Le nombre de malades de l’amiante a atteint son apogée

La fermeture de la mine Jeffrey, dernière mine d’amiante du Québec, en 2012, a contribué à l’abandon progressif du minerai qui entre encore aujourd’hui dans la composition de matériaux isolants. Mais les maladies liées à son exposition, elles, n’ont pas fini de se déclarer.
Photo: La Presse canadienne (photo) Jacques Boissinot La fermeture de la mine Jeffrey, dernière mine d’amiante du Québec, en 2012, a contribué à l’abandon progressif du minerai qui entre encore aujourd’hui dans la composition de matériaux isolants. Mais les maladies liées à son exposition, elles, n’ont pas fini de se déclarer.

Les mines d’amiante sont fermées, mais il faudra encore plus de 20 ans pour que les maladies causées par cette fibre reculent à leur niveau de 1984. L’incidence des mésothéliomes, des cancers liés à l’amiante, aurait atteint son paroxysme et entamerait son lent déclin, à condition bien sûr que l’on continue à être de moins en moins exposé collectivement à la substance cancérigène.

 

L’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) a recensé les cas depuis 1984, mais signe également une projection jusqu’en 2032. « Nous avons utilisé les taux passés pour prédire les taux futurs », explique la chercheuse Louise De Guire. « Avec l’idée sous-jacente que l’exposition diminue », ajoute sa collègue Alfreda Krupoves, responsable de ces calculs.

 

D’une trentaine de cas par an en 1984, plus d’une centaine de nouveaux mésothéliomes se manifestent chaque année depuis le tournant des années 2000. Le mésothéliome est un cancer fulgurant, tuant généralement ses victimes en quelques mois. Il survient généralement une trentaine d’années après le début de l’exposition à la fibre d’amiante.

 

Les calculs des chercheuses de l’INSPQ permettent de prédire que l’incidence de cette maladie a atteint son paroxysme entre 2008 et 2012 pour les hommes, et entre 2008 et 2017 pour les femmes. « Si l’incidence continue à augmenter, on devra se poser des questions [sur notre exposition] », indique la Dre De Guire. Les taux les plus élevés sont observés chez les hommes nés entre 1930 et 1949, historiquement plus exposés à l’amiante.

 

En raison de la croissance démographique, ces taux en déclin ne signifient pas qu’il y a globalement moins de cas : l’INSPQ croit que de 150 à 180 nouveaux cas par an continueront à se manifester. La population croissant, l’incidence diminue.

 

Le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) a recensé un peu moins de cas d’amiantose, de cancers du poumon causés par l’amiante et de mésothéliomes en 2012 qu’en 2011. Mais il est difficile, à la lumière de ces données du registre des maladies à déclaration obligatoire (MADO), de dire si l’hypothèse de l’INSPQ se vérifie et si le problème s’engage sur sa pente descendante. En effet, indique Louise De Guire, les maladies de l’amiante sont sous-déclarées à ce registre. Il faudra attendre que les données exhaustives, déposées au Registre canadien du cancer, soient disponibles — les plus récentes sont de 2007.

 


Un problème à retardement

 

L’industrie de l’amiante ayant connu son apogée dans les années 1970, c’est aujourd’hui que son lourd héritage se manifeste, en raison de la longue période de latence avant que ces maladies surviennent. Ainsi, la courbe en forme de cloche de l’extraction de l’amiante se superpose presque parfaitement à celle de l’incidence des maladies, avec un décalage de 30 ans.

 

Un mésothéliome sur cinq environ serait déclaré au registre des MADO. Pour remédier à la situation, l’INSPQ teste un système de déclaration dans lequel les archivistes médicaux déclarent les cas qu’ils recensent en classant les dossiers des patients. « Si c’est étendu à l’ensemble des hôpitaux, on pourra faire une surveillance intéressante. Souvent, ça nous permet d’identifier des sources d’exposition qu’on ne soupçonnait pas et d’apporter des correctifs pour éviter de nouveaux cas », indique la Dre De Guire.

 

Le rôle de surveillance de l’INSPQ est loin de s’achever avec la fin de l’exploitation de l’amiante au Québec. « Ce n’est pas parce qu’on arrête d’en extraire qu’on a arrêté d’en utiliser. Il y a le problème de l’amiante déjà en place. Et il s’en installe encore. On va avoir du travail encore longtemps », estime la Dre De Guire.

 

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