Virus du papillome humain: faut-il vacciner aussi les garçons?

Après l’Île-du-Prince-Édouard au printemps 2013, l’Alberta vient tout juste d’annoncer qu’elle étendra la vaccination contre le virus du papillome humain (VPH) aux jeunes garçons.

 

Ils le recevront à l’école primaire en même temps que les fillettes, entre autres « pour aider à réduire le stigmate du vaccin » qui, en ce moment, étiquette les filles et l’activité sexuelle, selon la directrice générale de la Société des obstétriciens et gynécologues du Canada, Jennifer Blake.

 

Au Québec, le vaccin contre le VPH est administré gratuitement en deux ou trois doses aux jeunes filles jusqu’à l’âge de 18 ans. Vacciner les quelque 40 000 filles au Québec cette année coûtera environ 6 millions de dollars au ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec. Même si, ici, selon les experts, l’enjeu du stigmate n’existe pas, la question se pose : les jeunes garçons devraient-ils eux être vaccinés ?


«Une vraie plaie»

 

Le virus du papillome humain se décline en 130 types. Certains infectent la peau de la région génitale et provoquent des condylomes (verrues génitales) alors que d’autres sont capables de modifier l’ADN des cellules, donc de provoquer un cancer, le plus souvent celui du col de l’utérus chez la femme.

 

Sur le terrain, les VPH font des ravages. « Les problèmes causés par les condylomes sont une vraie plaie, un vrai fardeau. Ça coûte très cher à l’État. Et on en reçoit des dizaines et des dizaines de cas par jour », s’exclame le Dr Réjean Thomas, médecin spécialisé en santé sexuelle pour la clinique L’Actuel, à Montréal.

 

Pour le Dr Thomas, le scénario idéal ne fait aucun doute : il faudrait le vaccin gratuit pour tous.

 

« On a priorisé [le groupe des filles], c’est ce qui avait le plus de sens parce que c’était prioritaire, mais en vaccinant aussi les garçons avant qu’ils aient leurs premières relations sexuelles, on aurait un succès réel », estime le médecin.

 

« Vacciner aussi les jeunes garçons, ça signifierait le double des coûts… mais pas le double de la protection », argumente cependant Chantal Sauvageau, médecin consultant sur le sujet à l’Institut national de santé publique.

 

En effet, les filles traitées dès l’âge de 9 ans sont immunisées. Leurs futurs partenaires sexuels, le plus souvent des garçons hétérosexuels, le sont aussi, par défaut. On considère qu’en vaccinant la moitié de la population, une majorité est couverte. Si on vaccinait aussi les garçons, seule une minorité de ce groupe — les futurs homosexuels — en bénéficierait.

 

Conclusion, le choix gouvernemental sur le fait de vacciner ou non les garçons s’appuiera sur un enjeu d’égalité, plutôt que sur une analyse coût-efficacité, souligne Chantal Sauvageau.

 

Vu le coût du vaccin, il est peu probable qu’on rende prioritaire la vaccination pour les garçons, ce que déplore Isabelle Girard, présidente de l’Association des obstétriciens et gynécologues du Québec.

 

« Avec la situation financière du gouvernement, est-ce qu’on va faire le pas ? », demande-t-elle.

 

Un vaccin qui fait des vagues

 

Dès son arrivée dans les écoles en 2008, le vaccin contre le VPH n’a pas fait l’unanimité.

 

Pour Lyba Spring, ex-conseillère pour la santé publique de Toronto et blogueuse pour The Canadian Women’s Health Network, le vaccin pour les garçons n’est pas indiqué. « Il n’y a pas de preuves scientifiques claires que vacciner les garçons réduirait l’incidence du cancer du col de l’utérus ; le cancer du pénis est rare, les verrues génitales sont traitables et souvent se résorbent d’elles-mêmes. De plus, 90 % des personnes infectées par le VPH vont s’en débarrasser en deux ans », mentionne-t-elle.

 

Elle ajoute que les deniers publics devraient plutôt être alloués à l’amélioration des tests de dépistage du VPH.

 

Eduardo Franco ne juge pas non plus l’administration du vaccin aux garçons prioritaire. Le directeur du service d’oncologie de l’Université McGill dirige présentement une étude sur un microbicide appliqué comme un lubrifiant, plus efficace contre les VPH que le condom. Même s’il est très enthousiaste à l’idée de pouvoir proposer une option supplémentaire contre les VPH, il insiste sur le fait que rien ne vaut le vaccin pour les fillettes, puisque son microbicide ne tuera pas le virus. De plus, pour l’instant, la sensibilité du PAP test (test de routine du dépistage du col de l’utérus) est aussi basse que 55 %, un « tirage au sort », en quelque sorte, rappelle-t-il.


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