Des naissances moins coûteuses

En 2013-2014, Québec estime que plus de 8800 cycles de fécondation in vitro auront été réalisés.
Photo: Amélie Daoust-Boisvert Le Devoir En 2013-2014, Québec estime que plus de 8800 cycles de fécondation in vitro auront été réalisés.

Chaque « bébé-éprouvette » né au Québec coûterait environ 43 000 $ au Trésor public. C’est quelques milliers de dollars de moins qu’avant la création du programme universel, prétend une étude économique à paraître sous peu dans la revue Human Reproduction. Mais la facture totale, elle, est plus élevée qu’avant.

 

Québec a toujours prétendu que la gratuité des traitements de procréation assistée s’autofinancerait, en raison des économies engendrées par la baisse de l’incidence des grossesses multiples et des complications médicales qui les accompagnent. L’étude dont Le Devoir a obtenu copie est la première à confirmer cette prétention.

 

À l’aide de l’économiste Mark Connolly, des médecins québécois spécialisés en fertilité ont calculé qu’en 2009, chaque bébé né à la suite d’une fécondation in vitro (FIV) avait coûté 49 517 $ au trésor public. Ces coûts comprennent les crédits d’impôt auxquels les parents avaient droit et les coûts estimés des soins donnés à la mère et l’enfant, jusqu’à un an après l’accouchement, en raison de complications comme une naissance prématurée.

 

La gratuité a été promulguée en 2010. En 2011, le coût par enfant né tombait à 43 362 $, selon l’étude. Ces sommes sont toutes ajustées en dollars de 2012.

 

La réduction s’explique par la baisse des grossesses multiples, passées de près de 30 % en 2009 à 6,4 % en 2011.

 

Mais le programme public a fait exploser la demande en services de procréation assistée. Par conséquent, même si les coûts par bébé semblent avoir diminué, le coût total a grimpé. Selon les calculs des chercheurs, il serait passé de 31,4 millions en 2009 à 49,2 millions en 2011, dont 26 millions pour les traitements de fertilité en tant que tels et le reste, pour les soins médicaux. Ces coûts excluent tous les bébés nés après des soins de fertilité autres que la FIV, aussi couverts. Bien des parents réussissent à concevoir avec des interventions moins lourdes comme l’insémination.

 

Aujourd’hui, la facture est certainement supérieure, puisque de quelque 5400 cycles de FIV en 2011, en 2013-2014, le ministère de la Santé (MSSS) estime que plus de 8800 cycles auront été réalisés. Le seul coût du programme, excluant les coûts des soins aux mères et aux enfants, s’élève à 67 millions de dollars, estime le MSSS.

 

Une bonne affaire ?

 

Pour l’économiste Mark Connolly, le Québec a fait une bonne affaire avec son programme public : « La société bénéficiera de ces enfants dans le futur. Dans ce contexte, il est sensé de financer un programme public. Mais bien sûr, cela dépend des priorités d’une société. On doit faire des choix, et chaque société doit décider où elle souhaite dépenser l’argent public. » Selon lui, à la lumière d’autres études, les coûts du programme québécois se comparent avantageusement aux coûts en Europe, alors qu’aux États-Unis, la facture peut être jusqu’à deux fois plus élevée.

 

M. Connolly est partenaire au sein une firme de consultation privée en Suisse et fait de la recherche à l’Université de Groningen, aux Pays-Bas. Il s’intéresse à la procréation assistée depuis plusieurs années, raison pour laquelle les médecins québécois ont fait appel à son expertise.

 

Comme Québec a réduit de 7100 à 4600 $ par cycle le paiement accordé aux cliniques de fertilité en janvier 2012, les coûts détaillés dans cette étude ont probablement diminué depuis 2011, croit par ailleurs le Dr François Bissonnette, coauteur de l’étude.

 

« Je crois que c’est un bon investissement, quand on sait que de son vivant, un enfant devrait générer 350 000 $ en retombées directes », estime-t-il. Le Dr Bissonnette travaille à la clinique de fertilité du CHUM ainsi que dans le privé à la clinique OVO, dont il est l’un des actionnaires. Il préside également la Société québécoise de fertilité et d’andrologie.

 

L’étude se base sur des projections, et non pas sur des données réelles sur les bébés nés de la FIV. En partant du nombre de bébés réellement nés grâce au programme et du type de grossesse (simple, jumeaux, triplés), les chercheurs ont calculé les probabilités de complications comme un accouchement prématuré, une césarienne ou encore des hospitalisations du bébé avant l’âge d’un an, à partir de la littérature scientifique. En associant le tout aux coûts de ces interventions, ils ont obtenu un portrait estimé.

 

Il est impossible pour l’instant de faire ces calculs en se basant sur la réalité, car faute d’un registre opérationnel, on ignore tout des bébés nés de la FIV et de leur état de santé. « Malheureusement, on cesse le suivi 10 minutes après la naissance », déplore le Dr Bissonnette. En décembre, le ministre de la Santé Réjean Hébert a demandé au commissaire à la santé et au bien-être, Robert Salois, de le conseiller sur la marche à suivre pour la mise en place d’un registre.

1 commentaire
  • ricardo-Jorge tavares - Inscrit 20 mars 2014 16 h 58

    Le monde a trop de peuple

    Nous les payeurs de taxes paie pour ca. On devait reduire la population du monde a 4 milliards et on fait des enfants comme ca encore. Je comprends laisser les enfants pauvres creuver de faims dans le monde.