au Québec.

 

Pour l’heure, elle ne craint pas que le ministre manifeste un penchant envers les médecins en raison de ses fonctions professionnelles passées : « Il est aujourd’hui le ministre de tout le réseau de la santé et il ne peut pas avoir uniquement des solutions médicales quand l’ensemble des autres professionnels de la santé peuvent être mis à contribution pour faire mieux et pour proposer des façons de régler certains problèmes dans le réseau. » Cela dit, un engagement a été pris : « Il ne faut pas s’étonner d’une chose qui a au moins été très claire durant la campagne électorale : les libéraux ont manifesté leur intention d’implanter des supercliniques pour les spécialistes. »

 

Un projet inspirant pour le milieu

 

Il y a quelques semaines, la Fédération lançait l’idée d’implanter des cliniques de proximité sans médecins où les infirmières et autres professionnels seraient appelés à traiter des problèmes de santé mineurs en facilitant du même coup l’accès aux soins. Régine Laurent avoue être quelque peu dépassée par les attentes actuellement : « Honnêtement parlant, on est bousculé dans notre échéancier parce que beaucoup de communautés nous appellent pour nous dire qu’elles veulent une clinique dans leur coin ; elles nous disent qu’elles sont en train de regarder cela et nous demandent de combien de pieds carrés on a besoin. »

 

La FIQ n’a eu d’autre choix que de bouger : « De notre côté, on pensait réactiver le dossier à l’automne parce que notre horaire est particulièrement chargé en cette période de consultations sur la négociation, mais je suis obligée présentement, avec l’aide de la direction de la Fédération, de mettre sur pied le plus rapidement possible une petite équipe de projet ; on veut être capable dès maintenant d’avancer sur le plan des études de faisabilité, du montage financier, etc. On pensait commencer à l’automne mais on doit le faire dès maintenant. »

 

Et il devient plus facile de comprendre l’engouement manifesté par la population en écoutant la présidente livrer ces propos au sujet de la raison d’être de ces « cliniques d’infirmières » : « On veut que l’ensemble des professionnels de la santé soient capables de se livrer à une prise en charge des personnes de la communauté, soient en mesure d’être en lien avec les organismes communautaires et d’offrir une accessibilité beaucoup plus grande avec davantage de plages d’ouverture. »

 

Question d’accessibilité

 

Sur le plan des soins à prodiguer, elle ajoute : « On souhaite que ces professionnels puissent traiter des problèmes mineurs de santé qui se présentent dans de nombreux cas, et qu’ils se consacrent à effectuer les suivis appropriés des patients dans un contexte où, malheureusement, beaucoup de nos concitoyens sont atteints de maladies chroniques ; ce sont des gens qui sont déjà diagnostiqués, qui ont reçu une médication, et on peut assurer leur suivi. » Le but consiste à répondre davantage aux besoins manifestes dans des lieux ciblés par le biais d’une meilleure accessibilité en première ligne.

 

La FIQ est en attente de la date d’une rencontre avec le ministre de la Santé à la suite de sa récente nomination : « Il est certain pour nous que le sujet des cliniques de proximité fera l’objet des discussions. »