Un fier coup de main de la médecine

Il s'en est fallu de peu pour que Louis Côté ne puisse plus écrire de la main droite. Treize jours après l'accident qui l'a amputé, le jeune homme de 18 ans contemplait hier son bras et sa main droits de nouveau réunis grâce au doigté d'une équipe de chirurgiens de l'Hôpital général de Montréal du Centre universitaire de santé McGill (CUSM).

C'est alors qu'il travaillait dans une scierie, le 16 octobre dernier, que le jeune homme de Rivière-du-Loup a vu son avant-bras droit entièrement sectionné par une scie. N'eût été de la rapidité des médecins de Rivière-du-Loup à lui prodiguer des soins essentiels à la survie de son membre et à organiser son transfert rapide par avion-ambulance vers un centre de traumatologie, il n'aurait plus qu'une seule main aujourd'hui.

«C'est un cas où le système a parfaitement fonctionné. À l'hôpital de Rivière-du-Loup, les gens ont fait un travail merveilleux en stoppant l'hémorragie et en refroidissant les extrémités des membres avec de la glace. En moins d'une heure, le transport par avion était organisé», a expliqué hier le chef de la chirurgie plastique et reconstructrice du CUSM, le Dr Chen Lee, qui a recousu l'avant-bras du jeune Louis Côté.

À peine cinq heures après son accident, le jeune homme était admis en salle d'opération avec son membre amputé, à l'Hôpital général de Montréal du CUSM.

N'eût été de ces premiers soins rapides et judicieux, le membre n'aurait pas pu être réimplanté puisque l'absence de circulation dans le bras sectionné entraîne la mort cellulaire après plus de six heures. «Cette intervention a permis aux chirurgiens de travailler pendant plus de 11 heures», a soutenu hier Sandra McGill, une jeune résidente qui a participé à cette intervention marathon.

Ensuite, les doigts habiles du Dr Lee et du chirurgien orthopédique Rudolf Reindl ont mis des heures à réparer ce qu'une scie avait mis quelques instants à détruire. L'opération, qui relève de la haute couture, a nécessité la ressoudure des deux os de l'avant-bras, la réparation d'une artère principale et des vaisseaux sanguins par microchirurgie ainsi que celle de 25 tendons de la main et du poignet et de trois nerfs importants.

Selon le Dr Lee, qui a réalisé plusieurs opérations similaires au cours de sa carrière, son jeune patient a eu une chance incroyable. «C'était une coupure très nette et, pour le moment, les pronostics sont très bons», a-t-il dit hier, convaincu que son patient pourra retrouver de 75 à 80 % de ses fonctions motrices d'ici deux ans. Pour ce médecin, la différence entre ce type de réimplantation et la greffe d'une main, une intervention rarement tentée et toujours controversée, est minime.

Le jeune homme, quant à lui, s'étonne encore que sa déveine connaisse un dénouement aussi heureux. «J'étais plutôt inquiet. Quand je me suis réveillé et que j'ai vu le bout de mes doigts, je me sentais mieux!», a-t-il tout bonnement raconté hier, la mine radieuse.

Mais avant de retrouver l'usage de tous ses doigts, le jeune homme devra s'atteler à des mois d'ergothérapie et de physiothérapie. Le dispositif mobile auquel chacun de ses doigts est rattaché, appelé Continuous Passive Motion (CPS), permet pour l'instant aux tendons reconstruits de sa main de se cicatriser tout en préservant leur souplesse.

De 150 à 180 réimplantations de membres sont réalisées chaque année au Québec, dont la majorité sur des jeunes de 21 à 30 ans.

Selon le Dr David Evans, chef du programme et du département de traumatologie du CUSM, cette histoire illustre l'importance du transfert rapide pour la réussite de chirurgies consécutives à des traumatismes graves. «Malheureusement, tout ne se passe pas toujours comme ça au Québec car la durée des transports est souvent difficile», a-t-il dit, convaincu qu'un système de transport par hélicoptère est nécessaire pour assurer aux patients traumatisés de toutes les régions du Québec le même accès à ce type de soins ultraspécialisés.