La vitamine D est recalée

La conclusion de chercheurs néo-zélandais est limpide: la vitamine D, avec ou sans calcium, ne diminue pas le risque de chutes chez les personnes âgées de façon significative.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir La conclusion de chercheurs néo-zélandais est limpide: la vitamine D, avec ou sans calcium, ne diminue pas le risque de chutes chez les personnes âgées de façon significative.

Les suppléments de vitamine D n’aident pas à réduire les chutes chez les personnes âgées, confirme une nouvelle méta-analyse publiée dans la revue The Lancet. De récentes études avaient déjà battu en brèche le prétendu potentiel de la vitamine D à prévenir les accidents cardiovasculaires, les fractures et le cancer. Cette dernière publication renchérit et conclut qu’il n’est donc plus justifié de prescrire des suppléments de vitamine D aux femmes et aux hommes de plus de 50 ans. Une conclusion qui incitera probablement les cliniciens à revoir leur pratique.

 

Comme les multiples méta-analyses — qui font la moyenne des résultats de plusieurs études — effectuées depuis 14 ans avaient donné des résultats contradictoires, des chercheurs néo-zélandais ont voulu évaluer la pertinence de mener un nouvel essai clinique pour mesurer l’efficacité des suppléments de vitamine D à prévenir les chutes chez les personnes âgées. Leur conclusion, publiée dans la dernière édition de The Lancet est limpide : la vitamine D, avec ou sans calcium, ne diminue pas non plus le risque de chutes de façon significative. Ils ne voient donc pas la pertinence de mener un nouvel essai clinique pour confirmer ce résultat qui leur apparaît définitif.

 

Ces chercheurs de l’Université d’Auckland avaient déjà publié une étude semblable démontrant que les suppléments de vitamine D, administrés seuls ou avec du calcium, ne procuraient aucune protection contre les fractures, les accidents cardiovasculaires, le cancer, voire la mortalité. Pour eux, il était donc inutile de vérifier cette constatation au moyen de nouveaux essais cliniques.

 

La Dre Sylvie Dodin, professeure d’obstétrique et de gynécologie de l’Université Laval, affirme que ces nouveaux résultats l’invitent à changer sa pratique. Comme la plupart des médecins, la Dre Dodin suivait jusqu’à maintenant les directives de la Société d’ostéoporose du Canada et de l’Institute of Medicine des États-Unis qui recommandent aux femmes et aux hommes de 50 ans et plus de prendre de 800 à 2000 unités de vitamine D par jour. « À la lumière des données dont je disposais jusqu’à aujourd’hui, qui comportaient une zone d’incertitude, avoue la spécialiste, je prescrivais de la vitamine D à mes patientes. Mais quand je regarde les résultats de cette nouvelle méta-analyse, même si elle n’est pas parfaite et qu’un essai clinique visant spécifiquement à évaluer l’effet de la vitamine D sur les chutes aiderait à résoudre cette incertitude, je ne peux plus dire à mes patientes de prendre de la vitamine D pour prévenir les chutes. »

 

Adopter une approche globale

 

La Dre Dodin, également chercheuse à l’Institut sur la nutrition et les aliments fonctionnels (INAF), fait remarquer que la société canadienne d’ostéoporose et l’Institute of Medicine « ont basé leurs recommandations non pas sur des données cliniques probantes, mais sur les niveaux de vitamine D optimaux » que la population devrait présenter. « Et comme la majorité des hommes et des femmes n’atteignent pas ce niveau, on recommandait systématiquement de prendre ces suppléments. On doit plutôt fonder notre conduite thérapeutique sur des essais cliniques, car ce qui importe avant tout, c’est l’impact qu’a la vitamine D sur les chutes et les fractures. »

 

Ce sont plutôt les études antérieures, alléguant que la vitamine D aidait à prévenir les chutes, qui étonnaient le Dr David Lussier, gériatre à l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal, « parce que les chutes chez les personnes âgées sont multifactorielles ». « Au lieu de mettre l’accent sur la vitamine D, il vaut mieux adopter une approche globale intégrant des programmes d’exercices pour augmenter la force musculaire et l’équilibre, et une alimentation adéquate et riche en protéines qui contribueront aussi à accroître la force musculaire », croit-il.

 

La Dre Dodin juge aussi préférable de privilégier des approches multifactorielles, par exemple « réduire la consommation de somnifères et d’anxiolytiques, qui sont une cause importante de chutes, s’assurer que la personne a une vision adéquate [qu’elle porte ses lunettes et que l’éclairage est convenable], qu’il n’y a pas de tapis glissant dans la salle de bain ».

 

Selon le Dr Lussier, cette étude devrait pousser les associations médicales à revoir leurs recommandations. « On peut néanmoins se rassurer, car la vitamine D n’a pas d’effets secondaires, il n’y a donc pas beaucoup de risques à en prendre. Mais si on considère le coût-avantage, on paie probablement ce supplément pour rien. On ferait mieux d’investir dans des approches non médicamenteuses, comme des programmes d’exercice encadrés qui seraient bien plus bénéfiques », souligne-t-il.

6 commentaires
  • Zohra Joli - Inscrit 28 avril 2014 08 h 15

    Qui croire?

    En fait les médecins ne savent pas grand chose quand a la prévention. Les prescriptions de médicaments ou de vitamines vont selon la mode ou la pression des compagnies pharmaceutiques , et ce qui est noir devient blanc et vis versa.

  • Roxane Bertrand - Abonnée 28 avril 2014 09 h 19

    Science, argent et complot!

    On peut faire dire bien des choses à une recherche scientifique.

    "La vitamine D ne préviendrait pas les chutes", d'accord, mais y a-t-il moins de fracture? L'étude a-t-elle été faite par une compagnie pharmaceutique qui bénéficierait de l'arrêt de l'administration de la vitamine D? Les premières études qui conseillaient de prendre de la vitamine D ont été faites par qui et ont profité à qui?

    Les compagnies sont motivées par le profit, et n'en déplaise à ceux qui y verrait un complot mais elles ne sont pas toujours éthiques. Elles ont su s'implanter dans les organigrammes décisionnels médicales et luttent contre la contestation à coup de "recherches scientifiques subventionnées".

    La seule vérité dont on ne peut douter est celle qu'il est préférable de sa garder en forme par une bonne hygiène de vie.

  • Georges Tissot - Abonné 28 avril 2014 10 h 53

    Titre et info?

    Intéressant d’ analyser le langage utilisé. Chercheurs néo-zélandais de l’Université d’Auckland qui fournissent des résultats définitifs (résultat qui leur apparaît définitif); après une étude semblable, une conclusion: “inutile de vérifier cette constatation au moyen de nouveaux essais cliniques.” Puis on parle d “ une zone d’ incertitude”, étude non parfaite, “cette incertitude”, et la vitamine D est classée dans l’ordre des médicaments. La société canadienne d’ostéoporose et l’ « Institut of Medecine » auraient basé “ leurs recommandations non pas sur des données cliniques probantes, mais sur les niveaux de vitamine D optimaux » que la population devrait présenter.” On est prudent: “on paie probablement ce supplément pour rien” ( je souligne probablement ). Et le titre choisi: la vitamine D est recalée. Puis on dit : “Des médecins cesseront de la recommander à leurs patients”. Ailleurs, dans l’ édito Mme Boileau souligne “Concrètement, cela signifie qu’ils arrivent à lire les titres des journaux, mais pas les articles qui les suivent…” Pourquoi? “À quoi s’ajoute un autre choc, bien plus grave : le fait que près d’un diplômé universitaire sur cinq (18,3 %) n’atteint même pas ce niveau moyen. Du côté des diplômés postsecondaires, on parle de 45 % des répondants ! “ Alors, une question que dit donc le titre de l’article?

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 28 avril 2014 17 h 10

      Plein de bon sens votre commentaire...je ris encore!...mais je ris jaune,
      à cause du fait :"...qu'un diplômé universitaire sur cinq n'atteint pas ce niveau moyen ...de lecture! (article de Josée Boileau aujourd'hui)
      Dans quel monde on vit bon dieu ! Ah! ce monde médical ! toujours le mot
      pour rire! Merci M. Tissot...de remettre les montres à l'heure ! clin d'oeil!

  • Marie-Josée Caron - Abonnée 28 avril 2014 12 h 46

    pharmacienne

    Je ne comprends vraiment pas l'expression "la vitamine D ne prévient pas les chutes". Depuis quand s'attend-on à ce que la vitamine D prévienne les chutes. Elle favorise l'absorption du Calcium. C'est évident pour moi que les chutes sont d'origine multifactorielle, c'est clair. À quoi rime cet article??
    M.J.Caron

  • André Le Belge - Inscrit 28 avril 2014 15 h 25

    Les sciences et la médecine

    La médecine n'est pas une science exacte. Elle est un codex de connaissances et de pratiques. La m.thode scientifique: Observation-Hypothèse-Expérimentation- Théorie, est à 100 lieux de la pratique médicale.