Hausse salariale: les médecins devront attendre

Ce sont les médecins d’urgence et en soins de longue durée en établissement qui devaient recevoir leur part des hausses négociées avec Québec sous le gouvernement libéral de Jean Charest.
Photo: Jacques Nadeau - Archives Le Devoir Ce sont les médecins d’urgence et en soins de longue durée en établissement qui devaient recevoir leur part des hausses négociées avec Québec sous le gouvernement libéral de Jean Charest.

La hausse de rémunération attendue par les médecins le 1er avril est reportée au 1er juin en raison de l’instabilité causée par le contexte électoral, a appris Le Devoir.

 

Ce sont 540 millions de plus que les médecins doivent recevoir en 2014-2015. Depuis le début de la campagne électorale, ces hausses font l’objet d’un débat partisan que les fonctionnaires n’auraient pas voulu trancher sans connaître l’issue de l’exercice démocratique.

 

« Le ministère de la Santé et des Services sociaux [MSSS] et les fédérations ont décidé de suspendre l’application des nouvelles modalités de l’entente jusqu’au 1er juin, le temps que les deux parties se rencontrent », confirme la porte-parole Stéphanie Ménard.

 

Loin de monter aux barricades, la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) affirme que c’est d’un « commun accord » avec les fonctionnaires du MSSS que l’octroi des hausses a été mis sur la glace. Certains omnipraticiens, mais pas tous, devaient recevoir une bonification de 3,24 % de leurs honoraires au 1er avril.

 

« On ne veut pas faire de politique, alors nous avons convenu qu’il serait plus simple de retarder l’entrée en vigueur des hausses de quelques semaines, ce qui nous permettra de sortir de l’horizon électoral », explique Jean-Pierre Dion, le directeur des communications de la FMOQ.

 

« Nous ne négocions pas sur la place publique, nous ne commenterons donc pas ces rumeurs », a simplement répliqué la responsable des communications de la Fédération des médecins spécialistes du Québec, Nicole Pelletier.

 

Question d’équité

 

Du côté des médecins de famille, ce sont les médecins d’urgence et en soins de longue durée en établissement qui devaient recevoir leur part des hausses négociées avec Québec sous le gouvernement libéral de Jean Charest. En effet, les hausses ont été distribuées dans le temps pour différentes catégories de médecins, ce n’est donc pas l’ensemble des omnipraticiens qui devaient toucher l’augmentation imminente de 3,24 %.

 

Par conséquent, si, tel que le Parti Québécois en a exprimé la volonté, les hausses sont étalées en raison de l’état des finances publiques, ce ne seront pas tous les médecins qui seront touchés, dit Jean-Pierre Dion. C’est pourquoi « le [président de la FMOQ] le Dr Godin sera particulièrement attentif pour que la situation soit équitable entre nos membres, avertit M. Dion. Il est important que la pratique en soins de longue durée reste attractive pour les médecins ».

 

Réseau pressurisé

 

L’Association québécoise d’établissements de santé et de services sociaux (AQESSS) avait été la première à sauter dans l’arène sur cette question, avant même le dépôt du budget. Quand Nicolas Marceau l’a finalement déposé, l’AQESSS a réitéré qu’étant donné la hausse de seulement 3 % accordée au réseau de la santé, il faudra choisir entre la rémunération des médecins et des services à la population. Le ministre de la Santé, Réjean Hébert, a reconnu à la fin février qu’un étalement serait nécessaire. « Si on est capables d’étaler cette augmentation, ça va donner l’oxygène nécessaire pour qu’on puisse maintenir les services », avait-il affirmé. Sinon, le gouvernement aura à prendre des « décisions difficiles », avait-il évoqué.

 

L’AQESSS estime son manque à gagner pour 2014-2015 de 400 à 600 millions de dollars. Le Parti québécois (PQ) ne cache pas que, s’il est reporté au pouvoir, les médecins doivent s’attendre à négocier un étalement de leur hausse, qui représente un milliard de dollars sur deux ans. De 2012 à 2016, l’enveloppe destinée aux médecins aura bondi de 5 à 7 milliards de dollars par an.

 

Les médecins, à la faveur des sondages, comptent peut-être sur l’élection du Parti libéral du Québec (PLQ) le 7 avril prochain, ce qui pourrait expliquer leur relative zénitude devant la décision du MSSS de reporter les hausses à juin. Car le chef du PLQ, Philippe Couillard, a affirmé plusieurs fois qu’il ne préconisait pas un étalement et que les ententes avec les médecins étaient « justifiées ».

 

Lundi, son candidat vedette Gaétan Barrette s’est toutefois fait moins catégorique. Dans un rassemblement dans sa circonscription de La Prairie, il n’a pas écarté la possibilité d’un étalement. Il a affirmé que « ce que M. Couillard a dit d’une façon claire, nette et précise, c’est qu’il allait respecter l’entente signée. Maintenant, respecter l’entente signée et l’appliquer, c’est une autre chose et lorsqu’on sera au pouvoir, majoritaire, on verra ce qui est opportun de faire ». Lorsque M. Barrette était à la tête de la FMSQ, il affirmait qu’il était prêt à reporter les hausses de ses membres, mais que le gouvernement de Pauline Marois avait mis fin unilatéralement aux discussions.

 

Les libéraux souhaitent hausser de 4 % le budget de la santé, soit injecter environ 325 millions de plus que ce que le budget de Nicolas Marceau a prévu.

21 commentaires
  • Josette Allard - Inscrite 26 mars 2014 02 h 42

    Titre insignifiant

    À lire le titre on a l'impression d'un véritable report ou de l'étalement propose. Rien de tel. Encore une fois du journalisme sans intérêts; la manchette étant tout ce qui compte.

  • Marie-Claude Lefrancois - Inscrite 26 mars 2014 04 h 34

    Les critères salariaux

    Sur quoi définit-on la valeur sociale d'une profession? Sur des plafonds salariaux fixés par des économistes ou des courtiers en placement? Ou alors par des nécessités liées aux besoins du milieu qui en a assuré la formation et l'a enrichi de sa culture? Si on appartient à ce milieu, les nécessités sociales seront perçues comme telles et les possibilités salariales deviendront beaucoup plus claires. Le modèle médical devra s'ajuster sinon il risque de perdre la confiance de ses patients.....déjà à bout de patience!

  • Christian Montmarquette - Inscrit 26 mars 2014 05 h 17

    Hausses salariales des médecins : «67 %» sur cinq ans!

    En connaissez-vous beaucoup, vous, du monde qui augmente leur salaire de «67%» en cinq ans.?

    Les médecins, ces goinfres cupides qui engouffrent à eux-seuls, plus de la moitié de la hausse totale prévue du budget en santé ne semblent vouloir se donner aucune limite.

    Quand ? ..le gouvernement mettra-t-il enfin ses culottes et remettra-t-il enfin à leur place ce ce lobby dont les membres sont de plus en plus nombreux à se faire élire à l'Assemblée nationale et qui se retrouvent à l'instar de nos chers députés, Gros-Jean comme devant en conflit d'intérêt en se votant leurs propres augmentations de salariales?

    Non, il n'est pas nécessaire d'être médecin pour être ministre de la santé.

    Le ministre de la santé ne devrait être élu pour représenter le lobby des médecins, mais pour défendre le droit des citoyens à être soigné au meilleur coût possible.

    • Yvon Martineau - Inscrit 26 mars 2014 08 h 15

      «défendre le droit des citoyens à être soigné au meilleur coût possible.»

      Pourquoi parle-t-on toujours de ''soigner'', ou encore de ''traiter'' des malades...et jamais de ''guérir'' des malades au meilleur coût? Le mot ''guérir'' serait-il absent du dictionnaire médical?
      Pourquoi? Pourquoi? Pourquoi?

    • Roxane Bertrand - Abonnée 26 mars 2014 09 h 16

      @ M. Martineau. - le pourquoi...

      Le mot guérir ne peut pas être utilisé car il rentre en contradiction avec le code de déontologie des professionnels de la santé. On ne guérit pas, le corps se guérit, le professionnel soigne.

      De prétendre avoir une action de guérir serait une disposition de fausse représentation dans le cas que le soin n'aurait pas réussi à guérir la personne.

      Les soins et traitements ne font en fait qu'aider la personne. Du moins, c'est ce qui est souhaité.

    • Yvon Martineau - Inscrit 27 mars 2014 14 h 20


      À Mme Bertrand;
      Vous dites «On ne guérit pas, le corps se guérit, le professionnel soigne.»
      Alors raison de plus pour diminuer leur rémunération!!!
      Si les gens avaient cette conviction, ils cesseraient, en grande majorité, de se présenter à l'urgence et/ou au cabinet du médecin pour la moindre vétille. Cela aurait pour effet de diminuer la demande...et qui dit diminution de la demande dit aussi diminution des coûts...et surtout on finirait par avoir beaucoup trop de médecins! On a créé une pénurie de médecins, volontairement ou pas, et comme dans tous les domaines, la pénurie fait augmenter considérablement les coûts! On connaît très bien le phénomène en alimentation n'est-ce-pas? On a qu'à penser au maïs...et autres produits du genre...

  • Beth Brown - Inscrite 26 mars 2014 05 h 46

    Un demi milliard!

    Décidément, les médecins n'ont de cesse que de vouloir vivre au-dessus de nos moyens!

  • Eric Séguin - Inscrit 26 mars 2014 08 h 06

    Si on vit de la misère au Québec c'est certainement pas la faute de nos médecins.

    Les chiffres sembles très gros, mais comparez des pommes avec des pommes. En définifive nos médecins sont encore parmi les moins bien payés au Canada, et ce, malgré ces augmentations.

    Tenez comptes aussi que pour plusieurs spécialistes c'est plus de 10 ans de formation universitaire et dans certains cas de sur-spécialistes ça va jusqu'à 12 et 13 ans de formation universitaire. Aussi, j'oubliais, ces années avec des semaines de plus de 80 heures de travail et d'étude.

    Si vous aimez comparez, comparez les avec les médecins du reste du Canada. Les médecins québécois sont non seulement moins bien payés que leur collègues canadiens, mais aussi plus taxés!!!! En bout de ligne l'écart est encore plus grand.

    Pourquoi restent-ils ici? Simpement parce que leur famille est ici, parce que leur amis sont ici. Autrement, ils n'auraient pas de difficulté à trouver un travail beaucoup plus payant ailleurs au Canada.

    Voyez ça comme vous voulez, nos médecins québécois méritent amplement leur salaire et, plutôt que d'être jaloux, nous devrions nous compter chanceux qu'ils restent aux Québec.

    Enfin, si vous pensez geler les salaires des médecins, ils vous faut aussi accepter de geler votre salaire et ceux de tout le monde au Québec, ça c'est équitable.

    RÉFÉRENCE:

    "Les médecins québécois parmi les moins bien payés au Canada." Daphné Cameron, La Presse, 22 janvier 2013.

    Rémunération moyenne des médecins par province :

    Ontario: 340 020$

    Alberta: 349 655$

    Saskatchewan: 324 342$

    Manitoba: 304 165$

    Colombie-Britannique: 272 796$

    Nouveau-Brunswick: 264 299$

    Terre-Neuve-et-Labrador: 260 166$

    Québec: 253 539$

    Nouvelle-Écosse: 250 486$

    Île-du-Prince-Édouard: 235 768$

    Moyenne canadienne: 307 482$

    • Yvon Martineau - Inscrit 26 mars 2014 08 h 50

      Vous m'avez fait pleuré monsieur!

    • Yvon Martineau - Inscrit 26 mars 2014 09 h 33

      Quand je vois ces chiffres, ça me bouleverse...j'ai pleuré monsieur!

    • Danielle Houle - Abonnée 26 mars 2014 09 h 51

      Se comparer à d'autres est un exercice futile, mais puisque vous voulez utiliser ce moyen, allons-y d'une autre comparaison. Un médecin qui habite Westmount ou Côte St-Luc habite une résidence qui a un coût X. Le coût d'une résidence équivalente à Toronto, Calgary ou Vancouver est 3 à 5 fois ce coût X. Alors oui, vos amis médecins gagnent moins d'argent au Québec mais ça leur coûte moins cher d'habiter ici. Vous me ferez penser d'envoyer un panier de Noel à Couillard, Bolduc, Barette et leurs collègues médecins pour qu'ils soient un peu moins dans la misère.

    • Paul Gagnon - Inscrit 26 mars 2014 09 h 56

      Attendez... Un moment SVP! Le temps que je sorte mon mouchoir... Snif snif snif. Voila, ça va mieux.

      Vous disiez?

    • Roxane Bertrand - Abonnée 26 mars 2014 11 h 17

      Ce qui serait vraiment équitable, ce serait de normaliser les salaires de tous les travailleurs du Québec en fonction de leur équivalent dans les autres provinces.

      Comme ça, tous pourraient bénéficier d'une augmentation de 67%. Comme ça nous seront sûrs que nos préposés, nos secrétaires, nos camionneurs, nos pompiers, nos policiers, nos éboueurs, nos enseignants...n'iront pas vivre dans une autre province.

      Là, cela serait équitable.

    • Eric Séguin - Inscrit 26 mars 2014 12 h 31

      Merci pour vos commentaires vous m'avez bien fait rire. :-)

      Ça parrait qu'on est au Québec! Soyons pas trop bon, ni trop travaillant et surtout assurons nous de ne pas encourager personne à l'être. Si par malheur quelqu'un ne se conforme pas à ça, et bien, on lui règlera son cas en lui prenant tout, en impôts et en taxes, pour être bien certains qu'être tous égaux.

      On peut bien être la province la plus pauvre.

    • Beth Brown - Inscrite 26 mars 2014 14 h 24

      Dans la plupart des provinces où le salaire des médecins est plus élevé qu'au Québec, le coût de la vie l'est aussi.

      Sinon, pourquoi croyez-vous qu'ils restent au Québec? Pour leurs familles? Pour leurs amis, dites-vous? Certainement pas pour leurs malades qui n'en finissent plus de se les payer.

      Ils peuvent bien nous faire chanter sur cette musique du grand départ, cependant. J'ai lu quelque part que c'était l'un des abus de pouvoir les plus crapuleux qui soient. Et, tiens, parlons-en de leurs pouvoirs!