Le pouvoir politique aux médecins?

Faut-il être médecin pour prétendre au titre de ministre de la Santé au Québec ? Depuis Philippe Couillard, en 2003, tous avaient en effet le diplôme. Nous assistons au plus long « règne » des médecins sur le ministère de la Santé (MSSS) depuis l’avènement de l’assurance maladie publique.

 

Le cycle se poursuivra vraisemblablement : l’électeur a le choix entre Réjean Hébert, qui sollicite un autre mandat avec le Parti québécois, et le tandem Yves Bolduc-Gaétan Barrette du côté du Parti libéral. La Coalition avenir Québec a la Dre Hélène Daneault, et Québec solidaire peut toujours compter sur le Dr Amir Khadir.

 

Pourtant, entre 1970 et 2003, seulement 4 des 13 ministres de la Santé étaient médecins. Les Drs Denis Lazure (1976-1981), Pierre Marc Johnson (1981-1984) et Camille Laurin (1984) se sont succédé. Ensuite, ce n’est qu’en 1994 qu’un médecin est revenu à ce poste : le Dr Jean Rochon. Lui succéderont trois non-médecins, Pauline Marois, Rémy Trudel et François Legault.

 

Un médecin pour tous

 

« Les problèmes criants du réseau ont été associés au manque d’accessibilité à un médecin, donc c’est comme si la tendance avait été de répondre en nommant des médecins ministres », observe Lise Denis. Les gens veulent un médecin ? On leur en donne un ! L’ancienne directrice générale de l’AQESSS, aujourd’hui consultante indépendante, remet en question ce réflexe. « La réponse aux problèmes du réseau n’est pas que médicale, explique-t-elle. Les médecins ont parfois de la difficulté avec l’idée de déléguer des actes aux autres professionnels. Pour changer la culture du réseau, ça prend une vision large. »

 

Mme Denis observe aussi que tous ces ministres des dix dernières années étaient des hommes. « Dans les instances, les fédérations, le collège, les endroits où les médecins trempent dans la politique, c’est encore un monde d’hommes », dit-elle.

 

En ces temps où la croissance des dépenses en santé augmente plus vite que l’inflation, nous avons plus que jamais besoin d’un bon gestionnaire, argue l’économiste Jean-Pierre Aubry. Médecin ou pas, « cette personne doit être capable de s’entourer d’une bonne équipe. Elle doit avoir une vision à long terme », dit le Fellow associé au CIRANO.

 

Vision extérieure

 

Le directeur général de l’Institut sur la gouvernance d’organisations privées et publiques, Michel Nadeau, croit qu’on pourrait très bien confier le ministère de la Santé à un ingénieur, pourquoi pas ! « L’important, c’est d’avoir des priorités et du caractère », dit-il. « Parfois, ça prend un point de vue extérieur pour mettre fin au statu quo et trouver des solutions. Souvent, les médecins arrivent avec une certaine acceptation de la structure en place et n’ont pas nécessairement la volonté de casser le moule. »

 

M. Contandriopoulos, chercheur à l’Institut de recherche en santé publique de l’Université de Montréal, fait remarquer que, s’il n’est pas nécessaire d’être médecin pour être ministre, toute réforme doit obtenir l’assentiment… des médecins. « Dans les quarante dernières années, aucun projet qui n’avait pas leur approbation n’a pu aller de l’avant, dit-il. Alors, peut-être que d’avoir un médecin pour négocier les virages, ça facilite les choses… »

 

Dans son plus récent livre (2012), le ministre de la Santé libéral de 1970 à 1973, Claude Castonguay, qui était d’ailleurs actuaire, écrivait que la nomination d’un médecin à la tête du MSSS plaçait ce dernier en « conflit d’intérêts » par rapport aux fédérations médicales et au Collège des médecins, dont les intérêts « ne concordent pas toujours avec l’intérêt public ». Un médecin qui s’avère un bon gestionnaire ne devrait pas être exclu, selon M. Castonguay, mais il devrait faire preuve « d’une certaine indépendance dans l’exercice de ses fonctions ».

10 commentaires
  • Gilles Delisle - Abonné 4 mars 2014 07 h 28

    Les propos de M. Castonguay

    Ce dernier a eu parfaitement raison d'écrire que l'intérêt public n'est pas toujours bien servi par un médecin qui est à la tête du MSSS. Si M. Barrette, maintenant devenu libéral, était élu et par la suite nommé ministre de la Santé, lui qui s'est battu pour que les spécialistes aient leur 750 000$ de revenus annuellement ( c'est une moyenne), il serait certainement en conflit d'intérêts .

    • Claudette Piché - Inscrit 4 mars 2014 17 h 46

      C'est écoeurant de tels salaires ...lorsqu'on doit aller se faire soigner aux USA parce que les médecins nient la chronicité de la maladie de Lyme. Trop cher payer !
      Je ne crois pas qu’un médecin soit mieux qu’une personne ordinaire pour devenir ministre de la Santé. Lors d’un échange la semaine dernière avec l’adjoint attaché politique du ministre Rejean Hébert, concernant le déni en rapport à la maladie de lyme au Québec. il me disait qu’il n’avait pas de pouvoir sur les médecins…Je lui ai répondu qui paie les médecins sinon le monsieur, la madame ordinaire avec nos impôts alors si lui ni nous ne pouvons exercer un certain pouvoir sur ceux qu’on paient, qui le peut?
      Il faudrait sans hésiter une commission parlementaire sur les façons dont sont gaspillées nos taxes en plus de devoir aller se faire soigner aux USA.
      Je fus tout de même étonnée qu’après 30 minutes d’échange avec cet attaché politique que la conversation se termine par : oui il y a des tiques au Sud du Québec…
      J’aurais donc aimé l’entendre dire : il devrait en avoir ailleurs au Québec du fait que ce sont les oiseaux migrateurs qui les transportent et une tique pond de 2à 3000 œufs juste avant de mourir!
      Les malades de lyme à l’extérieur de la Montérégie ou encore en Estrie (2 cas en Estrie, faudrait peut-être revoir les tests peu fiables) nous ne sommes pas des cotons!

  • Thérèse Bélisle - Abonné 4 mars 2014 08 h 07

    et

    Le Québécois se cherche toujours un médecin de famille

  • Collette Drapeau - Abonnée 4 mars 2014 08 h 27

    Pouvoir médical

    Le pouvoir des médecins est démesuré. Ils ne sont pas au cœur de la solution mais au cœur du problème. Les intérêts financiers qu'ils défendent, le pouvoir nous ramènent à une structure monarchique. Il y aurait de vrais changements si l'Ordre des Professions était sous un mode égalitaire, démocratique, mais la loi médicale dépasse la raison. C'est la loi médical qu'il faudrait revoir. Le médecin n'est pas le roi mais un professionnel comme les autres. Ma confiance va au professionnel, au gestionnaire, qui est capable de voir l'ensemble. Si cette personne de qualité est un médecin, tant mieux mais à date je n'ai pas été très impressionné.

  • France Marcotte - Abonnée 4 mars 2014 08 h 45

    Un médecin pour tout le monde!

    On nous a pris au pied de la lettre.

    Un pour tout le monde plutôt que plusieurs pour les besoins de chacun.

  • Bernard Terreault - Abonné 4 mars 2014 09 h 32

    Non au ministre médecin !

    Non, le ministre de la santé ne devrait pas être médecin. Ceux qu'on a eus ont été trop portés à pousser leurs dadas préférés, quelques idées fixes, au lieu de se placer dans la peau de l'ensemble des patients.