L’Agence de la santé de Montréal fait fausse route, selon des psychiatres

L’Agence de la Santé de Montréal a désigné quatre hôpitaux pour répondre aux besoins des itinérants qui doivent être hospitalisés pour des problèmes de santé mentale.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir L’Agence de la Santé de Montréal a désigné quatre hôpitaux pour répondre aux besoins des itinérants qui doivent être hospitalisés pour des problèmes de santé mentale.

Des psychiatres dénoncent la décision de l’Agence de la Santé de Montréal, qui a nommé quatre hôpitaux pour répondre aux besoins des itinérants qui doivent être hospitalisés pour des problèmes de santé mentale. Sans ressources supplémentaires, ces médecins affirment qu’ils seront submergés, au détriment des patients.

 

« C’est une terrible décision » : le Dr Olivier Farmer, psychiatre au CHUM, ne mâche pas ses mots. La Dre Karine Igartua, de l’Hôpital général du CUSM, qualifie carrément le plan « d’ineptie ». À l’Hôpital général juif, le Dr Khalil Geagea parle d’une réforme « unilatérale » et « précipitée ».

 

À compter de cette semaine, lors de l’intervention des ambulanciers ou de la police, les itinérants seront d’abord transportés vers l’hôpital le plus proche. Ensuite, si une hospitalisation en psychiatrie s’avère nécessaire, l’Hôpital Notre-Dame du CHUM, l’Hôpital général juif, l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont et l’Hôpital général du CUSM seront de garde, une semaine sur quatre chacun. Le tout entrait en vigueur lundi.

 

Dans l’ancien système, des patients se retrouvaient parfois à des kilomètres de leur milieu habituel. C’est ce que l’agence voulait corriger.

 

Le CHUM submergé

 

Depuis janvier, en raison de son emplacement, l’Hôpital Notre-Dame du CHUM ploie sous la demande. Lundi, 40 % des lits de l’unité de psychiatrie étaient occupés par des personnes en situation d’itinérance. La situation dure depuis janvier, quand les directives aux services d’urgence ont changé. L’achalandage de l’urgence psychiatrique a bondi de 50 %, selon le Dr Olivier Farmer. À l’Hôpital général, la Dre Igartua fait état d’une situation semblable, à moindre échelle: 50 % de patients itinérants de plus ont été reçus depuis janvier. Sept ont été hospitalisés, contre deux de janvier à avril 2013, dit-elle.

 

Séjours sur civières, attente de plusieurs jours avant d’obtenir un lit à l’unité psychiatrique, transfert en catastrophe vers d’autres hôpitaux, faute de ressources. À entendre les psychiatres, le remède de l’agence serait pire que le problème initial. « Avant, huit hôpitaux se partageaient les gardes. Là, nous sommes quatre. C’est un transfert de patients sans transfert de ressources. La vérité, c’est qu’on a coupé les services de 50 % ! », dénonce le Dr Farmer.

 

La situation est d’autant plus frustrante pour lui que le CHUM souhaite depuis plusieurs années mettre sur pied un programme consacré aux itinérants vivant avec un problème de santé mentale, mais que ni l’agence ni Québec n’ont voulu le financer.

 

C’est avec surprise que l’Hôpital général juif, qui n’a pas l’habitude de composer avec les itinérants, s’est retrouvé sur la liste de garde. « Je comprends que l’ancien système ne fonctionnait pas, il fallait agir », dit le Dr Khalil Geagea. Mais le psychiatre estime que cette nouvelle responsabilité mobilisera huit lits à temps plein.

 

« Mais là, sans ressources, sans personnel et sans lits, on est en train de noyer le système », dit le psychiatre.

11 commentaires
  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 15 avril 2014 07 h 03

    Mais, mais et mais !

    « Mais là, sans ressources, sans personnel et sans lits, on est en train de noyer le système » (Dr Khalil Geagea, HGJ)

    Bien que la décision de l’Agence soit préoccupante et, possiblement discutable ou précipitée, il demeure que le Système continue de s’embourber sur et avec des « conneries » !

    Si on veut, de volonté politico-sociale, vraiment aider l’itinérance à s’en sortir, d’autres mesures, plus éclairées, se doivent d’apparaître et faire consensus.

    Mais, mais et mais ! - 15 avril 2014 -

  • André Michaud - Inscrit 15 avril 2014 09 h 45

    Un problème qui grossit

    Le problème des itinérants qui dans l'immense majorité souffrent de maladies mentales quand il n'y a pas toxicomanie en plus, grossit. Les différentes drogues sur le marché illégal multiplient les problèmes.

    Un autre phénomème s'ajoute, des autochtones qui ne peuvent vivre dans leurs communautés viennent vivre dans les rues de Montréal, avec eux aussi des problèmes mentaux et de toxicomanie.

    Les urgences psychiatriques sont déjà débordées, il faudrait créer un endroit spécialement pour les itinérants.

    LE gros problème c'est que l'on ne peut les soigner correctement et bien les encadrer quand après leur hospitalisation on les retourne à la rue au coeur du monde de la drogue ! Il faudrait les placer dans des endroits où ils pourraient être bien encadrés et loin des drogues de rue , comme d'autres malades mentaux.

  • Danielle Dubuc - Inscrite 15 avril 2014 10 h 02

    Désinstitualisation....

    On rêvait en couleur avec ce concept de la désinstitualisation. On a mis les malades mentaux dans la rue, sans ressource, sans encadrement, livrés à eux même alors que même avec l'assistance d'un médecin ces malades refusent souvent ou oublient de prendre leur médication. Plusieurs d'entre eux deviennent même dangereux lorsque non traités. Comment le gouvernement peut il croire en venir à une solution véritable sans revenir aux bons vieux moyens? Ces personnes ont BESOIN d'un environnement qui les encadre, qui les soigne, qui les nourit, qui les sécurise et les accompagne chaque minute de leur vie... ou alors c'est le cycle infernal, toujours à recommencer après le malheur, la souffrance, la pauvreté et la solitude, ou après des incidents plus ou moins graves qui parfois leur coutent la vie ou celle des autres. A quand le retour des instituts psychiatriques où l'on garde ces malades qui ont tant besoin de soins?

    • André Michaud - Inscrit 15 avril 2014 11 h 24

      Malheureusement ça ne semble pas "cool" de s'occuper vraiment de ces malades.

      Alors on joue au yoyo avec eux, on les interne un jour puis les remet à la rue le lendemain à travers les drogues etc..quel gaspillage d'énergie et d'argent!

      Qu'est-ce qui est le plus sans coeur, leur trouver un endroit pour bien les encadrer avec le personnel adéquat, ou les rejeter continuellement à la rue sous prétexte qu'on les laisse "libres"?

  • Jacqueline Rioux - Abonnée 15 avril 2014 10 h 14

    Les suites de la désinstitutionnalisation?

    Les objectifs humanistes de la désinstitutionnalisation des personnes atteintes de maladie mentale étaient sans doute louables, mais les effets sont catastrophiques pour eux comme pour le système de santé.

    Est-il normal dans une société qui se dit civilisée de laisser à elles-mêms des personnes vulnérables? On les laisse vivre dans des conditions minimales de survie et plusieurs aboutissent dans la rue. Aujourd'hui, il serait peut-être temps de reconsidérer la désinstitutionnalisation, même si des coûts y sont rattachés. De toute manière, il faudrait voir si le coût de l'hospitalisation en urgence des personnes itinérantes n'est pas supérieur.

    Pourquoi personne n'écoute ceux qui suggèrent des solutions? «... le CHUM souhaite depuis plusieurs années mettre sur pied un programme consacré aux itinérants vivant avec un problème de santé mentale, mais que ni l’agence ni Québec n’ont voulu le financer. »

    Jacqueline Rioux

  • André Michaud - Inscrit 15 avril 2014 10 h 24

    Un trou sans fond

    Le policier doit faire face à des itinérants qui ne respectent pas les lois et sont ultra intoxiqués, en plus d'avoir des maladie mentales, et sont souvent agressifs avec les citoyens .

    Il les amène à L'hopital voir des psy , mais uniquement pour les stabiliser temporairement car dès le lendemain on les remet à la rue à travers les drogues et la roue repart...comme un trou sans fin.

    Soit on s'occupe vraiment de les soigner dans des endroits appropriées avec le personnel approprié et on ne les remet pas à la rue, soit on continue de faire semblant d'aider ces malades qui ont besoin d'un encadrement quotidien...et on les retourne continuellement à la rue.

    On ne doit pas nuire dans les hopitaux aux malades qui veulent vraiment s'en sortir..pour soigner des gens que l'on remet à la rue au milieu des drogues!!