CHSLD: une philosophie à changer

Pauline Duchesne, une résidente du CHSLD Champlain-des-Pommetiers, à Belœil
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Pauline Duchesne, une résidente du CHSLD Champlain-des-Pommetiers, à Belœil

Des milieux de soins palliatifs, voilà ce que pourraient devenir les CHSLD avec l’alourdissement des cas des patients qui y sont hébergés et le virage vers les soins à domicile.

 

C’est ce qu’avancent Marie-France Simard et André Gagnière, qui président respectivement le comité scientifique et le comité consultatif du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) sur les soins aux aînés en CHSLD. Ils comptent proposer un changement de philosophie majeur, alors qu’en moyenne, les patients ne passent plus que les 18 derniers mois de leur vie en CHSLD. Une tendance qui ne peut que s’accentuer avec le virage de l’assurance autonomie, qui vise un maintien à domicile le plus long possible.

 

« Nous avons consulté nos experts et, avec beaucoup de courage, ils se sont mouillés en nous disant que la philosophie d’intervention qui devrait être privilégiée en CHSLD est celle des soins palliatifs », dit Mme Simard, qui est aussi directrice générale de l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal.

 

C’est lors d’un colloque de l’Association québécoise d’établissements de santé et de services sociaux (AQESSS) jeudi dernier que Mme Simard et M. Gagnière ont livré leurs réflexions préliminaires après deux ans de travaux. Ils rendront leur rapport au MSSS dans six mois.

 

De plus en plus, les CHSLD accueillent des personnes très âgées, qui ont une ou plusieurs maladies chroniques, une atteinte fonctionnelle très importante, des déficits cognitifs et des problèmes de santé mentale, explique M. Gagnière. Dans le langage du MSSS, ce sont des « profils 10 à 14 », les plus lourds sur une échelle d’évaluation qui va de 1 à 14.

 

Un autre comité se penche sur la clientèle adulte et handicapée, qui se retrouve aussi en CHSLD, mais dont les besoins sont très différents de la clientèle âgée.

 

Entre octobre 2010 et septembre 2011, 33 % des personnes admises en CHSLD à Québec présentaient des cas moins lourds que ce profil « souhaité », contre 26 % à Montréal. C’est le vérificateur général du Québec qui soulignait cette donnée dans son rapport de 2012, ajoutant que le MSSS ne possède que des données incomplètes sur les profils de la clientèle hébergée en CHSLD.

 

Une petite révolution

 

Changer la philosophie en CHSLD nécessiterait de revoir toute l’offre de services, selon Mme Simard. Bien des pratiques ne trouvent plus leur sens quand les mois sont comptés.

 

« Moi, s’il me reste un an et demi à vivre, illustre-t-elle, je veux savoir où est le party. Je veux mon dessert en premier si je veux. Quelle est la pertinence d’une diète sans sel dans un tel contexte ? », se demande-t-elle.

 

« L’idée n’est pas de changer les CHSLD en mouroir et d’arrêter de donner les soins. Mais de se demander, dans le temps qu’il leur reste à vivre, ce qui est approprié. Toute l’offre de service doit être abordée de cet angle-là. »

 

Les transferts vers l’urgence ou l’hôpital devraient, dans cet esprit, devenir « exceptionnels ». « Ce qu’il faut mettre en avant, et c’est là-dessus que, comme équipe, on va se positionner, c’est que la qualité de vie et le confort auront préséance sur la prolongation de la vie », affirme Mme Simard.

 

Elle remet aussi en question la pertinence de la médication à visée « préventive » dans ce contexte. « Qu’est-ce que ça donne de prendre du calcium et de la vitamine D quand il reste un an et demi de vie ? »

 

Ce n’est plus le temps d’imposer des régimes restrictifs, ou des horaires fixes. Les patients devront pouvoir manger en pleine nuit s’ils le désirent.

 

Il ne faudra plus se contenter de mesurer les incapacités des personnes, mais évaluer aussi leurs capacités, car, selon la gestionnaire et ergothérapeute de formation, « ce qui devrait être central, c’est préserver leur identité personnelle et sociale, les aider à maintenir des relations significatives et soulager leurs souffrances ».

 

Les loisirs offerts devront être adaptés. « On n’en est plus à l’autobus qui part pour la cabane à sucre, croit Mme Simard. Les activités doivent être dans le milieu, et disponibles nuit et jour. »

 

Même l’architecture des établissements devra être revue. Des unités de 10 à 15 personnes devront être privilégiées. « C’est impensable d’avoir des unités de 50 personnes qui ont des troubles cognitifs et du comportement. De toutes les approches, avant la médication, ça doit être la première qu’on regarde », dit Mme Simard.

 

Proches aidants

 

Pour réaliser ce virage, il faudra travailler main dans la main avec le patient et sa famille. « Dans un contexte où on privilégie le maintien à domicile, le proche aidant aura joué un rôle très important et devra continuer à en jouer un au CHSLD. Il devra être vu comme un co-client », explique Marie-France Simard.

 

Les médecins et les infirmières ont aussi un grand rôle à jouer. « Il faut réaffirmer l’importance des médecins en CHSLD », croit André Gagnière, qui souhaite que l’approche adaptée aux personnes très âgées soit enseignée davantage dans les universités. « Les CHSLD devront développer leur offre de soins spécialisés, car il ne faut pas surcharger non plus l’hôpital, dit-il. Et les infirmières présentes sur les trois quarts de travail, la question ne devrait même pas se poser, c’est essentiel. »

 

Une consultation parlementaire sur les conditions de vie en CHSLD se poursuit à Québec mardi.

19 commentaires
  • JS Glaucon - Inscrit 11 février 2014 06 h 14

    C'est si beau sur du papier.

    Deux ans d'études pour ça?! Si Marie-France Simard et André Gagnière allaient passer six mois en centre d'hébergement, ils verraient la réalité bien autrement.

    Les médecins en CHSLD? La visite médicale: 5 minutes par résident, 1 fois par mois, le nez dans les dossiers avec l'infirmière.

    Des desserts 24h? Assis devant l'écran HD? Pour acheter la paix, en PPP, pas de problème. Des robots pas syndiqués pour les soins de bases, tant qu'à y être.

    "Changer les CHSLD en mouroir"? En mouroirs industriels. C'est déjà ça, surtout quand on y réside de façon plus concrète qu'idéale.

  • Daniel Lemieux - Abonné 11 février 2014 06 h 28

    « Revoir l'offre de services » ou le « wishful thinking »

    Cette expression souvent utilisée par les gestionnaires de CHSLD et de l'Institut universitaire de gériatrie de Montréal, dont madame Simard est DG, masque la plupart du temps un train de réduction de services et de coupures de postes. On s'en méfie, car ce sont les patients qui en souffrent, invariablement.

    Je crois rêver quand je lis que « Ce n’est plus le temps d’imposer des régimes restrictifs, ou des horaires fixes. Les patients devront pouvoir manger en pleine nuit s’ils le désirent. ».

    Voilà de beaux énoncés lancés dans les colloques et qui ne collent pas du tout à la réalité de ces « milieux de vie », où des patients gardent leurs culottes souillées durant des heures, les préposés sont trop débordés pour répondre à toutes les demandes et le respect des heures de médication n'est pas constant. Des fauteuils roulants inconfortables, une proposition alimentaire qui coupe l'appétit... l'effet combiné de plusieurs vagues de coupures mal administrées a créé un climat pourri.

    Concrètement, d'où viendront les ressources ? Dans le cas de l'IUGM, où réside ma mère depuis plus de quatre ans, il y a moins d'infirmières et (supposément) davantage de préposés, depuis novembre dernier. Or, le personnel est à bout de souffle, les préposés, désorganisés et débordés. Et les résidents en soins de longue durée écopent. On se dirige vers un « burn out » collectif dans ces « milieux de vie » où doivent régner le « respect » et la « dignité ».

    Alors, j'aimerais bien qu'on m'explique par où ces gestionnaires prévoient commencer pour changer les mentalités, l'attitude désabusée de celles et ceux qui n'en peuvent plus de courir, le moral au plus bas des personnes en fin de vie mais néanmoins lucides, l'écoeurantite généralisée.

    Quant à l'autre volet, celui du maintien et ultimement du décès à domicile, il n'est pas toujours réaliste: l'épuisement des proches aidants peut coûter cher à l'État.

    Qui est en mesure de prendre soin adéquatement d'un parent atteint d'Alzh

  • Sylvie Paquerot - Inscrit 11 février 2014 06 h 53

    Les proches aidants

    Il me semble qu'une donnée essentielle est absente de ce tableau et sans laquelle tout cela demeurera relativement "théorique": quelle proportion de la population vieillissante vit seule et ne bénéficiera pas de proche aidant?
    Car la rtéalité est bien celle-là: qu'adviendra-t-il de ceux et celles qui ne peuvent demeurer seulEs à domicile jusqu'à l'étape des soins palliatifs si les CHSLD se transforment en institutions de soins palliatifs?

  • François Genest - Inscrit 11 février 2014 07 h 40

    Qu'est-ce qui se passe au MSSS?

    Je suis héberlué de lire ces orientations. Si on réduit l'offre de service en CHSLD aux soins palliatifs, où va-t-on envoyer toutes les personnes hébergées qui nécessitent des services intenses et dont la vie n'est pas en danger? Dans des centres privés. Mais il va falloir investir massivement pour améliorer l'équipement et attirer du personnel qualifié dans les centre privés. Et qui va payer? Le public, encore. On ne ferait que déplacer des patients, subventionner le privé et transformer les CHSLD en mouroirs. Le MSSS est complètement déconnecté de la réalité.

    • François Genest - Inscrit 11 février 2014 08 h 55

      Quand la FADOQ écrit dans son mémoire sur l'aide médicale à mourir : «Nous devons développer une offre de services complète et large, à la fine pointe des nouvelles techniques, afin de garantir une qualité de vie et de mort adéquate aux citoyens du Québec.», elle ne dit pas qu'il faut sacrifier les soins de longue durée qui ne sont pas palliatifs au profit des soins palliatifs. Ce n'est pas du tout ça qu'elle veut dire.

    • Daniel Lemieux - Abonné 11 février 2014 16 h 05

      Rassurez-vous, les gestionnaires comptent implicitement sur les aidants - c'est gratuit - pour mettre tout ça en place et absorber les réalités budgétaires (jamais mentionnées dans cet article): « Dans un contexte où on privilégie le maintien à domicile, le proche aidant aura joué un rôle très important et devra continuer à en jouer un au CHSLD. Il devra être vu comme un co-client ».

      Dans la réalité, il n'y a pas toujours de proche aidant, les cas de curatelle sont nombreux, les familles des aînés vivent parfois loin d'ici. Et personne ne parle des frais de séjour en CHSLD.

      Je suis à la fois indigné et révolté de voir ces fonctionnaires de la Santé -payés à même nos impôts - élaborer de si « beaux » concepts alors que la réalité est pénible à voir.

      S'imaginent-ils au moins eux-mêmes « clients » de ces établissements, cloués à un fauteuil roulant et constamment solliciter, demander, presque quémander les services au quotidien ?

      Il faudrait d'abord régler ce qui ne va pas maintenant, avant de lancer de pareilles idées.

  • Anne-Marie Morin - Inscrite 11 février 2014 08 h 01

    La dignité d'abord!

    Oui, la dignité d'abord...Je visite une amie en CHSLD, elle est en fin de vie. Ce qui m'horripile le plus c'est l'odeur...oui oui l'odeur de couches souillées! Je ne m'explique pas ça. On ne change pas assez souvent? On ne vide pas les poubelles? Je ne comprends pas. Quand je pense que mon petit-fils vient de s'acheter une ferme et que son étable est tellement aseptisée (pour répondre aux normes) qu'il n'y a pas d'odeurs!