Les médicaments contre la fièvre favorisent la propagation de la grippe

Des chercheurs de l’Université McMaster, en Ontario, croient nécessaire de revoir les manuels de médecine qui affirment que l’administration d’antipyrétiques (ibuprofène, acétaminophène ou acide acétylsalicylique) pour abaisser la fièvre durant une grippe est sans danger.
Photo: Agence France-Presse (photo) Archives Des chercheurs de l’Université McMaster, en Ontario, croient nécessaire de revoir les manuels de médecine qui affirment que l’administration d’antipyrétiques (ibuprofène, acétaminophène ou acide acétylsalicylique) pour abaisser la fièvre durant une grippe est sans danger.

Le recours aux médicaments qui réduisent la fièvre pour soigner une grippe entraînerait plus d’un millier de décès chaque année en Amérique du Nord. Selon une étude menée par des chercheurs de l’Université McMaster, en Ontario, cette pratique courante de soulager les symptômes de la grippe à l’aide d’ibuprofène, d’acétaminophène ou d’acide acétylsalicylique favoriserait la transmission du virus.

 

À partir des données obtenues lors d’études menées chez l’humain et le furet montrant que la suppression de la fièvre à l’aide d’antipyrétiques décuplait la concentration des virus dans les mucus, et du coup accroissait l’infectiosité, les chercheurs ont calculé que l’administration de ces médicaments augmentait la transmission du virus de la grippe d’au moins 1 %.

 

« Il s’agit d’une estimation très modérée, car nous n’avons pas pris en compte deux autres facteurs importants, soit le fait que les individus qui consomment ces médicaments se sentent mieux et vont alors au travail ou à l’école, où ils transmettent le virus, et aussi le fait qu’en supprimant la fièvre, on allonge la période infectieuse [où l’on est contagieux] », précise Paul Andrews, l’un des auteurs de l’article publié dans les Proceedings of the Royal Society. « Quand nos sommes infectés par un virus, notre système immunitaire induit normalement la fièvre, qui est un mécanisme naturel de défense au cours duquel sont sécrétées des cytokines, des substances qui freinent la réplication du virus. Or, en prenant des antipyrétiques, on prive notre corps de ce moyen de combattre le virus. »

 

Compte tenu de leurs résultats, les chercheurs croient nécessaire de revoir les manuels de médecine qui affirment que l’administration d’antipyrétiques pour abaisser la fièvre durant une grippe est sans danger, « car ces médicaments font vraiment du mal au niveau de la population ».

 

« Avant de recommander de ne pas prendre de l’ibuprofène ou de l’acétaminophène pour soulager les symptômes de la grippe, j’attendrais d’avoir une validation clinique de cette étude. La fièvre est un mécanisme de défense qui nous permet de mieux contrôler la charge virale. Toutefois, l’inflammation [à l’origine de la fièvre] n’est pas nécessairement bonne non plus. Pendant la récente épidémie de grippe H1N1, les personnes qui décédaient étaient souvent des jeunes femmes dans la fleur de l’âge, qui semblent avoir été tuées en raison d’une réponse inflammatoire exagérée », fait valoir la Dre Caroline Quach, microbiologiste et infectiologue pédiatrique à l’Hôpital de Montréal pour enfants. « Il est vrai que si on diminue l’inflammation, on excrétera le virus plus longtemps, mais ce n’est pas suffisant pour souffrir 72 heures, ou laisser les enfants faire de la fièvre de façon prolongée, car chez les petits, il y a ainsi des risques de déshydratation et de convulsions fébriles. »

 

« Effectivement, la consommation de médicaments antipyrétiques entraîne une plus grande sécrétion de virus et parce que les gens se sentent mieux, ils retournent dans la communauté plus rapidement. C’est plutôt là que l’on peut intervenir. Quand on est malade et qu’on a de la fièvre, la recommandation a toujours été de rester à la maison. Et si l’on doit absolument sortir, on peut éviter de contaminer les personnes que l’on rencontre en éternuant dans le coude, en se lavant régulièrement les mains, voire en portant un masque », rappelle la Dre Quach, tout en précisant que la période infectieuse d’une grippe débute environ 24 heures avant le début des symptômes et se poursuit pendant trois à quatre jours.

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