Moins d’alcool, moins de tabac…

Les jeunes néo-Québécois ont des habitudes de vie plus saines que les élèves dont les deux parents sont nés au Québec.
Photo: - Le Devoir Les jeunes néo-Québécois ont des habitudes de vie plus saines que les élèves dont les deux parents sont nés au Québec.
Au Québec, les élèves du secondaire nés hors du Canada ou immigrants de seconde génération présentent en général un meilleur profil de santé et de meilleures habitudes de vie que les jeunes issus de deux parents nés au Canada. Et ce, même si ces jeunes adolescents sont deux fois plus nombreux que les Québécois de souche à grandir dans des milieux défavorisés.

Ces conclusions surprenantes découlent d’un tout récent portrait dressé par l’Institut de la statistique du Québec (ISQ) comparant la santé et les caractéristiques socioéconomiques des jeunes immigrants à celles de jeunes Québécois dont les deux parents sont nés au Canada.

De façon générale, le coup de sonde réalisé à partir des données croisées de l’Enquête québécoise sur la santé des jeunes du secondaire menée en 2010-2011 met en relief des différences marquées entre les élèves issus de l’immigration (1re et 2e générations) et ceux dont les parents sont Canadiens de naissance.

Ces jeunes néo-Québécois, qui comptent maintenant pour le quart (24 %) des élèves fréquentant l’école secondaire et 58 % de la clientèle des écoles secondaires à Montréal, présentent plusieurs habitudes de vie plus favorables au maintien d’une bonne santé que les jeunes Québécois de souche. L’étude révèle, entre autres choses, que les adolescents immigrants sont moins dépendants à la cigarette et à l’alcool.

Seulement 8 % de ces immigrants de première et seconde génération se déclarent fumeurs, alors que 11 % des Canadiens de naissance affectionnent la cigarette. Les immigrants et les enfants d’immigrants sont aussi moins nombreux à avoir fait l’expérience d’une première cigarette avant l’âge de 13 ans (32 %) que les élèves de parents québécois de souche (37 %). Le fossé se creuse encore davantage en ce qui a trait à la consommation d’alcool. Plus de la moitié des jeunes immigrants de première génération (54 %) disent n’avoir jamais bu une goutte d’alcool de leur vie, contre seulement 47 % des immigrants de seconde génération et 33 % des élèves issus de parents nés au Québec.

Le même portrait se dessine pour ce qui est de la consommation quotidienne d’alcool, beaucoup moins élevée chez les jeunes immigrants nés hors Québec (12 %) et ceux de seconde génération (10 %) que chez les adolescents québécois de souche (16 %). Idem pour la consommation de drogue (au cours des 12 derniers mois), qui ne touche qu’un élève immigrant sur cinq, mais concerne un élève sur trois dont le père et la mère sont nés au Québec.

Comment expliquer ce clivage ? Pour l’instant, peu d’études permettent de cerner de façon claire les raisons de ces différences, bien que des raisons culturelles et sociales fassent partie des hypothèses évoquées. « Il semble que la conservation de la culture d’origine soit associée au maintien de comportements favorables pour la santé », note l’étude. Une recension d’enquêtes menées aux États-Unis, au Canada et en Scandinavie montre toutefois que « l’effet santé du nouvel arrivant » se diluerait au cours des ans, les habitudes de vie des jeunes immigrants de deuxième génération finissant par se rapprocher de ceux appartenant aux communautés de souche.

« Ce portrait est un polaroïd de 2011-2012. Il faudrait suivre la même cohorte pendant longtemps pour voir si ces caractéristiques persistent. Car si on compare des cohortes de différentes années, on se trouve à étudier des jeunes pouvant provenir de pays différents », soulève Francine Bernèche, agente de recherche à l’ISQ.

Par contre, le bilan de santé des jeunes immigrants québécois n’est pas tout rose, selon cette nouvelle enquête. Les jeunes immigrants sont plus sédentaires que les adolescents québécois d’origine et souffrent davantage de poids insuffisant (14 % contre 9,3 %). L’embonpoint et l’obésité (23 % contre 20 %) finissent aussi par frapper davantage les immigrants de deuxième génération.

Le profil socioéconomique de ces jeunes élèves du secondaire se distingue par ailleurs clairement de celui de leurs camarades de classe. Ils sont moins nombreux à travailler pendant leurs études, 25 % vivent dans des familles défavorisées. Leurs parents sont davantage touchés par le chômage, et ce, même si 87 % détiennent un diplôme d’études collégiales ou universitaires (contre 78 % des parents canadiens de souche).

 

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