Les hôpitaux veulent revoir le panier de services

Dans un document présenté au ministre Nicolas Marceau à la mi-janvier et que Le Devoir a obtenu, l’Association québécoise d’établissements de santé et de services sociaux (AQESSS) y va de prévisions très pessimistes.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Dans un document présenté au ministre Nicolas Marceau à la mi-janvier et que Le Devoir a obtenu, l’Association québécoise d’établissements de santé et de services sociaux (AQESSS) y va de prévisions très pessimistes.

Le système de santé est « au bord de la rupture » : l’injection de 1,2 milliard de dollars de plus au prochain budget sera nécessaire pour éviter que les services à la population ne soient touchés, avertissent les établissements du réseau.

 

Dans un document présenté au ministre Nicolas Marceau à la mi-janvier, et que Le Devoir a obtenu, l’Association québécoise d’établissements de santé et de services sociaux (AQESSS) y va de prévisions très pessimistes. Les cadres du réseau de la santé proposent même à Québec de réviser le panier de services couverts par la « carte soleil » ainsi que la rémunération des médecins.

 

L’AQESSS craint une « détérioration de la situation » pour l’exercice 2014-2015 alors que « le réseau est sous grande tension ».

 

L’AQESSS évalue les besoins des établissements à 834 millions d’argent frais, soit une croissance de 4,4 %. À cela s’ajoute un « écart à résorber » de 430 millions au Fonds de financement des établissements de santé et de services sociaux (FINESSS), le fonds constitué par la taxe santé. Pour une injection totale de 1,264 milliard.

 

L’effort d’optimisation de 627 millions accompli au cours des quatre dernières années est un « exploit qui ne pourra pas être répété », avertit l’association.

 

Appelée à commenter ce document dimanche, la directrice générale de l’AQESSS, Diane Lavallée, confirme que « nous sommes arrivés au bout de la logique de compression. Si les sommes nécessaires ne sont pas au rendez-vous, nous n’aurons pas le choix de toucher aux services ».

 

Elle affirme que l’allongement des listes d’attente ces derniers mois, notamment en chirurgie, est un symptôme de cette situation précaire. « Plusieurs établissements nous indiquent être dans l’obligation de créer des listes d’attente pour certains services afin d’atteindre l’équilibre budgétaire », écrit l’AQESSS dans le document présenté au gouvernement.


Panier de services en danger

 

Le gouvernement devra faire des choix, selon l’AQESSS. Pour ce faire, elle propose à Québec de se doter d’un mécanisme indépendant de révision du panier de services. Elle croit qu’il faut « revoir la pertinence de certains actes médicaux et de certains examens diagnostics » en fonction de leur pertinence, leurs coûts, leur valeur ajoutée et des ressources disponibles.

 

« Ce n’est pas politiquement populaire de faire ça, mais il faudra, avec des données scientifiques, évaluer la pertinence de certains actes médicaux qui ont des coûts et n’améliorent pas la santé de la population », dit Mme Lavallée. Selon elle, l’Institut d’excellence en santé et services sociaux (INESSS) pourrait relever ce mandat de manière indépendante.


Coûteux médecins

 

L’AQESSS croit que les hausses salariales consenties aux médecins ces dernières années ont mis à mal les autres services de santé.

 

L’enveloppe de rémunération des médecins a connu une croissance de 530 millions en 2013-2014. Elle sera de 540 millions en 2014-2015, pour une croissance moyenne de 9,2 % en deux ans. Or, dit l’AQESSS en citant les études du chercheur Damien Contandriopoulos, « la productivité des médecins, soit le nombre d’actes médicaux, a suivi ces dernières années une courbe inverse à la hausse de la rémunération ». « C’est aussi ce que nos dirigeants d’établissements observent », dit Mme Lavallée.

 

« Il est très difficile de démontrer l’impact positif du rehaussement de la rémunération des médecins sur l’accès aux services et la qualité du suivi, puisqu’aucun objectif de performance contraignant et aucun mécanisme de reddition de comptes n’ont été prévus », déplore l’AQESSS. Diane Lavallée donne l’exemple des Groupes de médecine de famille. Alors que plusieurs d’entre eux ne respectent pas leurs contrats avec Québec, le désengorgement promis des urgences ne s’est pas produit, affirme-t-elle. « Nous leur prêtons des ressources infirmières et administratives sans aucun retour sur cet investissement », dénonce-t-elle.

 

Attendant de pied ferme le budget qui doit être déposé cette semaine, Mme Lavallée affirme croire « à un système de santé public performant. Mais il y a maintenant des choix à faire ».

26 commentaires
  • Josette Allard - Inscrite 17 février 2014 07 h 17

    GMF

    Les fameux groupes de médecine familiale ne sont rien que moins qu'inefficaces. Je parle d'expérience pour en avoir fréquenté un pendant plus de 2ans. Deux de mes proches parents fréquentent encore le même, à défaut d'autres choses , et le service y est de piètre qualité.

  • André Doré - Inscrit 17 février 2014 08 h 05

    De grâce, ne mettez plus de mon argent dans les hôpitaux...

    Aucun nouvel argent n'est nécessaire dans les hôpitaux. Il faut d'urgence y diminuer le ratio cadre/personnel. Il y a trop de "chefs" et souvent, pas assez "d'indiens". Il faut "civiliser" les médecins: leurs augmentations sont scandaleuses. Lorsqu'une nouvelle technologie permet de faire 3 fois plus du même acte médical dans le même temps que ça prenait avant ce nouvel appareil, il faut réviser à la baisse le prix payé au médecin pour cet acte médical. Il y a assez d'infirmières dans les hôpitaux et les CHSLD, il faut rajouter des préposées aux bénéficiaires. On se plaint que nos aînés n'ont pas assez de bains, qu'ils ne sont pas changés assez souvent, qu'ils ne reçoivent pas suffisamment d'aide pour les repas... Ce ne sont pas des infirmières qui font ce travail...!!! Et surtout... il faut éviter à tout prix de nommer un médecin comme ministre de la santé. Le médecin devenu ministre est en conflit d'intérêt direct... il sait très bien qu'il reviendra à la pratique tôt ou tard...

    • lise pelletier - Inscrit 17 février 2014 10 h 29

      Rarement on démontre le travail des PAB dans le système de santé, leur proximité avec les patients, leur patience envers eux, leur souhait de vouloir donner le meilleur service possible mais qui sont débordés par l'ampleur de la tâche. Bien sûr que dans cet emploi comme dans les autres il y a des tire-au-flanc.

      Dans les médias, on s'empresse de dénoncer quelques employés (soit un très faible % mais tout de même inadmissible) qui sont agressifs, de façon verbale ou physique, ce qui doit être dénoncé mais si au moins parfois on montrait aussi l'empathie et la gentillesse de la plupart., ce que les patients eux savent très bien.

      Donc pendant qu'on garnit les hautes tablettes de la bureaucratie avec des bonis de perfomance, on dégarnit ceux qui s'occupe des bénéficiaires, ce qui est une aberration, si on s'arrête deux minutes pour réfléchir au fait que sans les patients, le système de santé n'existerait pas.

      Merci M.Doré

  • Christian Boutin - Inscrit 17 février 2014 08 h 13

    Bureaucratie

    Est-ce moi ou bien on a toujours l'impression qu'il y a de plus en plus de bureaucratie ? On a eu les CLSC, CSSS, agences régionales et j'en passe. Tout ce brouhaha dans les structures et ajout de bureaucratie n'aide en rien notre système de santé. Qui se retrouve dans toutes ces lettres ? Les CLSC c'était une bonne idée en soit mais n'ont jamais été publicisé adéquatement donc jamais fréquenté comme ils auraient dû l'être. Pendant que Couillard était ministre de la santé il a créé les agences régionales de la santé, gros changement dans les structures, ajout de bureaucratie, etc.. Pendant ce temps on ne soignait pas de patients. Nous avons les Groupes de médecine familiale qui ne répondent aux critères qui leur sont imposés et pourtant elles continuent d'opérer sans coup férir.

    Il y a nos médecins qui ne se gênent pas pour faire du chantage auprès du gouvernement en vue d'obtenir ce qu'ils demandent, ils gagnent mais est-ce qu'ils livrent la marchandise pour autant ?

  • Jean-Victor Côté - Inscrit 17 février 2014 08 h 36

    Un problème de contrôle interne?

    Il est vraiment difficile de croire qu'aucun objectif de performance contraignant et aucun mécanisme de reddition de comptes n’ont été prévus. Pourtant, c'est écrit textuellement dans l'article. Il s'agit pourtant de la moitié des impôts versés à la province et de la santé de tous les citoyens qui sont en cause. Il y a quelqu'un, quelque part, qui ne prend pas ses responsabilités au sérieux.

  • Roxane Bertrand - Abonnée 17 février 2014 09 h 31

    Œil pour œil

    Actuellement, il y a autant d'administrateur que de personnel soignant. Et maintenant, l'administration dit qu'elle devra couper dans les services...

    Si un jour, il n'y a plus de système public...ça va être très impopulaire! Même si les salaires des médecins sont très élevé, le trou noir du système n'est pas encore mis en lumière.

    Si une réforme du système doit se faire en profondeur d'ici 2014-2015 ou alors cela coûtera 1,2 miliards...on est pris de court déjà!

    Une commission d'enquête et vite!

    SVP