AQESSS - Non à toute autre coupe budgétaire supplémentaire!

Thierry Haroun Collaboration spéciale
Une place dans un CHSLD coûte en moyenne 90 000 $ par année par personne, rappelle Diane Lavallée, directrice générale de l’AQESSS.
Photo: - Le Devoir Une place dans un CHSLD coûte en moyenne 90 000 $ par année par personne, rappelle Diane Lavallée, directrice générale de l’AQESSS.

Ce texte fait partie du cahier spécial Santé - Réseau

Le projet d’assurance autonomie du gouvernement du Québec, la Charte des valeurs et le financement du réseau de la santé et des services sociaux sont au coeur des préoccupations de l’Association québécoise d’établissements de santé et de services sociaux (AQESSS). Entretien avec sa directrice générale, Diane Lavallée.

 

D’entrée de jeu, Diane Lavallée a tenu à parler du financement du réseau de la santé et surtout des compressions atteignant des centaines de millions de dollars que les établissements de santé ont dû subir depuis deux ans. Son discours est sans détour. « L’argent, c’est le nerf de la guerre. Il faut rappeler que les établissements ont fait des efforts [de compression] de 730 millions de dollars depuis 2011. Ces efforts ont été faits en préservant à la population un accès aux services de qualité. Mais je vous dirais que les limites ont été atteintes », rappelle Mme Lavallée.

 

Selon elle, une réflexion « collective » s’impose au sujet du financement du réseau, à la lumière de la croissance de ses coûts, qui ne serait pas étrangère, dit-elle, à l’augmentation des coûts des médicaments et de la rémunération des médecins. « Nous aurons des choix à faire quant au panier de services à offrir à la population. Qu’est-ce qu’on est en mesure de se payer ? Écoutez, 50 % du budget de l’État québécois est consacré au réseau de la santé et des services sociaux. Ce taux a, à mon avis, atteint ses limites. On doit donc se questionner sur la façon dont ces milliards de dollars sont investis et savoir si ces sommes atteignent les objectifs visés au départ », note-t-elle. Elle ajoute : « Le réseau est sous tension, les gestionnaires ont fait des efforts importants sur le plan de l’optimisation. »

 

Il faut donc mettre fin aux compressions ? « Oui, tout à fait. Nos gens disent qu’ils ne peuvent plus penser à optimiser sans remettre en question des choix cruciaux à faire pour les services offerts. Les établissements ne veulent pas être les seuls à devoir être dans cette situation », fait valoir Mme Lavallée.

 

Assurance autonomie

 

Deuxième enjeu : l’assurance autonomie. Sur ce plan, la position de l’AQESSS, dont le mémoire a été déposé le mois dernier dans le cadre de la commission parlementaire, s’articule autour de trois objectifs principaux : répondre aux besoins de la population, assurer l’équité ainsi que le financement pérenne de « cette réforme cruciale », lit-on dans la documentation. Par exemple, l’AQESSS juge que l’apport des proches aidants pour le maintien à domicile des personnes en perte d’autonomie est indéniable. À ce titre, l’organisme propose qu’on leur accorde un statut de « véritables partenaires » et qu’ils puissent bénéficier de répits, de congés et d’un soutien psychologique. « Ils devront aussi pouvoir compter sur les ressources du réseau et de ses partenaires pour maintenir leur capacité à soutenir l’autonomie d’un proche. »

 

Toujours selon la documentation, l’AQESSS « propose d’intégrer la notion de neutralité financière dans les principes de base de l’assurance autonomie, permettant ainsi à l’usager de ne pas être désavantagé financièrement en choisissant de demeurer à domicile. Il faudra également s’assurer que tous les services couverts par l’assurance autonomie soient offerts sur la totalité du territoire québécois, aux mêmes conditions, à l’ensemble des clientèles visées par le projet à l’étude. »

 

En entrevue, Diane Lavallée salue cette initiative de Québec et rappelle « que, depuis plusieurs années, l’AQESSS réclame qu’on accentue les services de soins à domicile, et c’est donc la voie à privilégier pour répondre aux besoins de la population qui est vieillissante. Il ne faut pas oublier qu’une place dans un CHSLD coûte en moyenne 90 000 $ par année par personne, alors qu’une personne qui est soignée dans son milieu de vie coûte entre 20 000 $ et 30 000 $. Dans ce contexte, on pourrait donc permettre à trois fois plus de gens d’obtenir des services qui répondent à leurs besoins. »

 

Reste que, sur le plan financier, toujours à propos de l’assurance autonomie, dont les modalités restent à être définies par Québec, Mme Lavallée souhaite que les personnes à faible revenu et les plus démunis « n’aient pas à débourser de l’argent. On est toutefois d’accord pour qu’il y ait une contribution financière des usagers en fonction de leur capacité de payer. »

 

Charte des valeurs

 

Maintenant, la Charte des valeurs québécoises interpelle également les membres de l’AQESSS, qui a d’ailleurs conduit un sondage électronique du 19 au 23 septembre dernier, auquel 74 des 125 établissements de santé ont participé. Ainsi, la très grande majorité (98,3 %) des présidents et des directeurs généraux qui ont répondu au coup de sonde indiquent que leur établissement n’a pas fait face à des « problèmes significatifs » concernant des demandes d’accommodements religieux, tant de la part du personnel que des usagers. Et 100 % des répondants ont indiqué ne pas faire face à des problèmes significatifs concernant le port de signes religieux.

 

Par ailleurs, 48 % des directeurs des ressources humaines sondés ont affirmé avoir, parmi leur personnel (y compris les médecins, dentistes et pharmaciens), des personnes qui portent des signes religieux qualifiés d’ostentatoires, au sens du projet de Charte des valeurs québécoises. Et, parmi ces 48 %, seulement 3 % ont affirmé que le port de tels signes crée « des difficultés sur le plan des rapports avec la clientèle ». Et, de ces 3 %, aucune plainte formelle sur cet aspect n’a été traitée par les établissements concernés au cours des deux dernières années.

 

Des chiffres qui font dire à Diane Lavallée que le statu quo s’impose dans les établissements de santé. « Écoutez, il n’y a eu aucune plainte de la clientèle. Et aucune plainte des employés. Il n’y a pas eu non plus de congés qui ont été donnés sur le plan des accommodements liés à la pratique religieuse. Nous, ce qu’on dit, c’est qu’il n’y a pas de problème à l’heure actuelle, alors, pourquoi créer un problème là où il n’y en a pas ? Les membres de notre personnel dispensent des soins de santé de qualité, indépendamment de leur croyance et de leur pratique religieuses », ajoute Mme Lavallée, qui précise que l’AQESSS entend participer à la commission parlementaire qui va se pencher sur toute cette question dans les prochains mois.


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