Sauvegarder la mer, préserver la santé publique

Pour préserver les ressources marines dont dépendent les peuples côtiers pour leur économie et leur alimentation, ce sont les citadins qui ont le pouvoir de changer leurs habitudes de consommation en se tournant vers des espèces moins menacées, issues d’une pêche plus responsable.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Pour préserver les ressources marines dont dépendent les peuples côtiers pour leur économie et leur alimentation, ce sont les citadins qui ont le pouvoir de changer leurs habitudes de consommation en se tournant vers des espèces moins menacées, issues d’une pêche plus responsable.

Issu de la pêche durable ? Local, frais et sauvage ou élevé en série et congelé en Asie ? Devant l’étal de la poissonnerie, le consommateur se questionne. Il doit aussi compter sur la contamination aux métaux lourds ou aux polluants organiques persistants (POP).

 

D’un côté, le Guide alimentaire canadien recommande de mettre le poisson au menu deux fois par semaine pour profiter des vertus des acides gras oméga-3.

 

De l’autre, les océans se vident. Les contaminants qui s’accumulent dans la chaîne alimentaire marine ont, chez l’humain, des effets délétères qui viennent atténuer les bienfaits de la consommation de poisson.

 

Allier environnement et santé est encore difficile, constate la chercheuse à l’Université de Moncton Céline Surette. Cette Acadienne, inconditionnelle de la mer et de ses fruits, a même de la difficulté à trouver des diffuseurs pour ses études sur la contamination des poissons de la baie des Chaleurs.

 

Pendant que les écologistes se préoccupent peu de la contamination, les nutritionnistes ne s’intéressent pas tellement à l’état des stocks, constate aussi Éric Dewailly, professeur à l’Université Laval, spécialiste des communautés côtières. Un mariage est nécessaire.

 

Lui qui travaille depuis 30 ans avec les populations dépendantes de la pêche souhaite que les citadins protègent les stocks. « Laissons donc aux populations qui en dépendent leurs propres poissons et développons des ressources que nous avons en abondance et qui sont peu contaminées ! », plaide-t-il.

 

Une question de santé publique

 

Les produits de la mer sont une source de contamination humaine par les métaux lourds comme le mercure et par les POP (Persistent Organic Pollutants). C’est grâce à des études sur la contamination du lait maternel et du sang des nourrissons menées par M. Dewailly dans les années 1980 que les Inuits ont pu plaider leur cause. La convention de Stockholm, signée par 151 pays, a interdit en 2004 plusieurs POP. « On voit les taux de POP chez les communautés nordiques diminuer de 50 à 70 % », se réjouit M. Dewailly.

 

De nouveaux contaminants font toutefois leur apparition, comme les ignifuges, ces substances ajoutées aux biens de consommation pour les protéger du feu. Le mercure est toujours présent. Les contaminants, surtout chez les foetus et les enfants, peuvent altérer le système immunitaire et le développement du système nerveux ou encore agir comme perturbateurs endocriniens. Difficile de savoir ce qu’il y a vraiment dans notre assiette.

 

Reste que le poisson a des effets positifs sur la santé, surtout quand des espèces peu contaminées sont choisies. L’effondrement des pêcheries mondiales aura donc des conséquences sur la santé publique. Par exemple, quand les Cris de la Baie-James ont boudé le poisson en raison de la contamination au mercure, les maladies cardiovasculaires et le diabète ont monté en flèche.

 

Quoi manger, alors ? « On a de la chance, car les poissons les moins contaminés et qu’on retrouve en abondance, il y en a à l’épicerie et ce n’est pas cher ! », dit Éric Dewailly. Harengs, sardines, anchois et maquereaux sont de bons choix. Il suggère aussi l’omble de fontaine, qu’on distribue maintenant aux femmes enceintes dans des communautés nordiques. Étant plus près de la base de la chaîne alimentaire, les sardines ont une empreinte écologique 100 fois moindre que le thon ! Si ces poissons étaient consommés directement par l’humain plutôt que majoritairement réduits en moulée pour nourrir le poisson d’élevage comme le saumon, c’est l’ensemble des stocks mondiaux qui en bénéficierait.

 

Faire une croix sur le poisson

 

Certains pourraient, devant l’état actuel des océans, vouloir renoncer aux produits de la mer. Est-ce possible de compenser par une alimentation végétalienne ? La nutritionniste Anne-Marie Roy, elle-même végétalienne, en est convaincue.

 

Le poisson est d’abord une source de protéines, besoin qu’on peut combler grâce aux légumineuses, aux noix et au soya. Le remplacement des oméga-3 est plus complexe. Les graines de lin, de chia et de chanvre contiennent des oméga-3 à chaîne courte, que le corps doit transformer. « On doute de notre efficacité à les convertir », explique Mme Roy, même si ce n’est pas entièrement vain d’en consommer.

 

Reculer dans la chaîne alimentaire s’avère alors bénéfique. Des suppléments à base de l’algue microscopique Schizochytrium, riche en oméga-3, ont fait leur apparition.

 

On dispose de très peu d’études scientifiques sur ces suppléments. En 2011, une étude toxicologique a conclu à leur innocuité. Une étude chez le hamster a montré un effet bénéfique sur le cholestérol.

 

Le commerce des algues pourrait représenter l’avenir de l’océan, puisque ces dernières sont également une bonne source de plusieurs éléments nutritifs essentiels. Elles sont par exemple une excellente source d’iode, un autre élément rare chez les végétaux terrestres.

 

Anne-Marie Roy observe que de plus en plus de personnes sont prêtes à changer leurs habitudes, complètement ou à temps partiel, pour des raisons écologiques. « L’avenir réside peut-être en de grandes fermes… d’algues ! », lance-t-elle.

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Thon
6,6 millions

Tonnes totales de thons capturés en 2010. Le tiers des espèces principales de thon, dont le thon rouge, sont surexploitées. La proposition d’interdiction du commerce international du thon rouge de l’Atlantique a été rejetée à l’international. 
Source : Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO)

Morue

Malgré le moratoire sur la pêche, les scientifiques croient que la biomasse de la morue du golfe du Saint-Laurent n’a pas augmenté de façon mesurable depuis l’effondrement du stock au début des années 1990.
Source : Pêches et Océans Canada

Homard

Des chercheurs de l’Université de Moncton tentent de documenter la contamination des poissons de leur région, où industries polluantes et pêche cohabitent. Le tiers des espèces vendues dans la baie des Chaleurs sont pêchées localement. La professeure à l’Université de Moncton Céline Surette observe que les consommateurs se renseignent peu sur leur origine. Elle a constaté que les produits comme la chair de homard, les pétoncles, les crevettes et les huîtres, dont ses concitoyens sont friands, sont peu contaminés par des métaux lourds. « Seul l’hépatopancréas de homard — un délice ! — dépassait la norme pour le cadmium, rapporte-t-elle. Je n’en mangerais pas enceinte. »

Cétacés

La Commission baleinière internationale estime que 95 % des populations 
de grands cétacés ont été exterminées par la chasse commerciale, principalement au cours du dernier siècle.

Méduses

La surpêche, en faisant disparaître de grands poissons prédateurs, stimule la prolifération des méduses. Ces dernières se nourrissent de larves et de juvéniles, rendant d’autant plus difficile le rétablissement des populations de poissons.


 
1 commentaire
  • Mireille Kirouac - Abonnée 4 mai 2014 12 h 36

    Préserver la santé publique

    A la suite de l'excellent article en fin de semaine :Sauvegarder la mer ,Préserver la santé publique. Il y a une infinité de constats à dénoncer mais ce qui me heurte chaque fois que j'y vais :est celui de retrouver dans les cafétérias d'hopitaux comme celle de l'hopital Notre-Dame la vaisselle en polystyrène et un distributeur d'ustensiles en plastique.Tout ce gaspillage et cette pollution irrécupérables dans ce lieu.
    Je ne sais pas si le nouveau Chum poursuivra cette politique aberrante que je trouve irresponsable et immorale.
    Je souhaite que les autorités du Ministère dela Santé prennent conscience de cette incongrue politique car elle va tout à fait à l'encontre de leur mandat ,celle de préserver la santé publique