Les ignifuges dans le sang de la mère perturbent les hormones du bébé

Le sang et le lait maternels contiennent des ignifuges, ces substances utilisées par l’industrie pour protéger les objets courants du feu.
Photo: Jacques Nadeau - Archives Le Devoir Le sang et le lait maternels contiennent des ignifuges, ces substances utilisées par l’industrie pour protéger les objets courants du feu.

Des contaminants présents dans le sang des femmes ont un effet sur les niveaux d’hormones thyroïdiennes de leurs bébés. Des chercheurs soupçonnent que ce mécanisme pourrait expliquer, en partie, des troubles de l’attention, d’hyperactivité ou de comportement.

 

L’épidémiologiste à l’Université de Sherbrooke Larissa Takser avait déjà montré que le sang et le lait maternelscontiennent des ignifuges, ces substances utilisées par l’industrie pour protéger les objets courants du feu. Elle avait aussi observé chez des modèles animaux, notamment le rat, que ces contaminants perturbaient les niveaux d’hormones thyroïdiennes.

 

Récemment, elle a publié ses analyses d’une cohorte de 400 femmes qu’elle suit depuis le début de leur grossesse en 2007 et 2008. En dosant les concentrations de PBDE, des ignifuges, elle a découvert que plus la contamination sanguine était importante chez la mère, plus les niveaux d’hormones thyroïdiennes chez le nouveau-né étaient faibles. Plus spécifiquement, c’est dans le sang de cordon après la naissance que les niveaux ont été mesurés.

 

Larissa Takser continue à suivre les mères et les enfants de cette cohorte, afin de vérifier si, comme chez les animaux, cette perturbation hormonale a des effets comportementaux. « Chez l’animal, on observe des effets sur le développement du cerveau. Ça se manifeste entre autres par de l’hyperactivité », explique-t-elle.

 

La chasse aux ignifuges?

 

Elle ne veut pas pointer les ignifuges comme seuls responsables des troubles de l’attention ou d’hyperactivité, puisque d’autres facteurs entrent en ligne de compte. « Mais on pense que ça pourrait expliquer pourquoi les garçons sont plus affectés, car ces contaminants perturbent aussi le métabolisme de la testostérone. » En effet, les ignifuges empêcheraient une enzyme du cerveau, l’aromatase, de transformer la testostérone en estradiol. On ignore encore quelle serait l’implication exacte de ce mécanisme dans l’hyperactivité.

 

Une chose est certaine, on ignore comment se protéger de ces contaminants qui sont volontairement ajoutés aux plastiques, aux matelas et autres produits de consommation courante. Dans la cohorte de femmes suivies par Mme Takser, certaines avaient des taux très bas, d’autres 600 fois plus élevés ! « On voudrait investiguer, car on ne sait pas pourquoi certaines femmes étaient protégées, si c’était une question de mode de vie ou si elles éliminaient naturellement les contaminants pour une raison qu’on ignore », relate la chercheuse.

 

En Suède, où la réglementation est beaucoup plus sévère, les concentrations sanguines d’ignifuges chez l’humain sont de 20 à 100 fois plus faibles qu’en Amérique du Nord. Les études montrent aussi que les concentrations de ces contaminants dans le lait maternel des mères nord-américaines doublent tous les cinq ans.

8 commentaires
  • France Marcotte - Inscrite 27 février 2014 06 h 49

    On ne fait pas d'omelette sans cobayes

    «...une cohorte de 400 femmes qu’elle suit depuis le début de leur grossesse en 2007 et 2008. En dosant les concentrations de PBDE, des ignifuges, elle a découvert que plus la contamination sanguine était importante chez la mère, plus les niveaux d’hormones thyroïdiennes chez le nouveau-né étaient faibles.»

    Donc elle a volontairement, pour le progrès de la science, fait consommer à des femmes enceintes de plus fortes concentrations de PBDE en étant consciente du risque qu'elle faisait courir aux foetus.

    Je ne savais pas qu'on pouvait encore utiliser ainsi des humains comme cobayes.

    C'est vrai que depuis que les animaux sont des personnes, il faut bien que des gens les remplacent pour faire progresser la science.

    • France Marcotte - Inscrite 27 février 2014 07 h 31

      Mes excuses aux animaux, s'ils lisent déjà. En relisant le passage cité, j'ai compris que le mot «doser» était sans doute utilisé dans le sens de «mesurer».

      Tout rentre dans l'ordre...naturel.

    • Larissa Takser - Inscrit 27 février 2014 08 h 03

      L'auteure a répondu à votre commentaire (voir ci-dessous).

  • Larissa Takser - Inscrit 27 février 2014 08 h 02

    aucune intervention n'a été faite sur les participantes

    Votre compréhension est totalement fausse et votre commentaire est donc pas fondé. Les PBDE circulent dans le sang de tout le monde, aucune intervention n'a été faite sur les participantes.

    • France Marcotte - Inscrite 27 février 2014 09 h 08

      Mes excuses à vous aussi madame.

      Mais ce n'est pas ma faute sur le texte était ainsi perché sur pivot aussi chambranlant.

  • Mathieu Gaulin - Abonné 27 février 2014 10 h 54

    Question

    Comment ces contaminants se retrouvent-ils dans notre organisme? Par la respiration? Par le contact de notre peau? Dans l'eau potable?

    • Larissa Takser - Inscrit 27 février 2014 13 h 49

      La majorité - par la respiration de la poussière de la maison, certains PBDE sont déjà dans la chaine alimentaire, mais en Amérique du Nord, c'est l'air intérieur qui est la source principale.

  • Danielle Robinet - Inscrite 28 février 2014 11 h 59

    Normes d'entreprises?

    Je trouve cet article très intéressant... mais surtout inquiétant avec tout ce matériel informatiques qui nous entoure. C’est pourquoi j'en ai parlé à mon fils, bientôt papa, qui m'a expliqué que la compagnie Apple a une politique très stricte à cet égard. Leurs produits sont conformes aux normes européennes RoHS qui limitent l'utilisation des produits mentionnés dans cet article. Il me semble que cette information est importante à divulguer aux utilisateurs technologioques que nous sommes.