Les médicaments sont souvent nécessaires, disent les médecins

Les médecins omnipraticiens du Québec doivent souvent faire face à des délais d’attente de six mois à un an avant d’avoir accès à un spécialiste, un pédopsychiatre, par exemple, qui pourrait les aider à poser un diagnostic de trouble de déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH).

 

« Lorsqu’il n’est pas capable de faire l’évaluation, le médecin doit avoir accès à l’aide nécessaire, il doit avoir accès aux milieux pour trancher dans les cas borderline », disait mercredi Louis Godin, le président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec.

 

Ceci étant dit, tant le Dr Godin que Francine Lussier, neuropsychologue spécialisée dans le domaine, ne considèrent pas que la hausse de 70 % des prescriptions de psychostimulants pour les cas de TDAH est nécessairement excessive. « Une augmentation de 70 %, cela peut paraître élevé par rapport à ce que c’était. Mais ça ne veut pas dire que tout ce qui est là est inutile », dit le Dr Godin.

 

D’autres moyens

 

Pour Francine Lussier, c’est la détresse de l’enfant, et non celle des parents ou des enseignants, qui doit être déterminante dans la décision de prescrire ou non un psychostimulant à un enfant souffrant de TDAH.

 

Dans sa pratique, Mme Lussier a d’ailleurs conçu, avec son équipe, une approche non médicamenteuse au TDAH, dans les cas où les parents ne veulent pas de prescriptions. Or, « dans beaucoup de cas, c’est moins efficace que le médicament, immédiatement », dit-elle.

 

Néanmoins, Mme Lussier reconnaît que la hausse de 70 % des prescriptions de psychostimulants entre 2004 et 2011 est « probablement exagérée ».

 

Il peut y avoir des cas, anecdotiques, où des parents souhaitent que leur enfant soit médicamenté pour qu’il devienne le meilleur à l’école, par exemple. Mais dans la majorité des cas, ajoute le Dr Godin, la prescription est faite dans les règles de l’art.

 

Longues évaluations

 

Par ailleurs, les évaluations faites dans la clinique de Mme Lussier pour diagnostiquer ce trouble durent jusqu’à six heures et évaluent un éventail de données. Ce sont des évaluations longues qui entraînent des coûts de société, dit-elle. Est-ce que le système est prêt à payer cela ?

 

Mme Lussier ne croit pas qu’un enfant qui reçoit, à tort, une prescription de Ritalin, par exemple, va souffrir d’effets néfastes importants. À terme, cet enfant cessera tout simplement d’en prendre. « Ce n’est pas de la drogue, dit-elle. C’est un stimulant du système nerveux central. »

 

Dans un avis publié en 1996, l’Institut national de santé publique du Québec mentionnait que « la dépendance aux stimulants est surtout psychologique et due à l’euphorie intense qu’ils produisent ». « Enfin, bien qu’on ne constate pas de risque important de dépendance au Ritalin chez les enfants ayant un TDAH, le méthylphénidate est reconnu comme une drogue d’abus et il existe un marché noir qui atteint même la cour d’école exposant les enfants qui prennent du Ritalin à toutes sortes d’agressions et de chantage de la part de ceux qui en abusent », y lit-on.

3 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 30 janvier 2014 08 h 00

    Le passé

    Que se passait-il dans nos écoles avant d'être envahis par le TDAH et le Ritalin?
    La discipline, madame la ministre, la discipline.

  • Roxane Bertrand - Abonnée 30 janvier 2014 08 h 05

    Ritalin inoffensif

    Si ce médicament ne fait aucun tort car il ne s'agit que d'un psychostimulant tel le café, pourquoi ne pas le mettre sans prescription?

    Personne n'est contre la vertu, si un enfant à un TDAH, il y a un outil pour l'aider temporairement. Il ne faut cependant pas oublier que la psychothérapie surpasse l'efficacité du médicament après une période de trois ans.

    Donc, si 20% des garçons ont un TDAH, il faut considérer que ce n'est pas une "maladie" et adapter l'enseignement aux garçons. Considérer les différences dans l'enseignement compenserait le besoin de médicament et donnerait des chances égales a ces garçons trop plein de potentiel.

    Les psychostimulants ne sont pas une bonne solution, ils agissent d'avantage comme une "patch" plutôt qu'à une vrai résolution de problème. Cela ne met pas en cause l'excellent travail des professionnels qui font les évaluations mais aux solutions disponibles.

    Le marché noir des psychostimulants existe car le ritalin favorise la concentration et la motivation et diminue l'irritabilité. Ceux qui n'ont pas accès à ce psychostimulant risque un jour de réclamer les mêmes avantages, légalement, pour des chances égales.

  • Steve Lenneville - Inscrit 30 janvier 2014 08 h 59

    Souvent??

    Donc si les médicaments sont «souvent» nécessaire on peut donc interpréter qu'ils ne le sont pas toujours!! Et c'est bien là le problème!! Je ne crois pas que personne nie le fait que certains en ont réellement de besoin!! Ce que plusieurs dénoncent-et j'en fait partie-c'est que les médicaments ne soient pas nécessaires pour certains!! Bref selon moi un grand questionnement au niveau des prescriptions et des raisons pour lesquelles on prescrit ces médicaments!! Visiblement le collège des médecins ne souhaitent pas qu'on gratte trop fort sur le bobo...on pourrait peut-etre y trouver une infection du système!!