La facture des congés de maladie explose

<em>«On a un problème de détresse psychologique et c'est très clair.»</em> — Régine Laurent, la présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé
Photo: Annik MH de Carufel - Archives Le Devoir «On a un problème de détresse psychologique et c'est très clair.» — Régine Laurent, la présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé

Le nombre d’heures versées en assurance salaire aux employés du réseau de la santé explose. En 2012-2013, problèmes de santé mentale, troubles musculo-squelettiques et autres absences prolongées pour maladie ont totalisé plus de 19 millions d’heures, pour une facture de 389,6 millions de dollars.

 

Loin de se résorber comme le souhaite le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), le problème semble hors de contrôle. Les coûts de l’assurance salaire ont crû de 6,1 % en un an, pour une augmentation de 4,6 % du nombre d’heures réclamées. Depuis 2003-2004, le nombre d’heures payées en assurance salaire a augmenté de 24 %, pendant que les coûts grimpaient de plus de 50 %.

 

Ces données figurent dans un rapport déposé en décembre sur le site Web du MSSS.

 

Aucune région n’a atteint les objectifs fixés par Québec l’an dernier. Le Nord-du-Québec, la Côte-Nord et Laval sont ceux qui s’en éloignent le plus, alors que la Gaspésie, la Capitale-Nationale et le Saguenay–Lac-Saint-Jean s’en rapprochent.

 

Pour l’année financière se terminant en mars, rien ne laisse présager une embellie. Pour les six premiers mois de l’année financière en cours (avril à septembre 2013), près de 9 millions d’heures en assurance salaire ont été versées.


Un emploi qui rend malade

 

Ils tombent malades en nous soignant. Le tiers des employés absents souffre d’un problème de santé mentale — expliquant de plus de 40 % des coûts de l’assurance salaire. Les troubles musculo-squelettiques représentent eux un peu plus du quart des cas. Les problèmes de santé mentale sont plus fréquents chez les 30-39 ans, mais ce sont les 50 ans et plus qui ont le plus souvent besoin de l’assurance salaire.

 

Les infirmières auxiliaires, les préposés aux bénéficiaires et les métiers (plombiers, électriciens…) sont les branches où les réclamations sont les plus fréquentes. Pendant que les cadres, les techniciens, les professionnels et les travailleurs sociaux sont les moins touchés, toutes proportions gardées.

 

La présidente du plus grand syndicat infirmier, la Fédération interprofessionnelle de la santé (FIQ), est catégorique : « On a un problème de détresse psychologique et c’est très clair », dit Régine Laurent. Pour elle, la pression pour diminuer les coûts des soins, l’optimisation et l’augmentation de la cadence de travail sont à blâmer, tant pour les dépressions que pour les blessures physiques. « Il faut arrêter d’avoir cette vision comptable, ce sont des humains qui soignent des humains », rappelle Mme Laurent, inquiète.


CSST

 

Elle ajoute que lorsque les absents ne sont pas remplacés par souci d’économie ou faute de personnel disponible, les employés restants subissent une pression supplémentaire qui peut aussi les rendre malades ou les amener à se blesser, en soulevant seuls des patients par exemple. Mme Laurent suggère que le réseau de la santé soit désigné prioritaire pour la CSST, ce qui donnerait un levier de prévention supplémentaire.

 

« Il y a une progression constante, la détresse augmente, mais d’un autre côté, on demande aux travailleurs du réseau d’augmenter la cadence. C’est contradictoire », souligne Guy Lorion, de la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS-CSN).

 

Le MSSS a mis sur pied un comité, dont les syndicats ont appris l’existence par le rapport de décembre. Ils demandent à y siéger pour trouver des « solutions communes ».

24 commentaires
  • Guy Lafond - Inscrit 8 janvier 2014 06 h 03

    Prenons les arbres comme modèles


    Ils ont de la lenteur à donner.

    Développons l'habitude d'enlacer un arbre parfois et à mettre de côté un peu plus ces téléphones "intelligents" et ces ordinateurs "empereurs".

    • Richard Lépine - Abonné 8 janvier 2014 10 h 10

      Et un gourou avec cela?

  • Christian Boutin - Inscrit 8 janvier 2014 06 h 58

    C'est beau la médecine à deux vitesses

    On préfère embaucher des infirmières de firmes privées à qui on accorde des heures de travail souple et ainsi on pénalise les infirmières du public en leur imposant de longues heures de travail, du temps supplémentaire forcé, etc... Et on se surprend e voir nos infirmières du public s'absenter pour cause de maladie.

    Tout ce fichu système de santé est à reviser.

    • Eric Walter Schaffner - Inscrit 8 janvier 2014 16 h 11

      Vous n'avez pas tord Monsieur, Pour avoir passé près de 9 mois hospitalisé, cumulés entre 2003 et 2006, 6 chirurgies majeures, une chose est certaine, ce système tue les bonnes graines, il use. Et l'obligation de ne pas refuser le temps supplémentaire est en contradiction avec toutes les normes du travail d'un pays civilisé. Mais au-delà de la bureaucratie, il y a des humains qui payent la note, et soyez assuré, qu'en bout de ligne c'est le patient qui aura le fardeau de supporter la plus grosse part. Un employé qui ne se sent pas respecté par son employeur et que ce non respect se traduit par l'épuisement physique puis psychologique finit par travailler en mode survie. Personne n'est gagnant! J'ai constaté qu'une vague de nouveaux travailleurs a pris le plancher dans nos hôpitaux (CHUM) une belle jeunesse motivée par leurs idéaux encore flamboyants. SVP ne les usez pas avant le temps!

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 8 janvier 2014 07 h 00

    Vers une … .

    « solutions communes » (Les Syndicats)

    De cette facture, étonnante, et récurrente ( ?), il est, d’intérêts justifiés, souhaitable que les Autorités se réveillent et s’assurent de mesures susceptibles d’épauler le Réseau dans ses activités de Santé et Services sociaux.

    De ces mesures espérées, et de celles déjà utilisées et sans effets, celle-ci pourrait comme éveiller :

    Fondé sur, et des principes liés aux domaines de l’Excellence et de la Responsabilisation, le RSSS-MSSS, s’il s’y encourage de bonne foi, est comme invité à ajouter, de gestion-opération-système, celui de l’Imputabilité.

    Vers une … . - 8 jan 2014 -

  • Louis Maxime - Inscrit 8 janvier 2014 07 h 23

    Un autre trou ?

    Au fait, c'est combien en millions qu'on a donné d'augmentation aux médecins l'an dernier ?

    Louis-maxime Dubois

    • lise pelletier - Inscrit 8 janvier 2014 09 h 32

      M.Maxime, vous m'avez devancé avec votre commentaire avec lequel je suis 100% d'accord.

      Dr. Barette qui a négocié la dernière convention des médecins-spécialistes, convention dont le coût de 10% d'augmentation s'étale sur 10 ans car le système ne pouvait l'absorber en 2 ou 3 ans.

      Les omnipraticiens ne sont pas en reste non plus.

      Et les bonis accordés aux chefs d'unité, différents gestionnaires et hauts fonctionnaires du système de santé.

      Et le Doc Couillard et Legault de la CAQ qui veulent privatiser les soins de santé en omettant de nous parler des privilègiés aux poches bien garnies.


      Pendant ce temps, les gens à la base du système sont les seuls à entretenir une relation humaine avec les patients, soit les préposé(es) aux bénéficiaires et les préposé(es) à l'entretien.

      Et c'est principalement dans ces deux sphères de la base la moins bien payée qu'on coupe des postes. Des économies de bouts de chandelles augmentant la charge du travail de ces employés mais ayant peu de résultat sur les coûts réels.


      Si vous avez un peu de temps pour jaser avec les préposé(es), ils vous diront que la dernière place où ils veulent aller sont les CH et les CHSLD.

      Pourquoi pensez-vous ? Le peu de service donné aux patients sans lesquels pourtant le système n'existerait pas. Bizarre quand même.

    • Luce Prevost - Inscrite 8 janvier 2014 09 h 38

      Je ne pense pas que nos médecins soient trop payés par rapport aux ingénieurs qui nous font des ponts "tout croches". C'est un métier difficile et exigent....
      En fait, les seuls qui s'en sortent bien parmi les travailleurs de la santé, sont des agences privées qui " louent" des infirmières...

    • Richard Lépine - Abonné 8 janvier 2014 10 h 12

      Et combien de cadres nouveaux par rapport au personnel sur le plancher?

  • Real Melancon - Inscrit 8 janvier 2014 08 h 01

    On a un problème de détresse psychologique et c’est très clair...

    OK. Mais si on devient infirmière ou thérapeute, ou préposé, est-ce que les employés ne doivent pas s'attendre à travailler dans un milieu déprimant où tous les gens autour de nous sont malades ?

    Et si oui. Est-ce que l'accès au diagnostic de burn-out, ou détresse psychologique n'est pas un peu trop rapide ? Est-ce que les avantages de rester à la maison, ayant été diagnostiqué en détresse psychologique, ne sont pas trop importants ? Je pose la question...

    Tous ceux qui travaillent dans le milieu de la santé sont unanimes. Les seuls mots qu'on entend sur les lieux, c'est: grief, congé, liste de remplacement, poste temporaire, quart de travail, temps supplémentaire, application sur un poste, retraite, pré-retraite, etc... Bref, le jargon syndicaliste où tous les employés sont blasés, et ne rêvent qu'au jour de la retraite...

    Est-ce vraiment ça qu'on veut comme personnel soignant ? Est-ce que les syndicats ont pris trop de place ?

    • Marc-André Pauzé - Inscrit 8 janvier 2014 08 h 47

      Et vous avez passé combien de temps, vous M. Melancon, dans un hopital à soigner des gens ? Vous avez passer combien de temps face à la souffrance que l'on essaie de vous faire côtoyer à coup de "réorganisation" et de performance comme sur une chaîne de montage ?

      Vous avez quoi comme bagage et expérience pour écrire de telle commentaires populistes ?

    • Jean Bottari - Inscrit 8 janvier 2014 09 h 18

      Vous avez droit à votre opionion monsieur mais sachez que je ne la partage pas du tout. Je travaille dans ce foutu réseau depuis 30 ans. Combien de réorganisations locales et nationales ont eu lieu depuis? Plusieurs! Mais aucune n'est axée sur le facteur humain. Toutes sont dédiée à l'argent et les économies pouvant être faites sur NOTRE dos. Chaussez mes souliers pendant quelques heures. On s'en reparlera par la suite!

    • Richard Lépine - Abonné 8 janvier 2014 10 h 14

      Est-ce que la méthode Toyota ne serait pas responsable, plutôt?

    • Donald Tremblay - Inscrit 8 janvier 2014 12 h 53

      La question c'est que maintenant, avec tous les annonces qu'on a, c'est rendu normale de tomber en maladie pour problème mentale. Tout le monde vit des dépressions, mais quand tu dois rapporter un souper le soir pour nourrir tes enfants, tu t'organises et travaille fort pour changer tes habitudes pour pouvoir continuer avant de tomber réellement au combat et avoir de l'aide, mais quand la solution est de prendre simplement une maladie payée par les autres, tu en prens de plus en plus régulièrement pour soigner de plus en plus de petits problèmes... Notre société veut aider ceux qui souffrent réellement, pas tous les employés de l'état. Allez vérifier ces chiffres avec le privé, ou la pression est souvent plus forte.

    • Johanne Bédard - Inscrite 8 janvier 2014 22 h 05

      À M. Melancon,

      Monsieur, faites attention à vos propos. Vous parlez en généraliste. Comme employée du réseau de la santé il y a une multitude de facteurs qui font en sorte que les gens se retrouvent en détresse psychologique, et qui ne sont pas nommés dans l'article...

      Alors la prudence verbale est de mise.