Le déficit de l’attention touche aussi les adultes

À 41 ans, Marie-Michèle Lemaire a appris qu’elle était atteinte d’un trouble du déficit de l’attention avec hyperactivité (TDAH). Elle a alors accueilli ce diagnostic avec un immense soulagement. « Je pouvais enfin mettre un nom sur ce que j’avais vécu », confie cette éducatrice spécialisée, fondatrice de la Clinique multidisciplinaire TDAH à Drummondville.

 

Enfant, Marie-Michèle était « comme une abeille qui butine partout ». Après la naissance de ses deux fils, eux aussi atteints, elle peinait à gérer la maisonnée, à « prévoir ce qu’on allait manger pour le souper et s’assurer de payer les comptes à temps ».

 

Une étude américaine publiée en 2006 soutient qu’environ quatre adultes sur 100 souffrent d’un TDAH. « Ces adultes devaient sûrement souffrir d’un déficit de l’attention durant l’enfance, mais celui-ci n’avait peut-être pas été diagnostiqué », souligne d’entrée de jeu la médecin-psychiatre Annick Vincent, cofondatrice de la clinique de TDAH FOCUS dans la région de Québec. « Quand on procède au diagnostic chez l’adulte, on recherche les symptômes qui ont un impact fonctionnel dans plusieurs sphères de vie et qui sont présents depuis la petite enfance. Quelqu’un qui oublie ses clés et omet d’acheter du lait une fois par année, c’est normal. On en arrive à un diagnostic de TDAH non pas parce que la personne dérange les autres, mais parce que les symptômes dérangent la personne elle-même, qui n’arrive pas à fonctionner selon son plein potentiel », poursuit la spécialiste.

 

À l’âge adulte, les symptômes sont les mêmes que chez l’enfant, mais se manifestent dans un cadre autre. Par exemple, la personne atteinte fait un chèque, mais omet de le signer. Elle remplit un document et n’a pas vu qu’il y avait un verso. Elle peine à extraire l’information pertinente d’un texte, à s’organiser, à faire les courses et à planifier les repas. Souvent en retard au travail, elle oublie d’apporter le matériel nécessaire et planifie mal ses tâches pour respecter les échéanciers.

 

« Plus le TDAH est sévère, plus il sera visible tôt. S’il est modéré, la personne peut réussir à compenser pendant une grande partie de sa vie. Mais vient un moment, lors de l’arrivée d’un bébé, par exemple, où cela coûte tellement cher en énergie et en stratégies qu’on n’y arrive plus. C’est à ce stade, habituellement, que les adultes consultent », fait remarquer Mme Vincent. Comme de 75 à 80 % des cas de TDAH ont une origine génétique, plusieurs parents, qui se reconnaissent dans leurs enfants, consultent à la suite du diagnostic de leur propre enfant.

 

Difficultés à freiner ses idées, à demeurer attentif à une conversation ou une lecture, à prioriser le stimulus le plus important parmi ce qui est entendu, vu et ressenti : l’autocontrôle constitue le problème principal des personnes affectées par le TDAH. Au travail, ces personnes peuvent être moins efficaces à la tâche, dérangent les autres, ont la bougeotte, parlent tout le temps. « Cela sera interprété comme un défaut de caractère, du narcissisme », explique la psychiatre.

 

Une médication parfois nécessaire

 

Le traitement du problème commence par l’adoption de stratégies adaptatives. Si on est sensible aux stimuli, on évite de laisser tous nos « distracteurs » ouverts, comme Facebook et le téléphone cellulaire avec textos. L’adoption d’une bonne hygiène de vie (alimentation équilibrée, sommeil récupérateur et exercice) fait partie du plan d’intervention. « Si ça ne fonctionne toujours pas, il faut envisager une médication », affirme la Dre Vincent. « Les médicaments permettent de s’auto-freiner, de filtrer les stimuli, de s’empêcher de bouger et de parler quand ce n’est pas le temps. On compare souvent ces médicaments à des lunettes qui aident le cerveau à faire le focus. Les médicaments aideront à ce que les stratégies mises en place, et qui s’avéraient inutiles, deviennent efficaces. »

6 commentaires
  • Roxane Bertrand - Abonnée 25 novembre 2013 07 h 58

    4%

    Pourquoi 18% des garçon du primaire au Québec prennent du ritalin si cela ne touche que 4% de la population?

    Le ritalin et les amphétamines fonctionnent chez tous et chacun, avec ou sans TDAH. Il est correcte de prendre une médication si l'on souffre d'un handicap important, mais encore faut-il qu'il soit bien identifié.

    Peut-être donne ton a tort du ritalin a des enfants qui sont dépressifs, traumatisés, ou stressé ou juste énergique et en santé. En France, pour 10 enfants hyperactifs, deux recevront de la médication et les autres auront de la psychothérapie pour dépression.

    Le ritalin et les autres psychostimulants augmentent la concentration, et diminuent la frustration, ça donne du cœur à l'ouvrage. A la blague, on pourrait aussi en mettre dans les distributeurs de café, cela peut autant aider le professeur que l'élève.

    Identifions ce qui arrive à nos petits Québécois. 18%, c'est 4 fois trop!

    • France Marcotte - Abonnée 25 novembre 2013 09 h 25

      Intéressant mais vous déviez vers la voie coutumière: en parler au sujet des enfants, air connu.

      Plus intéressant pour l'instant ces adultes qui en sont affectés, à lire la description des symptômes, on se demande qui n'est pas atteint...

      Tant de choses affectent la concentration, comme le désir de ne pas savoir.

    • Jean Richard - Abonné 25 novembre 2013 10 h 18

      Pourquoi tant de ritalin ? J'en ai déjà parlé à un ami médecin, en dehors de son cabinet. La réponse se résume en plusieurs causes :

      - pression du personnel enseignant qui perd patience en présence d'enfants agités ;

      - pression des parents qui perdent également patience et qui vont vers une solution de facilité ;

      - bien que ce ne soit pas la majorité, de trop nombreux médecins ont encore la gachette rapide sur la prescription (rappelez-vous il y a quelques années les antibiotiques prescrits à la tonne pour les enfants : le ritalin les a peut-être remplacés comme médicament miracle) et,

      - l'industrie pharmaceutique n'est pas totalement hors de tout soupçon face à la popularité de certains médicaments.

  • Olivier Rene - Inscrit 25 novembre 2013 09 h 35

    Les bases subjectives de ce 4%

    À quand un débat sur une question qui départagerait les facteurs "explicatifs" qui relève de l'environnement (stresseurs quotidien, alimentation, logique éducative, besoin et aspirations individuels des enfants, etc.) et ceux qui peuvent être attribuables à un individu. Parions que les statistiques changeraient si on changeait aussi le regard posé sur la nécessité de "l'attention" (concentration, focus, ) et l'activité (beaucoup, super, hyper)

    Personnellement, je trouve qu'on est envahi d'explications biologiques (dont les preuves objectives manque cruellement!) pour tous les maux de l'existence.

    Je comprend très bien le fait qu'une personne se sente soulagée d'accueillir (enfin!) une explication relevant d'un diagnostic. Encore plus lorsque ce diagnostic est accompagné d'un traitement ayant fait ses preuves pour diminuer les symptômes qui rendent la vie difficile (la sienne ou celle des autres). Pour rien au monde je ne voudrais nier la réalité quotidienne de parents qui vivent au quotidien avec un enfant ayant reçu un diagnostic.

    Tout simplement, je m'intérroge sur les implications plus large de cette méthode thérapeutique (prescrire du Ritalin, Concerta, Straterra et compagnie) et sur les liens génétiques de ce "touble". Parions que les statistiques changeraient si on changeait aussi les méthodes d'évaluation et si ces mêmes méthodes relevaient davantage d'éléments objectifs (marqueurs génétiques, scan du cerveau).

    • Roxane Bertrand - Abonnée 25 novembre 2013 19 h 01

      L'humanité a 3 million d'années, et je pense que l'impulsivité devait être un facteur de survie important pour la chasse ou la défense du territoire. C'est humain et normal, l'impulsivité.

      Vous avez raison, au-delà de certaines prédispositions génétiques, tous peuvent orienter leur potentiel.

      Il y a probablement d'autres problèmes qui enveniment la situations de ces gens plus fortement impulsifs. À ce moment là, un médicament peut devenir une béquille très néfaste, comme le jeux ou l'alcool.

      Il existe un professionnel dont le travail est d'aider les gens à remonter la pente, c'est le psychologue.

  • Robert Henri - Inscrit 25 novembre 2013 10 h 53

    Une évidence

    Un trouble comme celui-là s'il n'est pas corrigé se perpétue, c'est une évidence. Mais pourquoi leur donner des amphétamines tel le Ritalin ? Pour avoir des générations de drogués ou produire des clients aux pharmaceutiques ? Ou encore créer des coortes de citoyens bien soumis ? (1984 ? Le Meilleur des Mondes ?).