L’APTS a des pistes de solution à proposer

Sarah Poulin-Chartrand Collaboration spéciale
L’impact des compressions se voit sur les listes d’attente.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir L’impact des compressions se voit sur les listes d’attente.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

À propos des urgences du réseau et des préoccupations de ses membres, l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) a quelques pistes de solution à proposer pour dégager des ressources dans le réseau.

Nouveau gouvernement, nouveau ministre de la Santé. Pour la présidente de l’APTS, Carolle Dubé, toutefois, les urgences du réseau de la santé sont sensiblement les mêmes. « Nous avons fait une demande pour rencontrer le ministre de la Santé, pour lui faire connaître notre organisation, mais aussi pour aborder nos préoccupations par rapport au prochain budget, où on appréhende des compressions. »

 

Depuis les deux derniers budgets, affirme la présidente en poste depuis 2012, on demande aux établissements de faire des compressions, sans nuire aux services à la population. « Dans les faits, ça ne peut plus se traduire comme ça. Sur le plan budgétaire, les établissements ne sont plus capables d’aller récupérer de l’argent autrement. »

 

Les impacts de ces compressions se voient sur les listes d’attente, sur le fait qu’on ne remplace plus les absences ou sur les postes laissés vacants. « Pour les patients, cela a des impacts sur les services qu’ils reçoivent. Et naturellement, sur les travailleurs, ajoute Carolle Dubé. Ils ont toujours plus de pression pour faire face à ces commandes-là. On leur demande de donner priorité à leur clientèle, et c’est très difficile pour nos professionnels. »

 

Rappelons que l’Alliance représente des ergothérapeutes, des physiothérapeutes, des travailleurs sociaux, des audiologistes, des diététistes, des hygiénistes dentaires ou encore des techniciens en éducation spécialisée, pour un total d’environ 31 000 membres.

 

Les employés affiliés à l’APTS travaillent en centres hospitaliers, en centres d’hébergement et en CLSC, et ils occupent une centaine de titres d’emplois professionnels et techniques qui sont répartis en cinq grands secteurs : nutrition, diagnostic (laboratoires et imagerie médicale), services psychosociaux, réadaptation, et prévention et soutien clinique.

 

À l’automne dernier, une des principales préoccupations de l’APTS était l’optimisation des ressources. À cette optimisation s’ajoute une lourdeur bureaucratique qu’on ne voyait pas il y a 10 ans, selon Carolle Dubé. « Nous avons maintenant des statistiques à remplir, de la paperasse à compléter. Cela coûte cher au réseau, mais cela vient aussi jouer sur l’autonomie professionnelle de nos employés. On dit par exemple à un travailleur qui faisait une visite à domicile par jour d’en faire deux ou trois, car cela sera plus payant en termes de statistiques. On est dans cette dynamique-là dans les établissements, et c’est pour nous une mauvaise utilisation des ressources, tant financières qu’humaines. »

 

Lors d’une sortie publique récente, l’organisation syndicale avançait notamment que le nombre de cadres chargés de compiler des statistiques dans les établissements avait augmenté plus rapidement que le nombre de travailleurs. « On incite maintenant les intervenants à fragmenter leur intervention en deux ou trois visites pour faire gonfler les statistiques. Par exemple, on planifie une visite pour obtenir le consentement, une autre pour l’évaluation et encore une autre pour faire le retour sur l’évaluation au patient. C’est coûteux et contre-productif. C’est également contraire au jugement clinique des intervenants », disait Carolle Dubé le 8 mai dernier.

 

Solutions imaginatives

 

Dans le but de dégager des ressources financières, l’APTS propose notamment de réduire cette bureaucratie et cette chasse aux statistiques.

 

On propose également de rapatrier les radiologies (échographies, résonnances magnétiques ou scans) dans les établissements publics. « Le premier ministre a demandé au Dr Barrette de ramener ces examens sous la couverture du régime d’assurance maladie du Québec [RAMQ], alors qu’ils ne le sont pas actuellement, explique Carolle Dubé. C’est un pas dans la bonne direction, mais la prochaine étape devrait être de les ramener dans le réseau public. »

 

Les établissements, rappelle la présidente de l’APTS, ont déjà les équipements et les ressources nécessaires pour effectuer ces examens, et lorsqu’ils sont effectués au privé, ils coûtent inévitablement plus cher.

 

Afin de contourner le problème des listes d’attente interminables, certains hôpitaux auraient déjà mis en place des solutions imaginatives, en élargissant par exemple les plages horaires des rendez-vous.

 

Les autres solutions envisagées par l’APTS sont notamment d’établir une meilleure politique de médicaments, de mettre fin à la sous-traitance, et d’entamer véritablement le virage des soins à domicile.

 

Si certains membres de l’organisation se sont montrés réticents par rapport à l’arrivée du Dr Gaétan Barrette comme nouveau ministre de la Santé, avance Carolle Dubé, notamment en raison de la ligne dure qu’il suivait pour faire valoir les intérêts des médecins spécialistes alors qu’il était président de leur fédération, elle croit que son changement de ton pourrait être perçu positivement. « Dans un discours qu’il a prononcé récemment, le Dr Barrette disait qu’un effort devrait être fait par tout le monde dans le réseau, incluant les médecins… Alors on verra ! »