Un antinauséeux à utiliser avec prudence?

Le fabricant, la compagnie Duchesnay, estime que 33 millions de femmes enceintes ont pris du Diclectin.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Le fabricant, la compagnie Duchesnay, estime que 33 millions de femmes enceintes ont pris du Diclectin.

Jusqu’à 80 % des Québécoises s’en font prescrire lorsqu’elles sont enceintes, mais des médecins estiment que le Diclectin devrait être utilisé avec plus de prudence.

 

Dans une lettre publiée mardi dans le Journal of Obstetrics and Gynaecology of Canada (JOGC), ils écrivent que l’utilisation de ce médicament en première intention pour traiter les nausées de grossesse devrait être remise en question. Selon eux, les études dont nous disposons ne permettent pas de conclure à une efficacité supérieure par rapport à d’autres traitements plus sûrs. Ils estiment aussi que trop peu d’études de qualité sur les risques du médicament sont disponibles.

 

L’auteur principal de la déclaration, le Dr Navindra Persaud, ne veut pas semer la panique parmi les milliers de Canadiennes qui ont consommé ce médicament. Il souhaite plutôt susciter une prise de conscience tant chez les médecins que les patientes sur la nécessité réelle de ce traitement.

 

Utilisation abusive ?

 

La Société des obstétriciens gynécologues du Canada (SOGC), qui émet les lignes directrices, a réitéré que le Diclectin est sécuritaire à la suite de la publication de la lettre du Dr Persaud mardi.

 

Le fabricant, la compagnie Duchesnay, de Blainville au Québec, estime que 33 millions de femmes enceintes ont pris ce médicament. La moitié des Canadiennes se le font prescrire lorsqu’elles sont enceintes. Au Québec, on atteint 8 prescriptions pour 10 naissances vivantes, le plus haut taux au pays. Selon le Dr Persaud, nulle part ailleurs le Diclectin n’est aussi largement prescrit.

 

Au début de sa carrière, il le prescrivait le Diclectin de manière routinière. « Mais je me suis senti inconfortable et j’ai décidé d’aller lire les études disponibles », raconte-t-il. Le Dr Persaud constate alors qu’elles n’étaient pas toutes de bonne qualité, ni entièrement convaincantes.

 

Quels risques ?

 

Le médecin de Toronto réserve depuis le Diclectin aux femmes qui ne répondent pas aux autres traitements. Le Diclectin est une combinaison de pyridoxine (vitamine B6) et de doxylamine, un antihistaminique. L’acupression, la prise de petits repas fréquents, de gingembre, de vitamine B6 seule et d’autres médicaments peuvent être tentés en premier lieu.

 

Quels sont les risques du Diclectin ? Ils sont faibles, selon le Dr Persaud, mais surtout, peu documentés.

 

Trois méta-analyses sur l’innocuité du médicament ont conclu à une absence de lien avec des malformations chez les bébés. Concernant les tumeurs malignes chez les enfants, nous disposons de deux études faites en 1985 et 1987 avec peu de patients. On concluait respectivement à l’absence de risque accru dans un cas, et à un risque faiblement accru dans l’autre. Elles ne permettaient pas de conclure à un lien de cause à effet.

 

« Nous devrions être plus prudents avant de le prescrire à des millions de femmes pour qui il existe d’autres options plus sécuritaires », estime le Dr Persaud.

1 commentaire
  • Martin Chénier - Inscrit 17 avril 2014 07 h 01

    SOGC

    Hier la SOGC déclarait que les obstétriciens et gynécologues du Canada ne "devraient" pas pratiquer d'excisions au lieu de ne "devaient" pas. Cette société ne doit plus être prise au sérieux...