Santé: «Tout est à évaluer»

La nouvelle présidente de la Fédération des médecins spécialistes du Québec, Diane Francœur.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir La nouvelle présidente de la Fédération des médecins spécialistes du Québec, Diane Francœur.

Hyperactive, femme d’action et féministe assumée, la nouvelle présidente de la Fédération des médecins spécialistes du Québec, la Dre Diane Francoeur, attaque son mandat avec le désir franc de faire bouger les choses. Le système de santé doit se « métamorphoser », croit-elle. Elle estime qu’on pourrait mieux organiser le public, céder des responsabilités aux autres professionnels de la santé, choisir les priorités dans le panier de services couverts et laisser une juste place au privé.

 

Le 28 février dernier, un vendredi, l’obstétricienne-gynécologue à l’hôpital Sainte-Justine a appris que sa vie allait changer, raconte-t-elle : son prédécesseur, le Dr Gaétan Barrette, se lançait en politique sous la bannière du Parti libéral du Québec, nouvelle qu’il allait officialiser le lundi suivant. « Je suis en deuil » de la médecine, avoue la nouvelle présidente, qui prévoyait déjà se présenter dans un an, lorsque le poste devait se libérer. « J’étais et je suis encore un vrai docteur, très impliqué sur le terrain ! » Quitter ses patientes requiert une période d’adaptation, mais à la FMSQ, elle sait que l’action ne manquera pas.

 

Son mandat, bien sûr, est de représenter les intérêts des médecins spécialistes. Mais celle qui assume les fonctions de vice-présidente depuis 2011 cherche à inscrire cette priorité dans une réflexion plus large sur la métamorphose nécessaire, comme elle l’appelle, de notre système de santé. « Il faut envisager que, peut-être, nous sommes effectivement rendus à un moment où ça sera difficile de payer tout ce qu’on souhaite se payer. Il faut faire des choix », dit-elle.

 

La Dre Francoeur défend le système public de santé. « Je vais toujours me battre contre la possibilité de diminuer la qualité des services publics », jure-t-elle. Ça ne l’empêche pas d’exprimer une ouverture envers le privé. Elle croit qu’en parallèle, tant les cliniques privées qui prennent la «carte soleil» que les cliniques entièrement privées et payantes peuvent exister. Le privé ne nuit pas nécessairement, croit-elle : « Au contraire, il peut permettre de financer le système public. Tout est à évaluer, mais dans la transparence. »

 

Le privé-public, d’abord, comme les Groupes de médecine familiale ou les cliniques de procréation assistées, d’appartenance privée mais à prestation publique. La Dre Francoeur estime que davantage de services pourraient être sortis de l’hôpital pour diminuer les listes d’attente, comme l’ophtalmologie.

 

Le privé, même pour la classe moyenne?

 

Et le « vrai » privé, où la carte de crédit remplace la carte d’assurance maladie ? Pour la Dre Francoeur, il faut cesser d’imaginer des cliniques de luxe fréquentées par des p.-d.g. d’entreprises. Elle croit que la classe moyenne pourrait en bénéficier. « Souvent, pour des raisons personnelles, d’horaire, ça peut être difficile de trouver un rendez-vous qui nous convienne. Si cette personne veut se payer des soins privés le soir, est-ce qu’on devrait empêcher ça ? », demande-t-elle. Elle évoque le camionneur souvent loin de la maison ou l’éducatrice en milieu familial qui veut éviter de fermer en pleine semaine.

 

Les libéraux ont promis des « super-cliniques » ouvertes le soir qui devraient, si elles se concrétisent, répondre à ces besoins au public, non ? La Dre Francoeur n’est pas tout à fait acquise à cette idée. « Les services de soir, il ne faut pas se leurrer, ils coûtent plus cher. Est-ce qu’on devrait dépenser pour ça, ou plutôt dépenser pour donner plus de services de jour ?La campagne électorale est finie, maintenant, il faut réfléchir. »

 

Des choix à faire au public

 

Il faudra aussi faire des choix parmi ce qui est actuellement couvert, croit-elle. Les futurs centres hospitaliers universitaires ne compteront que des chambres individuelles, par exemple. « Est-ce qu’on a les moyens de payer des chambres privées à tout le monde ? Si on obligeait au moins les gens qui ont des assurances à les utiliser, ça diminuerait les coûts. »

 

La Dre Francoeur a aussi participé à l’élaboration du mémoire de la FMSQ sur la procréation médicalement assistée, qui conseille de limiter la gratuité à l’infertilité « médicale ». Elle se demande si, entre les traitements contre « l’infertilité sociale » et d’autres services, il ne faudrait pas choisir. « La réalité, c’est qu’en CHSLD des personnes âgées ont un bain par semaine », rappelle-t-elle. « À un moment donné, il faut réaliser que ça sort de la même poche. Mais choisir, ce sera l’odieux du nouveau ministre » qui, en l’occurrence, pourrait être son prédécesseur Gaétan Barrette.

 

La Dre Francoeur fait d’ailleurs de l’accessibilité aux soins spécialisés son cheval de bataille. Les autres professionnels de la santé — infirmières, sages-femmes, pharmaciens, etc. — pourraient se voir octroyer plus de responsabilités. Les médecins, eux, pourraient s’engager davantage dans la gestion des hôpitaux, croit-elle. Mais elle ajoute qu’il ne faut pas leur faire perdre leur temps et qu’il faut diminuer la lourdeur administrative pour leur donner envie de pousser à la roue.

 

La Dre Francoeur clame qu’elle est là pour ouvrir des portes : « On peut s’asseoir et grogner. Ou s’impliquer, avancer et avoir des résultats. »

25 commentaires
  • Pierre Germain - Inscrit 22 avril 2014 06 h 50

    Pire qu'en Ouzbékistan!

    La seule conclusion valable en comparant le nombre de médecins par 1000 habitants (MPMH) de pays de l’Europe de l’Ouest1 avec celui du Québec2 est que ce dernier est anormalement bas. Par exemple, l’OMS fournit les données suivantes, présentées ici selon le format suivant : « pays : MPMH » (il s’agit de données de 2009-2011).

    Allemagne : 3,69; Autriche : 4,86; Belgique : 3,78; Espagne : 3,96; France : 3,38; Islande : 3,46; Italie : 3,8; Luxembourg : 2,78; Royaume-Uni : 2,77; Suède : 3,87; Suisse : 4,08.

    Ainsi, alors qu’il y avait 2,21 MPMH au Québec (donnée de 2011 de l’ISQ), la médiane des 11 onze pays cités ci-dessus est de 3,78, soit 71 % plus élevé qu’au Québec, impliquant un retard de 12 700 médecins au Québec par rapport aux standards ouest-européens. En fait, même l’Ouzbékistan a proportionnellement plus de médecins que le Québec!

    À la lumière de ce qui précède, il apparaît évident que nos médecins profitent de l’indolence de nos politiciens pour maintenir à leur profit une pénurie artificielle de leurs effectifs. Comme il n’est pas réglementé, ce monopole est autant improductif que coûteux pour les Québécois qui paient trop cher des services… auxquels beaucoup d’entre n’ont même pas accès, malgré les lois qui devraient les protéger.

    Et la seule solution envisagée par les médecins à ce sujet est de demander à être rémunérés encore plus. Pourtant, les payer plus n’en fait pas apparaître d’autres. Bien au contraire : en les payant, disons 60 % plus, ils peuvent travailler 30 % moins tout en empochant 30 % plus. Leur solution entretien donc un manque d’accessibilité, de quantité et de qualité des soins.

    Il est temps que d’autres professionnels de la santé puissent effectuer indépendamment des actes auparavant réservés aux médecins.

    1OMS : http://apps.who.int/gho/data/node.main.A1444?lang=
    2Institut de la statistique du Québec (ISQ) : http://www.stat.gouv.qc.ca/quebec-chiffre-main/pdf

    • Marin Marin - Inscrit 22 avril 2014 16 h 02

      Avez-vous lu l'étude citée par Sylvain Bouchard de COGECO qui classait les médecins du Québec en dernier parmi les 25 pays industrialisés qui ont participé à l'étude ?

      Au Québec, selon les réponses des médecins du Québec, dans plus de 57% des cas on n'est pas capable d'établir le diagnostique!!!

      Seulement 43% des médecins posent un diagnostique, réel ou erroné.

      Au Québec un médecin prend 10 minute pour voir le patient, dans presque tous les cas on doit passer une radio ...et les années passent, la maladie évolue, on voit d'autres médecins, ils sont payé tous mais au bout de 10 ans le patient est plus malade.

      En France un médecin est capable de poser un diagnostique en s'appuyant sur des tests de sang, des IRMs, culture microbienne, etc. - après au plus 2 semaines le patient a ne diagnostique clair et un traitement.

      Comparer 2 semaines avec 10 ans!

      Il faut faire beaucoup de choses pour améliorer la compétence des médecins du Québec.

      L'incompétence est le probleme pas le nombre!

  • Pierre Germain - Inscrit 22 avril 2014 06 h 56

    Ce qui est vraiment à réévalurer, c'est le mode de rémunération des médecins. Et si jamais ce mode restait à l'acte, il faut revoir extensivement la tarification de chacun de ces actes qui, malgré les avancées technologiques permettant de les simplifier et de d'en raccourcir significativement le temps de prestation, n'ont jamais été réviser à la baisse.

    Ce qu'il faut aussi revoir, c'est la mise en place d'un organisme totalement indépendant pour contrôler le cupide monopole des médecins, tout comme autrefois il y avait le CRTC qui contrôlait la féroce gourmandise de Bell Canada du temps où elle détenait le monopole de la téléphonie.

  • Pierre Germain - Inscrit 22 avril 2014 07 h 02

    Wow! Le nouveau gouvernement du Québec n'est même pas installé que Diane Francoeur fait de la sollicitation à peine voilée à ses collègues Couillard, Barrette, Bolduc et Iglésias afin de pouvoir non seuleemnt charger via le public mais aussi via le privé. Les contribuables qui sont non seulement taxés à la gorge pour leurs services - surtout médicaux - paieraient en plus de leur poche, selon les voeux de plusieurs spécialistes, une surprime pour avoir droit à leurs services! Comme certains dentistes qui, non contents d'être rémunérés par l'assurance privée du patient, demande quelque chose en plus sous prétexte que l'assurance ne "suit pas".

    Il est temps de mettre fin à la situation honteuse du monopole incontrôlé des médecins.

  • Pierre Germain - Inscrit 22 avril 2014 07 h 05

    Qu'on ne se leurre pas: Diane Francoeur n'est pas là par bienveillance pour les Québécois mais pour faire gagner plus d'argent, pour moins de travail, à ses membres médecins spécialistes.

    Lorsque la médecine était privée, 50 % des faillites personnelles étaient dues à des factures médicales; bien que ce ne soit plus le cas au Canada, c'est toujours le cas aux États-Unis, pays par excellence de l'archaïsme au niveau médical parmi tous les pays industrialisés.

  • Pierre Germain - Inscrit 22 avril 2014 07 h 07

    S'il y a quelque chose à réévaluer, c'est de ramener la rémunération des médecins à un niveau beaucoup plus raisonnable afin, avec les sommes ainsi dégagées, d'en former plus et d'ainsi mettre un terme à la pénurie artificielle de leurs effectifs qu'ils entretiennent eux-mêmes à leur avantage.