Faire son épicerie pour soigner sa matière grise

Les fruits et les légumes jouent un rôle important dans le bon fonctionnement du cerveau, selon Ann Kato.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Les fruits et les légumes jouent un rôle important dans le bon fonctionnement du cerveau, selon Ann Kato.

Le cerveau, organe gourmand en glucose, est sensible aux aliments qui combattent le stress oxydatif que fait subir la dégradation du sucre aux cellules nerveuses. Fruits, légumes, vin rouge et poissons seraient les bienvenus dans le panier d’épicerie pour ralentir le vieillissement de la matière grise.

Le cerveau de l’homme, composé de centaines de milliards de cellules, est un organe très gourmand en énergie. Sa ressource principale et préférée ? Le glucose. Or, la dégradation de cette molécule par les cellules, nerveuses notamment, libère des radicaux libres, soit des molécules oxydantes responsables du vieillissement. Le cerveau, comme les autres organes, est sensible à ce stress oxydatif, qui entraîne la mort des neurones et des autres cellules qui le composent. Mais certains éléments présents dans les aliments permettent de prévenir la sénescence et, du même coup, les pathologies neurodégénératives. Ann Kato, professeure honoraire en neurosciences fondamentales à l’Université de Genève, propose un menu vitalité pour maintenir un cerveau d’athlète.

 

Comment faire ses courses au marché et préparer un menu santé pour le cerveau ?

 

Tout ce qui est bon pour le coeur est bon pour le cerveau. Les fruits et les légumes jouent un rôle important dans le bon fonctionnement du cerveau. Rouge, violet et vert foncé sont autant de couleurs associées à des aliments qui contiennent de bons nutriments pour les cellules nerveuses. Cherchez-les sur les étals.

 

Quels éléments bénéfiques pour le cerveau contiennent ces fruits colorés ?

 

Les bleuets, par exemple, qui sont très consommés en Amérique du Nord, sont riches en polyphénols, des éléments aux propriétés antioxydantes. Dans une série d’études publiées dans le Journal of Neuroscience, des chercheurs américains ont étudié chez des rats âgés l’effet d’un régime riche en bleuets (l’équivalent d’une tasse de bleuets par jour pour l’homme). Cette alimentation a non seulement entraîné une augmentation de la mémoire spatiale des animaux, mais elle a aussi amélioré les capacités d’apprentissage chez des rats souffrant de la maladie d’Alzheimer.

 

Par ailleurs, le vin rouge et le raisin contiennent beaucoup de resvératrol, une molécule antioxydante très puissante. Des recherches ont démontré son effet neuroprotecteur chez des animaux atteints de la maladie de Parkinson ou d’Alzheimer. Mais pour reproduire l’expérience chez l’homme aux mêmes conditions, il faudrait boire entre 400 et 500 verres de vin rouge par jour ! Ce n’est évidemment pas possible. En revanche, cette étude a permis d’analyser les voies métaboliques mises en jeu par le resvératrol. Enfin, les épinards et les brocolis sont aussi très riches en antioxydants.

 

Y a-t-il d’autres sources d’aliments bénéfiques pour le cerveau ?

 

Le poisson est une source primordiale d’une classe d’acides gras, les oméga-3, qui constituent 60 % de la matière cérébrale. Ils entrent dans la composition de la myéline, la gaine protectrice et isolante pour les neurones. Les oméga-3 sont des molécules très importantes dans le développement des cellules nerveuses et des cellules gliales, qui produisent la myéline. En 2011, une équipe de chercheurs européens a publié dans la revue Nature Neuroscience des résultats intéressants associant une carence en oméga-3 avec les symptômes de la dépression chez la souris.

 

Existe-t-il des résultats de recherche chez l’homme ?

 

Il est très compliqué de contrôler de manière stricte tous les apports alimentaires d’une personne saine pour une étude sur une période assez longue. Et il est d’autant plus difficile, pour des raisons éthiques évidentes, de bouleverser les habitudes alimentaires d’un patient atteint d’une maladie neurodégénérative. Des scientifiques se sont intéressés aux primates et ont mené une étude sur des singes pendant 20 ans. Les résultats ont été publiés dans la revue Science en 2009. Ils ont soumis un groupe d’animaux à un régime 30 % plus pauvre en calories que celui suivi par le groupe contrôle. Après ces deux décennies, les singes les moins nourris étaient en meilleure santé, avec moins de problèmes cardiovasculaires et une meilleure mémoire. La restriction calorique a montré des effets bénéfiques dans des études faites chez l’animal, en particulier dans des modèles de cancers. Mais il est important de toujours garder une alimentation équilibrée, de manger de tout et, si nécessaire, d’être accompagné par un médecin.


Par Aurélie Coulon