Le financement de la conservation pourrait être difficile

Vendre les hôpitaux montréalais excédentaires non patrimoniaux comme l’Hôpital de Montréal pour enfants ou l’Institut thoracique pourrait financer la conservation de l’Hôtel-Dieu et du Royal Victoria, suggère le groupe d’experts chargé de conseiller Québec dans ce dossier. Or, il y a un problème : le gouvernement a surévalué les sommes qu’il pourrait tirer de ces transactions immobilières.

 

Les experts mandatés par Québec, soit Marie Lessard, Cameron Charlebois et Claude Corbo, croient « qu’il sera plus facile de recommander de nouveaux investissements de fonds publics » à l’Hôtel-Dieu et à l’hôpital Royal Victoria « si l’on s’efforce d’abord d’aller chercher de nouveaux fonds » par la vente des immeubles « de moins grande valeur patrimoniale, à l’intérieur des limites de l’acceptabilité sociale ».

 

Le premier rapport du Groupe d’experts sur l’avenir des bâtiments hospitaliers excédentaires de Montréal, dont Le Devoir a pris connaissance, a été remis en février à Québec et porte sur les bâtiments non patrimoniaux, soit les pavillons J-Alexandre DeSève et Louis-Charles Simard de l’hôpital Notre-Dame (CHUM), l’Institut thoracique de Montréal et l’Hôpital de Montréal pour enfants.

 

La remise d’un deuxième rapport, qui portera plus spécifiquement sur les bâtiments situés à l’intérieur du site patrimonial du Mont-Royal, l’Hôtel-Dieu et l’hôpital Royal Victoria, doit clore leur mandat dans les prochains jours.

 

Pour le groupe d’experts, il est « fondamental » de distinguer les bâtiments patrimoniaux des autres dans ce dossier.

 

Montage financier irréaliste

 

Mais il y a des écueils dans le montage financier de Québec. On comptait dégager 218 millions de la vente, dont seulement 93,9 millions viendraient des bâtiments non patrimoniaux. Le groupe d’experts qualifie cela d’« objectif financier ambitieux ». « Pour l’heure, les propriétés ont peu ou pas de valeur marchande compte tenu de leur état désuet et leur potentiel de réaffectation indéterminé », ajoutent-ils.

 

C’est que plus de la moitié de la somme — 120 millions— est attachée à la vente de l’hôpital Royal Victoria. Mais sa vente « se heurterait, selon le meilleur jugement du groupe, à des oppositions multiples qui empêcheraient très vraisemblablement une telle vente ».

 

Ensuite, disent-ils, pour les autres sites, le processus de vente risque de s’avérer « difficile et lent ». Non seulement les acheteurs éventuels tenteront de réduire les coûts d’acquisition en raison de la difficulté de reconvertir des hôpitaux, mais déjà, des organismes publics se sont montrés intéressés. La présence d’amiante, la vétusté et l’acceptabilité sociale des projets sont autant d’obstacles. Sans compter que toutes les reconversions nécessiteront des modifications au plan d’urbanisme, ce qui nécessite de 18 à 24 mois.

 

Vente nécessaire

 

Reste qu’il faut envisager de vendre les bâtiments de moindre valeur patrimoniale, croient tout de même les experts. Et il faut « déployer tous les efforts possibles » pour en obtenir le maximum. Ils estiment qu’il s’agit d’une « situation d’urgence requérant une action rapide et résolue ». Le groupe d’experts demande à Québec d’agir immédiatement pour engager les démarches pour entamer le processus de vente.

 

Si les bâtiments se retrouvent vides, sans acheteur ou nouvelle mission, ils coûteront 3,5 millions à maintenir par an, sans compter la perte de valeur qui suit un tel abandon.

 

Le groupe d’experts a par ailleurs appris que la Société d’habitation et de développement de Montréal (SHDM) pourrait être sur les rangs afin d’acquérir un, ou même les deux bâtiments excédentaires de l’hôpital Notre-Dame. L’Institut de recherche clinique de Montréal (IRCM) pourrait vouloir mettre la main sur un des pavillons de l’Institut thoracique. Pour ce qui est de l’Hôpital de Montréal pour enfants, le CSSS de la Montagne envisage d’y installer des fonctions de santé publique.

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