Des bactéries longue durée sur les jouets des tout-petits

Dans le cadre de la présente étude, des chercheurs ont effectué des prélèvements dans une garderie, où ils ont relevé la présence de S. pneumoniae à la surface de quatre peluches sur cinq et celle de S. pyogenes sur plusieurs surfaces, dont des couchettes de bébé.
Photo: Pierre-Yves Côté Dans le cadre de la présente étude, des chercheurs ont effectué des prélèvements dans une garderie, où ils ont relevé la présence de S. pneumoniae à la surface de quatre peluches sur cinq et celle de S. pyogenes sur plusieurs surfaces, dont des couchettes de bébé.

On nous a souvent rassurés en nous affirmant que les bactéries les plus courantes qui sont responsables des rhumes, otites, pharyngites et autres infections plus graves ne peuvent survivre très longtemps à l’extérieur du corps humain. On imaginait donc par ricochet qu’elles ne persistent pas sur les objets inanimés, comme les meubles, la vaisselle ou les jouets. Or, une nouvelle étude effectuée par des chercheurs de l’Université de Buffalo démontre que deux souches communes de bactéries, Stretococcus pneumoniae et Streptococcus pyogenes, survivent sur diverses surfaces beaucoup plus longtemps qu’on ne le croyait, lit-on dans la revue Infection and Immunity.

 

Cette observation est cruciale sachant que Stretococcus pneumoniae est la principale cause d’otites chez les bambins, de morbidité et de mortalité par infections respiratoires chez les enfants et les aînés, et qu’elle est à l’origine de plusieurs infections nosocomiales.

 

La souche Streptococcus pyogenes, quant à elle, induit maintes pharyngites streptococciques (responsables des maux de gorge) et infections cutanées chez les écoliers, et peut provoquer des infections plus sérieuses chez l’adulte.

 

Alors qu’ils procédaient à des prélèvements dans une garderie, Anders Hakansson et ses collègues de l’Université de Buffalo ont relevé la présence de S. pneumoniae à la surface de quatre peluches sur cinq, et celle de S. pyogenes sur plusieurs surfaces, dont des couchettes de bébé, et ce, même après qu’elles eurent été nettoyées, puisque les prélèvements ont été effectués le matin avant l’ouverture de la garderie, soit plusieurs heures après les derniers contacts avec des humains.


Tissus humains

 

L’équipe d’Hakansson n’a pas été trop surprise de sa découverte, puisqu’elle avait publié l’an dernier le fruit d’une recherche montrant que les bactéries forment des biofilms quand elles colonisent des tissus humains. Plus précisément, les bactéries adhèrent entre elles en même temps qu’elles se fixent à une surface. Elles sécrètent une matrice extracellulaire à base de polymères dans laquelle chaque bactérie s’ancre.

 

Et fait à noter, les cellules microbiennes qui croissent sur un biofilm ont des propriétés significativement différentes de celles des cellules individuelles (ou planctoniques) de la même espèce. De plus, la matrice extracellulaire facilite la communication entre les cellules et leur offre un environnement protégé qui accroît leur résistance aux détergents et aux antibiotiques.

 

Les chercheurs de Buffalo font ainsi remarquer que la plupart des études qui ont eu pour but d’estimer le temps de survie des bactéries sur des objets inanimés utilisaient des cultures de bactéries planctoniques, qui elles mouraient rapidement. Mais depuis qu’ils ont découvert que les biofilms sont à l’origine de la pathogenèse de S. pneumoniae, ils désiraient vérifier comment les biofilms survivaient à l’extérieur du corps humain. Leurs expériences ont ainsi révélé que des biofilms de S. pneumoniae et de S. pyogenes âgés d’un mois qu’ils avaient prélevés sur des surfaces contaminées ont aisément colonisé des souris. Ces mêmes biofilms ont également survécu plusieurs heures sur des mains humaines et ont persisté sur des livres, des jouets durs et mous, ainsi que sur diverses surfaces d’une garderie et même, dans certains cas, alors que ces surfaces avaient été bien nettoyées.

 

« Contaminés par des biofilms, ces objets qui sont manipulés couramment pourraient donc agir comme des réservoirs de bactéries pendant des heures, des semaines, voire des mois, et de ce fait, ils seraient susceptibles de transmettre l’infection aux individus qui entreront en contact avec eux »,soulignent les chercheurs états-uniens.


Hypothèse remise en question

 

En démontrant que ces pathogènes peuvent survivre de longues périodes à l’extérieur du corps humain, cette étude semble remettre en question l’hypothèse véhiculée dans la littérature scientifique selon laquelle on ne peut contracter une infection qu’en respirant des gouttelettes contaminées qu’un individu infecté projette lorsqu’il tousse et se mouche. Mais les auteurs de l’étude préviennent qu’« ilfaudra de plus amples recherches pour savoir dans quelles circonstances ce type de contact contribue à propager les infections entre les individus. S’il s’avère que ce mode de diffusion est substantiel, il faudra désormais prendre des précautions additionnelles, voire appliquer les mêmes procédures que celles qui sont actuellement utilisées pour prévenir la propagation des bactéries intestinales et les virus, lesquels persistent sur les surfaces. »

4 commentaires
  • Pierre-R. Desrosiers - Inscrit 27 décembre 2013 07 h 46

    Se pourrait-il ...

    ... que la présence de ces bactéries favorisent la formation d'anticorps chez les enfants?

    Desrosiers
    Val David

    • Stéphanye Carrier - Inscrite 27 décembre 2013 14 h 56

      Non.

  • Jean-Marie Francoeur - Inscrit 27 décembre 2013 13 h 35

    Et après ?

    Une fois qu'on a fait ce constat, que faut-il faire ? Comme d'habitude, les scientifiques nous laisse dans le noir.

  • Violaine Francoeur - Inscrite 27 décembre 2013 16 h 50

    laver ,laver et pas de peluchea la garderie.