Plaidoyer en faveur de la médecine à distance

Dans son avis, la Commission de l’éthique en science et en technologie recommande de s’appuyer sur les besoins des patients et des professionnels de la santé, sur le terrain, plutôt que de céder à la tentation de la dernière technologie mise de l’avant par l’industrie.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Dans son avis, la Commission de l’éthique en science et en technologie recommande de s’appuyer sur les besoins des patients et des professionnels de la santé, sur le terrain, plutôt que de céder à la tentation de la dernière technologie mise de l’avant par l’industrie.

Il faudra assouplir les règles encadrant le partage des renseignements personnels des patients pour permettre à la télésanté de prendre son essor, selon la Commission de l’éthique en science et en technologie (CEST).

 

Dans un avis publié mercredi, la CEST livre ses réflexions sur les soins à distance, qui se sont développés beaucoup plus vite que les règlements en vigueur, lesquels freinent leur déploiement.

 

« Dans un contexte de rareté des ressources, c’est un choix de société d’implanter la télémédecine », a expliqué la secrétaire générale de la CEST, Nicole Beaudry, en marge du congrès de l’Acfas, où l’avis a été présenté.

 

« La protection de l’information a été sacralisée au détriment des patients », déplore le Dr Pavel Hamet, qui a présidé le comité chargé de cette réflexion. Par exemple, dit-il, les avantages de permettre l’échange d’informations surpassent souvent les risques, pour les patients. « En ce moment, il est souvent plus simple de répéter un examen diagnostique que de l’obtenir d’un autre établissement, au détriment du confort du patient et des coûts associés », observe le Dr Hamet.

 

Les possibilités de la télésanté sont infinies : examen à distance de patients en région éloignée, chirurgies à distance assistées par la robotique, surveillance des signes vitaux de patients à domicile… « Ce n’est pas juste pour les régions éloignées, c’est pour mes patients dans la même ville », précise le Dr Hamet, qui donne l’exemple de la transmission électronique de taux de glucose sanguin par des patients diabétiques pour l’ajustement des médicaments.

 

Avocate au ministère de la Justice, Me Naomie Ayotte reconnaît que « tout le corpus législatif » doit être revu. « C’est lourd actuellement, c’est presque impossible [de mettre des projets de l’avant], le partage de l’information pose problème. »

 

La CEST recommande aussi de s’appuyer sur les besoins des patients et des professionnels de la santé, sur le terrain, plutôt que de céder à la tentation de la dernière technologie mise de l’avant par l’industrie.

 

« La télémédecine se développe par petits champignons, sans qu’on réplique les expériences », déplore aussi le Dr Hamet. La commission estime en outre que les projets devront être évalués, afin de déterminer leur avantage pour les patients en regard de leurs coûts, un peu comme on le fait déjà pour les nouveaux médicaments.

 

Le Collège des médecins du Québec prépare lui aussi une mise à jour « majeure » de son avis sur le sujet, publié en l’an 2000. « C’était encore de la science-fiction. Il n’y avait ni téléphones intelligents ni réseaux sociaux », rappelle le secrétaire général du Collège, le Dr Yves Robert. « Nous ne sommes pas fermés à la consultation virtuelle, surtout pour des suivis, quand le patient est connu du médecin. »

1 commentaire
  • Marc Davignon - Abonné 15 mai 2014 09 h 17

    Informaticiens demandés d'urgence

    Extraordinaire de constater qu'il n'y a pas d'informaticien présent dans cette réflexion. Les problèmes de transfert d'information n'est pas simplement d'ordre légal, il est informatique dans le sens de problème d'échange d'information et de transformation entre plusieurs logiciels avec chacun «leurs façons de faire».

    Il reste toujours de grands problèmes non résolus dans le monde du logiciel, comme celui-ci. Message provenant d'un fournisseur de service au moment de vouloir payer la facture : «Nous éprouvons actuellement des problèmes techniques avec Internet Explorer 11. Afin de conclure votre transaction, veuillez utiliser un autre fureteur. Nous nous excusons des problèmes que cela pourrait vous causer.»

    Comme la médecine requiert un médecin, la mécanique, un mécanicien, l'informatique requiert un informaticien. Malheureusement, l'informaticien est absent de toutes ces discussions, il est considéré comme le technicien de service. Voilà pourquoi des projets d'informatisation sont si souvent de grands échecs couteux.