Québec dit non au baccalauréat obligatoire

Le gouvernement du Québec met de côté pour l’instant l’idée de rendre obligatoire le baccalauréat en sciences infirmières.
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Le gouvernement du Québec met de côté pour l’instant l’idée de rendre obligatoire le baccalauréat en sciences infirmières.
Québec dit non, pour l’instant, au baccalauréat obligatoire pour les infirmières. Le ministre de la Santé Réjean Hébert a plutôt annoncé une évaluation des tâches des infirmières qui pourrait mener à l’exigence du baccalauréat pour certains postes plus critiques.

« Il n’y a pas de consensus », explique Réjean Hébert en entrevue. Le ministre garde la porte très légèrement entrouverte. « On ne peut pas écarter cette voie à tout jamais, mais actuellement, nous ne sommes vraiment pas mûrs », juge-t-il.

L’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ), qui milite en faveur du baccalauréat obligatoire depuis de nombreuses années, a immédiatement fait connaître sa déception « profonde » et son incompréhension. « Le gouvernement du Québec disposait de tous les éléments pour prendre la décision maintenant et amorcer immédiatement les travaux de transition », déplore sa présidente, Lucie Tremblay.

Elle croit que l’étude annoncée par le ministre Hébert entraînera de nouveaux délais inutiles. Selon elle, si ce travail est mené de manière rigoureuse, Québec devrait arriver à la conclusion que le baccalauréat est nécessaire à la formation des infirmières de l’avenir.

Absence de consensus

Rendu public mercredi, le rapport du président du groupe de travail sur la relève infirmière écarte à regret la proposition défendue depuis de nombreuses années par l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ), faute de consensus.

Les visions des neuf membres du groupe de travail, dont le syndicat infirmier (la Fédération interprofessionnelle de la Santé-FIQ), la Fédération des cégeps et l’OIIQ, étaient diamétralement opposées. Cinq groupes adhéraient au moins en partie à la proposition de l’OIIQ, quatre s’y opposaient. Le désaccord était tel que le Dr Durand signe seul le rapport qui devait au départ être un document de groupe.

Bien que la proposition de l’OIIQ « demeure la meilleure » à ses yeux, le Dr Durand écrit dans son rapport qu’il ne peut proposer son adoption en raison des dissensions importantes. Le Dr Durand juge tout de même que les infirmières formées au collégial ne possèdent pas « l’ensemble des compétences requises », surtout pour travailler dans des contextes complexes ou critiques comme l’urgence ou les soins intensifs.

Le gouvernement n’avalise pas nécessairement l’ensemble des recommandations du Dr Durand. En l’absence de consensus, le ministre de la Santé Réjean Hébert a annoncé que la formation collégiale demeurait suffisante, mais pas nécessairement pour tous les postes d’infirmières.

Une évaluation de la formation requise en fonction des tâches occupées sera amorcée. « Nous allons nous demander si une infirmière d’urgence, par exemple, doit avoir un baccalauréat et quelles compétences elle doit maîtriser », illustre le ministre. Il promet aussi un « ménage » dans le réseau de la santé, car des postes de cliniciennes sont occupés par des techniciennes, et vice-versa. Aucune infirmière actuellement en emploi ne perdra son poste, assure le ministre, surtout « en contexte de pénurie ».

Argument budgétaire

Le Secrétariat du Conseil du trésor (SCT), qui a participé aux travaux, s’opposait au baccalauréat obligatoire, apprend-on dans le rapport Durand. Le SCT privilégiait le statu quo. L’argument budgétaire a-t-il pesé dans la balance, puisque la masse salariale aurait grandi ? « Le Conseil du trésor avait ses réserves, mais c’est l’absence de consensus qui a été déterminante », dit plutôt le ministre Hébert.

« C’est de la musique à nos oreilles », s’est réjoui Jean Beauchesne, le président-directeur général de la Fédération des cégeps. « Nous allons faire une analyse intelligente de l’ensemble de l’équipe de travail en santé » et revoir les programmes de formation si nécessaire, ajoute-t-il. La présidente de la FIQ, Régine Laurent, a qualifié la décision de Québec de « victoire apaisante pour tout le réseau ».

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