Le Québec serait prêt pour un chantier national sur la santé

Pierre Vallée Collaboration spéciale

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

L’on connaît les problèmes qui perturbent le système de santé au Québec. Depuis des années, chaque nouveau gouvernement, et le gouvernement Couillard ne fait pas exception, a cherché à apporter des correctifs, avec plus ou moins de succès. Et si l’on demandait l’avis de la Confédération des syndicats nationaux (CSN) ? Entretien santé avec son président, Jacques Létourneau.

L’atteinte de l’équilibre budgétaire — et la politique d’austérité qui en découle — n’épargnera pas cette fois le réseau de la santé, le gouvernement Couillard exigeant du ministère de la Santé des compressions de 900 millions. Est-ce réaliste ? « Ça m’apparaît une cible impossible à atteindre, même si l’on nous promet que la majorité de ces compressions viendra de l’étalement de la hausse salariale des médecins. Le réseau est déjà à mal, et les gens sur le terrain ne savent plus quoi ni où couper. C’est évident que si l’on maintient cet objectif, cela se traduira par une baisse des services à la population. »

 

Il attend avec intérêt le dépôt de la consultation sur la fiscalité promise par le gouvernement Couillard. « Cette consultation sur la fiscalité va venir fixer les paramètres. D’un côté, nous aurons la colonne des dépenses, mais nous aurons aussi, de l’autre côté, la colonne des revenus. Depuis quelques années, les gouvernements ont consenti des baisses d’impôts à la fois aux particuliers et aux entreprises. Mais cela a pour effet de baisser les recettes de l’État. Dans pareil contexte, il faudra se poser sérieusement la question du financement du système public de santé au Québec. »

 

La présence du privé

 

Et selon Jacques Létouneau, ce questionnement ne doit pas ouvrir la porte à une plus grande présence du privé en santé au Québec. « Parmi les provinces canadiennes, c’est au Québec que l’on dépense le plus en santé au privé, soit 30 % de toutes les dépenses en santé. Je comprends les gens de se tourner vers le privé lorsque le service n’est pas accessible dans le public. Mais cette présence accrue du privé en santé est-elle venue à la rescousse du système public ? Non, les problèmes du système public sont demeurés les mêmes, le privé n’a pas contribué à régler les problèmes. »

 

Dans certains cas, il a même empiré la situation. « On le voit avec le fouillis au CUSM, devenu presque une histoire d’horreur, on l’a vu avec les CHSLD. On constate aujourd’hui que cette idée de construire des établissements en mode PPP ne fonctionne pas. Et malheureusement, l’on nous en promet d’autres. Pourtant, c’est simple à comprendre, le privé coûtera toujours plus cher que le public, et c’est normal, puisque le privé doit faire des profits. »

 

Réorganisation du travail

 

Dans une récente allocution, le ministre Barrette mentionnait qu’il s’attendait, une fois les décisions prises, à ce qu’elles soient appliquées sans regimber. « Si c’est cela, sa philosophie de gestion, ça va rapidement devenir un problème. Toute réorganisation du mode de travail nécessite une relation de confiance entre les patrons et les travailleurs. Si les travailleurs ne sont pas au rendez-vous, une réforme, peu importe laquelle, ne peut pas marcher. »

 

De plus, il se méfie de cette réorganisation du travail. « C’est qu’on nous l’a déjà servie, sous d’autres noms, et cela n’a pas nécessairement donné les résultats escomptés. Par contre, au fil des ans, on a multiplié les structures de gestion, et le nombre de cadres a beaucoup augmenté. Il y a certainement des améliorations à faire de ce côté. L’on devrait accorder plus de marge de manoeuvre au personnel sur le terrain dans la façon de rendre les services. Il faudrait de plus mieux valoriser les métiers et professions de la santé. Il faudra remplacer bientôt ceux qui prendront leur retraite, et pour cela, il faut attirer les jeunes. D’ailleurs, la CSN a lancé le site Internet Merci à vous, sur lequel les gens peuvent témoigner au personnel de la santé leurs remerciements. »

 

Un chantier national

 

Selon Jacques Létourneau, le Québec est prêt pour une sorte de chantier national sur la santé. « Il est temps collectivement de se poser deux questions : que veut-on et qu’est-ce qu’on attend de notre système public de santé, et combien et comment est-on prêt à payer ? »

 

Ce chantier national serait aussi une occasion de remettre en question certains des aspects du système public de santé québécois. « Il y a toute la question du coût des médicaments. Il y aurait certainement des économies à faire en réévaluant nos façons de faire les achats de nos médicaments. »

 

La rémunération des médecins devrait aussi être dans la mire. « Il faut vraiment s’interroger sur le concept de la rémunération à l’acte. Cette façon de procéder fait des médecins des entrepreneurs privés. Mais des entrepreneurs privés qui travaillent uniquement au sein d’un système public. Il y a quelque chose d’illogique là-dedans. »

 

Il y a aussi la question du mode de financement du réseau de la santé, qui se fait aujourd’hui principalement sur une base historique, mais que plusieurs aimeraient voir mieux arrimé au patient. « C’est un autre aspect du réseau de la santé qui doit être discuté. Mais, pour que les changements espérés surviennent, il faudra non seulement une volonté politique, mais aussi une volonté de tous les acteurs du réseau. Il faut donc réfléchir et travailler ensemble. Et ensuite, cela ne peut se faire qu’avec l’appui des citoyens, car c’est leur système de santé et c’est eux qui en assument la facture. »

1 commentaire
  • Huguette Durocher - Inscrite 26 mai 2014 20 h 15

    Les problèmes à payer nos services au Québec

    Fait 30 ans que nous payons bien plus que nos réels services au Québec.

    Nous payons les décisions politiques, les petits amis, les retraites, les syndicats, les gros rapports tablettés, les subventions aux riches entreprises, notre justice, l'évasion ficale de nos riches qui ont vécu grassement à nos frais.

    Ont ce fait dire à tous les jours que nos services coûtent cher à notre État mais fait lontemps que les contribuables du Québec ont créé des riches à même les fonds publics de l'État.

    Huguette Durocher