La facture grimpe, mais le suivi reste maigre

Le taux de succès de la fécondation in vitro se situe autour de 60 %.
Photo: Amélie Daoust-Boisvert - Le Devoir Le taux de succès de la fécondation in vitro se situe autour de 60 %.

La popularité du programme public de procréation assistée ne se dément pas, et les coûts continuent de grimper : ils devraient atteindre 67 millions pour l’année financière qui s’achève. Or, le dépôt d’un rapport très attendu du commissaire à la santé et au bien-être, qui doit guider Québec au sujet de l’avenir du programme, a été reporté.

 

À quelques semaines de la remise du rapport final, en décembre, le ministre de la Santé, Réjean Hébert, a élargi le mandat confié au commissaire Robert Salois. M. Hébert a demandé une analyse et des recommandations pour la mise en place d’un registre sur l’état de santé des femmes ayant recours au programme et des enfants qui en sont issus, confirme la porte-parole du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), Marie-Claude Lacasse.

 

Ce registre avait été promis lors du lancement du programme, en 2010. Il n’existe toujours pas. Il permettrait de recueillir des données précieuses, comme le taux de naissances prématurées, l’incidence des complications et celle des problèmes de santé liés aux techniques de procréation assistée, dont la fécondation in vitro (FIV)

 

Le commissaire devait initialement déposer son rapport en janvier. Cela ira vraisemblablement après les élections.

 

Quand le ministre avait confié ce mandat au commissaire, en mai 2013, le mandat était pressant et avait été mis en branle sur les chapeaux de roues, laissant peu de temps aux personnes intéressées pour déposer un mémoire.

 

Popularité croissante

 

En attendant, les coûts continuent de croître. Selon les estimations du MSSS fournies au Devoir, les quelque 8800 cycles de FIV qui auront été réalisés en 2013-2014 seront assortis d’une facture de 67 millions de dollars. À ce stade-ci, il s’agit de données provisoires.

 

Au départ, Québec croyait que le programme, en atteignant sa maturité cette année, coûterait 63 millions pour environ 7000 cycles de FIV par an. La demande semble plutôt vouloir se stabiliser autour de 8700 à 8800 cycles par an, d’où les coûts supplémentaires.

 

Les coûts divulgués par le MSSS ne comprennent pas les honoraires payés aux médecins par la RAMQ.

 

En octobre, un rapport succinct de 15 pages a été déposé par le ministre Hébert à l’Assemblée nationale. Il est passé sous le radar et n’a fait l’objet d’aucune annonce ou communiqué. La loi, votée en 2010, obligeait le ministre de la Santé à publier un tel compte rendu trois ans après l’entrée en vigueur du programme.

 

On apprend dans ce rapport que l’inauguration de nouvelles cliniques publiques commence à avoir un effet, grugeant quelque peu les parts du marché du privé. De 28 % en 2011-2012, ce seront 35 % des FIV qui auront été réalisées au public en 2013-2014.

 

Le programme de gratuité a aussi permis de réduire les grossesses multiples. Environ 5 à 6 % des grossesses issues de la FIV sont multiples, selon les plus récentes données du MSSS. Ce taux était de plus de 27 % avant 2010. Le taux de succès de la FIV a toutefois diminué en raison de la politique de l’implantation de l’embryon unique, mais, selon le rapport du ministre, l’utilisation des embryons congelés permet de faire grimper le taux de grossesses à 60 % et plus.

 

Québec reconnaît dans ce rapport que la mise en place d’un registre pour suivre le devenir des mères ayant eu des traitements de fertilité et des enfants qui en sont issus est une question de santé publique. On indique qu’un logiciel a été acheté à cet effet.

 

Dans son rapport d’octobre, le MSSS écrit que le programme en tant que tel « n’est pas remis en question », mais que « les règlements d’application » pourraient être modifiés à la suite du dépôt du rapport du commissaire à la santé et au bien-être.

9 commentaires
  • Sylvain Auclair - Abonné 11 mars 2014 10 h 28

    Ce qu'on doit connaître...

    ce sont les coûts engendrés par les grossesses multiples à court terme (soins néonataux) et à long terme (prise en charge de handicaps permanents). C'est seulement là qu'on pourra conclure si le programme est payant ou non.

  • Émotions In vitro - Inscrite 11 mars 2014 10 h 42

    Encore un article qui parle des coûts...
    On ne parle pas de ce que ça apporte à la société et aux couples infertiles.

    Là où je suis d'accord, c'est que pour certaines femmes et couples, les démarches vont vite et aboutissent rapidement à la FIV. Une FIV avant 2 ans d'essais, je trouve ça rapide... à moins qu'un problème évident rende la conception absolument impossible naturellement ou par insémination artificielle.
    Il y a certainement des choses à améliorer dans le système.

    • Jérémie Poupart Montpetit - Abonné 11 mars 2014 13 h 05

      On ne peut parler que de coûts, car la discussion concernant les acquis émotifs de ces couples/personnes en profitant ne peut se mesurer et n'a donc de valeur qu'aux yeux de la personne qui le vit.

      Par contre, je ne vois pas en quoi celà serait plus profitable à "la société" que la natalité normale ou les alternatives d'adoption. les coûts sociaux (prise en charge, multiples essais, suivit... on mobilise beaucoup de personnel en plus de ceux normaux liés à la natalité) sont très élevés comparativement à d'autres alternatives.

      L'adoption reste selon moi beaucoup plus profitable à la société pour un couple infertile, puisqu'il permet à la fois de combler le désir parental d'un adulte et le besoin d'un cadre familial sain d'un enfant. (et si économie il se faut, les frais en sont beaucoup moins élevés pour l'état, puisque l'enfant est déjà né... même si cet argument n'est que vent dans la tempête).

      Jérémie Poupart Montpetit

  • Denise Lauzon - Inscrite 11 mars 2014 12 h 39

    L'acupuncture comme solution

    J'ai une amie qui a profité du programme public de procréation assistée sans succès. Elle a trouvé ces traitements extrêmement difficiles et a finalement laissé tomber.

    Elle a entendu parler de traitements d'acupuncture qui pouvait l'aider à atteindre son but d'enfanter. Après quelques séances, elle était enceinte et elle devrait avoir son bébé au mois de mai. Elle a référé deux de ses amies à cette acupunctrice et toute deux sont aussi enceintes.

    C'est certain que ça ne peut pas fonctionner dans tous les cas mais si je voulais un enfant, je commencerais par ce genre de traitement naturel.

  • Jean-Marie Francoeur - Inscrit 11 mars 2014 12 h 51

    Incurie

    Ce qui choque dans ces interventions, est qu'on en ignore les conséquences. Ces spécialistes millionnaires (ils sont tous millionnaires) ne se préoccupent même pas des conséquences de leurs gestes. Il fois les bébés sortis du corps de leur mère, ils disparaîssent. Ils ne vont même pas les voir au département des naissances prématurées. Belle conscience sociale. Faudra-t-il que l'on mette leurs chèques sous les bébés dans l'incubateur pour qu'ils constatent les effetes de leurs gestes ?

    • Jérémie Poupart Montpetit - Abonné 11 mars 2014 17 h 13

      Mr. Francoeur,
      le réseau de la santé compte plusieurs spécialistes ayant chacun un domaine particulier. Il est normal qu'un médecin de clinique de fertilité ne s'occupe que du domaine de la décondation, puisque c'est sa spécialité.

      De même, ce n'est pas un neurochirurgien qui accouchera une femme plutôt qu'un médecin spécialisé en accouchement/natalité.

      Ce n'Est pas qu'ils disparaissent, mais le bon spécialiste doit se retrouver à la bonne place.

    • Jean-Marie Francoeur - Inscrit 11 mars 2014 21 h 41

      Monsieur Montpetit,
      Votre commentaire illustre à merveille ce contre qupoi je proteste. À force de sectionner le patient dans des spécialités, il se retrouve nulle part. C'est là où le bât blesse.
      Les spécialistes ne connaissent que leur discipline ou, pire, qu'une partie de celle-ci. Ils ignorent l'état général du patient et surtout, son bien-être.
      Cette conception de la médecine fait honte.

  • Claude Kamps - Inscrit 12 mars 2014 16 h 57

    Je comprends

    je comprends et appuie ce traitement pour des couples qui sont infertiles et passent les examens et tests pour voir si il n y a pas d autre moyen plus naturel.
    Je suis contre le fait que des femmes qui ne veulent pas d'homme dans leur vie le reçoive.
    La maternité devient alors une fécondation sans père et il me semble que cet acte devient robotique et d'un amour bien égoïste, que la société ne devrait pas payer, puisque possible naturellement.