Santé: les promesses des partis impressionnent peu

Selon la doyenne de la Faculté des sciences infirmières de l’Université Laval, Clémence Dallaire, on devrait donner une plus grande autonomie aux infirmières «régulières» plutôt qu'aux super infirmières.
Photo: Jacques Nadeau - Archives Le Devoir Selon la doyenne de la Faculté des sciences infirmières de l’Université Laval, Clémence Dallaire, on devrait donner une plus grande autonomie aux infirmières «régulières» plutôt qu'aux super infirmières.
Et si on se préoccupait davantage des patients quand vient le temps de formuler des promesses censées révolutionner notre système de santé? demande le Regroupement provincial des comités des usagers.

Pour son directeur général Pierre Blain, la campagne donne « peu à se mettre sous la dent » jusqu’à maintenant. Le Parti libéral du Québec (PLQ) et Québec solidaire (QS) ont dévoilé leurs plateformes santé mardi. Quant au Parti québécois, le thème n’a pas encore été abordé de front, mais on semble vouloir jouer sur l’interdisciplinarité, avec des candidatures issues du monde de la pharmacie, des soins infirmiers et de la médecine, et poursuivre le projet d’Assurance autonomie.

Pierre Blain déplore que le PLQ renonce à négocier les étalements de hausses salariales avec les médecins. « C’est un incontournable pour éviter de couper dans les services », rappelle-t-il.

Pour ce qui est de la création de supers cliniques, il doute : « Nous avons eu les groupes de médecine familiale. Avec des résultats mitigés, et ils ne respectent même pas leurs contrats », déplore M. Blain.

La promesse des libéraux d’embaucher 2000 infirmières praticiennes spécialisées (IPS) apparaît irréaliste, du moins à court terme. La doyenne de la Faculté des sciences infirmières de l’Université Laval, Clémence Dallaire, doute à la fois du réalisme de la proposition et de son utilité. Trouver des milieux de stage aux IPS en formation s’avère toujours ardu. Selon Mme Dallaire, si les IPS ont leur place dans notre système de santé, avant d’en former des centaines de plus, on devrait donner une plus grande autonomie aux infirmières « régulières » plutôt qu'aux super infirmières qui peuvent poser des gestes médicaux, comme le diagnostic et la prescription. « A-t-on besoin de plus d’actes médicaux, ou la solution se trouve-t-elle ailleurs ? », demande Mme Dallaire. « On donne encore des solutions qui privilégient un accès médical, alors que la population aurait besoin d’accès à des infirmières généralistes, des nutritionnistes, et d’autres professionnels de la santé qui sont complémentaires. Il n’y a pas de pénurie de médecins au Québec ».

Le plan du ministère de la Santé et des services sociaux pour former 500 IPS en 5 ans, lancé en 2010 sous les libéraux, est loin d’être réalisé. Il y a en ce moment 192 IPS certifiées en première ligne, selon le MSSS, et 157 sont sur les bancs d’école. Québec se donne jusqu’en 2018 pour rencontrer ses objectifs. Cette promesse était assortie d’un financement de 117 millions de dollars.

La présidente de l’Association des infirmières praticiennes spécialisées du Québec, Chantal Fortin, il faudrait revoir l’organisation des soins si on veut faire de la place à 2000 nouvelles IPS. « Plutôt qu’une IPS pour 8 à 12 médecins comme nous avons maintenant, il faudrait des cliniques avec 1 ou 2 médecins pour 12 IPS. Là, on commencerait à voir des gains pour l’accessibilité aux soins et les coûts ».

En ce qui concerne l’idée de redonner vie aux CLSC, Pierre Blain croit qu’il est malheureusement trop tard. « Il faut être réaliste, les médecins ne voudront pas plus aller travailler en CLSC maintenant qu’il y a trente ans », croit-il.

Pour M. Blain, l’informatisation et l’implication des patients, tout comme l’accessibilité aux soins, devraient être la priorité des partis en campagne.