Des centaines de Québécois malades sans le savoir

De nombreux Québécois souffrent d’hypertension, de diabète, d’hypercholestérolémie et même d’insuffisance rénale sans le savoir. Et pour le tiers de ceux qui sont diagnostiqués, le traitement est insuffisant ou inadéquat. Ce qui fait dire au chercheur et médecin François Madore que c’est au chevet de notre système de santé qu’il faudrait aussi se pencher.

 

« Il y a des lacunes, visiblement on ne traite pas ces problèmes adéquatement et il faut comprendre pourquoi », constate le Dr Madore, à la lumière des résultats obtenus auprès de plus de 20 000 Québécois. Ces derniers étaient membres de la cohorte du projet CARTaGENE, un large projet de recherche ayant recueilli des échantillons d’ADN, mais aussi de nombreuses informations sur les participants.

 

Seulement 8 % des personnes présentant des signes d’insuffisance rénale en étaient conscientes.

 

Concernant le diabète, 73 % des personnes atteintes avaient un diagnostic, contre 55 % de celles dont le niveau de cholestérol était trop élevé. Douze pour cent des participants présentaient une tension artérielle élevée sans être diagnostiqués.

 

Chez les personnes conscientes de leur état, le traitement reçu était souvent sous-optimal. Plus de 40 % des diabétiques traités n’atteignaient pas les cibles, par exemple.

 

Ces résultats ont été publiés en avril dans la revue Clinical Journal of the American Society of Nephrology.

 

Besoin des médecins de famille

 

Comme néphrologue, le Dr Madore a été « très surpris » de constater que la majorité des personnes présentant des signes de défaillance rénale n’en étaient pas conscientes. Comme il s’agit d’une conséquence possible d’un diabète ou d’une hypertension non traités, le sous-diagnostic de ces deux conditions l’inquiète également. Un meilleur suivi chez les personnes atteintes de ces maladies chroniques serait souhaitable, car « ceux qui ont un suivi régulier semblent mieux contrôler leur condition », dit-il. C’est pourquoi il croit que le fait que plusieurs Québécois n’aient pas de médecin de famille, ou qu’ils ne puissent pas le voir facilement, a probablement un impact.

 

Les données indiquent également que les personnes moins éduquées atteignaient moins souvent les cibles thérapeutiques lorsque traitées pour du diabète, de l’hypertension ou des niveaux élevés de cholestérol.

 

Les participants à cette étude étaient âgés de 40 à 69 ans et pourraient ne pas être représentatifs de la population en général.

 

Un bon investissement?

 

À quel point faut-il mettre des ressources pour diagnostiquer davantage ? « Du point de vue individuel, c’est assez bien démontré que de traiter ces conditions est bénéfique. Du point de vue de la société, on peut améliorer l’espérance et la qualité de vie. Mais ça implique des investissements majeurs pour suivre tous ces gens. C’est un débat », juge le Dr Madore.

 

Il croit aussi que la réflexion doit inclure la prévention. Il s’inquiète particulièrement de l’épidémie d’obésité. « L’obésité augmente la prévalence du diabète, qui à son tour est la première cause d’insuffisance rénale. On devrait agir en amont. »

8 commentaires
  • Marie-Claude Delisle - Inscrit 23 avril 2014 07 h 05

    Il faut mettre les infirmières là-dessus !

    Une infirmière peut faire sans prescription des tests de prévention ( glycémie, cholestérolémie, prise de tension artérielle ). Il serait temps qu'elles puissent faire des analyses et culture d'urine et des prélèvements sanguins justifiés par un examen clinique qui lui fournit un portrait clinique de son patient et qui justifie les requêtes au médecin vers qui elles peuvent mener leur patient.
    Où ? Dans les pharmacies, dans les cliniques sans médecins. Tous des endroits où l'on se retrouve ces professionnelles sans attendre !

  • Marie-Claude Delisle - Inscrit 23 avril 2014 07 h 09

    Ah ! et la nutrition...

    Toutes les cliniques devraient donner accès à une nutritionniste. Et les gouvernements devraient interdire le glucose-fructose (sirop de maïs) dans la préparation des aliments (un lien direct avec l'épidémie d'obésité a été fait avec l'introduction de ce sucre toxique dans l'alimentation dans les années 80). Il est impressionnant de voir à quel point les gens mangent n'importe quoi et sans se douter à quel point ils nuisent à leur santé. Beaucoup d'éducation à faire dans ce domaine. Et bravo aux cours de nutrition à l'école : une excellent initiative.

    • Albert Descôteaux - Inscrit 23 avril 2014 09 h 00

      Ajoutons l'exercice régulier pour compléter le portrait. Les bonnes habitudes à ce niveau doivent être inculquées aux enfants et mises en pratique le plus tôt possible, à la maison et à l'école.

      L'obésité et les problèmes qui en découlent, l'hypertension et le diabète, sont d'abord et avant tout des maladies comportementales si on considère l'inactivité physique comme de mauvaises habitudes de vie. C'est contre-productif de réclamer des médecins, des traitements, des diagnostics, des pilules si on continue à encourager le sédentarisme, ou plutôt à ne pas encourager l'activité physique.

    • Michel Vallée - Inscrit 23 avril 2014 09 h 24

      L’autre solution serait de diminuer les salaires, et d’amputer davantage
      les chèques de chômage et d’Aide-sociale : ainsi, en diminuant les revenus, les citoyens mangeraient moins et ils diminueraient d’autant leur surcharge pondérale

    • Beth Brown - Inscrite 23 avril 2014 13 h 24

      Ah cette vilaine charge pondérale!

      Je suggère aussi, à la suite de Monsieur Vallée, des tickets de rationnement pour le sucre, le sel, l'alcool, le fromage, le beurre et la poutine.

      Seules les nutritionnistes devraient avoir légalement droit de travailler dans les épiceries.

      La peine de mort devrait être réinstauré pour ceux qui proclament haut et fort: "Tout est bon dans le cochon!"

  • Majella Simard - Abonné 23 avril 2014 08 h 38

    Mais il y a trop de diagnostics?

    Cet article ne s'inscrit-il pas en porte à faux à celui d'il ya deux semaines où des médecins du Québec ont entrepris une campagne de sensibilisation à l'effet qu'il y avait trop de tests diagnostics?

  • Claude Saint-Jarre - Abonné 23 avril 2014 11 h 27

    Groupes Hans

    Les groupes Hans d'inspiration japonaise sont de petits groupes de 6 à 12 personnes qui s'entraident pour s,évaluer les uns les autres l'état de santé. Il y a de tels groupes dans de nouvelles coop santé comme celles de Contrecoeur et la coop santé Cliche en Beauce je crois. Lorsqu'un problème est décelé, un rendez-vous est pris avec un(e) médecin. C'est de la bonne prévention et de tels groupes devraient se multiplier. Bonne journée. L'indépendance intellectuelle, prélude à toute indépendance!

  • Moumni 59 - Inscrit 23 avril 2014 14 h 08

    Conséquences du lobby

    Je pense que le lobby des agents de santé au Canada est le plus fort au monde. Les medecins etrangers, sauf les USA, n'ont pas droit à exercer.
    En principe, dans toute économie libérale, cette chasse gardée devrait s'ouvrir pour faire profiter les citoyens d'une large offre de service de santé. Ce ne sera pas pour demain !