La mortalité maternelle en hausse au Canada

La fiabilité discutable des données nous empêche d’avoir un portrait clair de la situation en santé maternelle, jugent des experts en obstétrique.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir La fiabilité discutable des données nous empêche d’avoir un portrait clair de la situation en santé maternelle, jugent des experts en obstétrique.

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la mortalité maternelle est en hausse au Canada. À l’opposé, des données rendues publiques par Québec montrent que de moins en moins de Québécoises subissent des complications graves pendant une grossesse. D’un côté comme de l’autre, la fiabilité discutable des données nous empêche d’avoir un portrait clair de la situation, jugent des experts en obstétrique.

 

Alors qu’une complication grave (aussi appelée « morbidité maternelle grave ») survenait lors de 35 accouchements sur 1000 en l’an 2000, ce taux est passé à 21,9 en 2012, selon des données déposées par le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) sur son site Web cette semaine. (à consulter ici et ici)

 

Pour 2012, cela représente des complications graves pour 1850 femmes, sur quelque 88 700 naissances. La complication la plus fréquente est l’hémorragie post-partum nécessitant une transfusion sanguine : 1870 accouchements se sont soldés par cette complication entre 2006 et 2012.

 

Les autres complications les plus fréquentes sont celles nécessitant la réparation de la vessie, l’urètre ou l’intestin, l’arrêt ou l’insuffisance cardiaque, l’infarctus, l’oedème pulmonaire et la rupture de l’utérus pendant le travail.

 

Le MSSS n’était pas en mesure de commenter ces données. De plus, en raison de sa rareté, des statistiques sur la mortalité maternelle ne sont pas compilées, indique la responsable des communications Marie-Claude Lacasse. Impossible donc de savoir combien de ces complications ont eu des conséquences fatales. Il n’y a pas non plus de spécialiste de cette question au ministère.

 

Et c’est un réel problème, pointe le Dr William Fraser. « Nous n’avons ni comité sur la mortalité et la morbidité périnatales ni registre fiable des événements », déplore le directeur du Centre de recherche du Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke, spécialiste en périnatalité. Il croit que la mortalité maternelle est effectivement rare au Québec, l’estimant à quatre ou cinq décès par an.

 

« Ce comité d’expert, s’il existait, pourrait nous indiquer s’il y a diminution réelle de la morbidité, dit-il. On sait que le fait que les femmes ont leur premier enfant plus tard augmente les risques. Le fait que plus de femmes aient déjà eu une césarienne les augmente également. On doit avoir accès à des données fiables. »

 

Mortalité en hausse ?

 

Un rapport publié mardi par l’OMS pointait que la mortalité maternelle est en hausse aux États-Unis et au Canada. Ce côté-ci de la frontière, elle serait passée de 6 pour 100 000 accouchements en 1990 à 11 pour 100 000 accouchements en 2013. Aux États-Unis, la hausse est de 136 %. Des hypothèses comme l’âge de plus en plus avancé des mères ou l’obésité sont évoquées.

 

La situation est très préoccupante dans certains pays en voie de développement, où la mortalité maternelle est 14 fois plus élevée que dans les pays développés. La mortalité maternelle a toutefois diminué de 45 % dans le monde depuis 1990.

 

« Je crois qu’il faut souligner ces avancées majeures dans le monde, j’en suis très encouragée », dit la Dre Jennifer Blake, directrice générale à la Société des obstétriciens gynécologues du Canada (SOGC).

 

Les données de l’Agence de la santé du Canada, toutefois, diffèrent quelque peu de celles de l’OMS. Le plus récent rapport sur le sujet, paru en décembre 2013, indique que le taux de mortalité maternelle au Canada était de 6 pour 100 000 accouchements en 2010-2011. Selon le Dr Fraser tout comme la Dre Blake, ces données sont plus fiables que celles de l’OMS. « Mais il y a une certaine incertitude,dit la Dre Blake, les données sont incomplètes et c’est une source de préoccupation pour nous. »

1 commentaire
  • Marieve Paradis - Abonnée 9 mai 2014 14 h 33

    Un sujet tabou, méconnu

    La santé maternelle est un sujet tabou dont personne ne veut parler. Pourtant, on parle de cancer, de maladies pulmonaires... Mais parler des mères qui vivent des complications, qui mettent leur vie en danger, pour mettre au monde un bébé. C'est tabou. http://www.planetef.com/chronique/soccupe-sante-ma