Livres - Deux médecins se racontent

Le premier, Gérard Desrosiers, a été «médecin de campagne» à Saint-Narcisse-de-Champlain de 1947 à 1971, puis à Trois-Rivières jusqu'en 1996. Cinquante ans d'un généreux dévouement souvent dans l'ombre. Il a aussi créé la première bibliothèque publique en milieu rural au Québec. Le second, Denis Lazure, mieux connu du grand public, a joué un rôle significatif dans le premier gouvernement Lévesque à titre de ministre des Affaires sociales. Sa foi en un État souverain qui traite mieux les plus démunis l'a toujours poussé à l'action.

Le «médecin de campagne» tel qu'on le connaissait autrefois et qui faisait partie du quotidien des communautés rurales appartient à une époque héroïque aujourd'hui révolue, à une page d'histoire combien vaillante et généreuse. La feuille de route du Dr Desrosiers est impressionnante: si on ne tient compte que de sa pratique à Saint-Narcisse-de-Champlain, cela représente 1300 accouchements, environ 150 000 consultations et plus de 10 000 visites à domicile. À la fin de son premier mois de pratique, «monsieur le docteur» avait déjà à son crédit dix accouchements, une visite presque toutes les nuits, mis au monde des jumeaux, vécu la présentation d'un siège et une fracture du bras d'un nouveau-né en plus de déplorer le décès d'une mère qui venait d'accoucher. Dur baptême du feu!

Le Dr Desrosiers a aussi connu sa «révolution culturelle», comme il l'écrit. En 1955, il fonde la Société Saint-Jean-Baptiste de Saint-Narcisse; au début des années 1960, il met sur pied la première bibliothèque publique en milieu rural au Québec, ce qui conduit à la création du réseau des 11 centres régionaux de services aux bibliothèques publiques (CRSBP). Ces derniers desservent actuellement 825 bibliothèques dans les petites municipalités du Québec. De nombreuses anecdotes, souvent savoureuses, toujours respectueuses, émaillent ces précieuses Mémoires.

Devenir ministre

Le Dr Lazure «dresse son bilan» en même temps qu'il témoigne de sa participation à des événements qui ont marqué l'histoire du Québec.. Après avoir évoqué son enfance, sa jeunesse, ses études en médecine, il remonte au début de sa carrière en médecine psychiatrique et à la fondation, à la fin des années 1950, du département de psychiatrie infantile à Sainte-Justine, dont il est un des protagonistes. En congé sans solde pour un an, il visite en octobre 1960 la Chine de Mao, puis se rend en Haïti pour tenter d'y édifier, à partir de presque rien, des services psychiatriques, congé interrompu de façon inattendue: le Collège des médecins et le ministre de la Santé le requièrent pour faire partie d'une commission qui, pendant plusieurs mois, étudiera la condition dans chacun des 16 établissements psychiatriques du Québec. Suivra la période de construction d'un réseau de services psychiatriques décentralisé et intégré le plus possible aux hôpitaux généraux. Entre 1969 et 1976, on retrouve le Dr Lazure à la direction d'hôpitaux, entre autres du Mont-Providence, rebaptisé Rivière-des-Prairies.

Issu d'un milieu très politisé, il fait partie du premier gouvernement Lévesque dont il endosse les orientations: il a foi en l'indépendance du Québec. Il devient ministre des Affaires sociales, pilote la loi sur les personnes handicapées, instaure l'avortement thérapeutique dans les hôpitaux et met sur pied le réseau des garderies. Il se retire de la scène politique en 1996, déçu que le Parti québécois ait mis en veilleuse la souveraineté, mais il poursuit son combat, que ce soit à la tête de l'Office des personnes handicapées du Québec jusqu'en 1999 ou à titre de président du Comité d'appui aux orphelins de Duplessis. Denis Lazure a laissé sa marque. Ses souvenirs, racontés dans une langue vivante, témoignent d'une autre page de notre histoire.

Mémoires d'un médecin de campagne

Gérard Desrosiers

Des Rosiers et Associés éditeurs

Montréal, 2003, 221 pages

Médecin et citoyen

Denis Lazure

Les Éditions du Boréal

Montréal, 2002, 402 pages