Charte des valeurs québécoises - Les médecins résidents s’opposent à l’interdiction des signes religieux

La grande majorité des médecins résidents dit ne pas porter de signe religieux, soit 85 %.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir La grande majorité des médecins résidents dit ne pas porter de signe religieux, soit 85 %.
La Fédération des médecins résidents du Québec (FMRQ) a ajouté vendredi sa voix aux détracteurs de la Charte des valeurs québécoises et demande au ministre Bernard Drainville de soustraire les jeunes médecins de l’interdiction du port de signes religieux préconisée pour les employés de l’État.

Cette fédération, qui regroupe 3600 médecins généralistes et spécialistes en cours de formation dans les hôpitaux et instituts universitaires du Québec devient le premier syndicat de médecins à prendre parti dans le houleux débat soulevé par le projet de laïcisation de l’État québécois.

Un sondage réalisé par la FMRQ auprès de ses membres pour mieux cerner l’impact éventuel d’une charte coercitive révèle que 15 % des jeunes médecins disent porter un signe religieux, dont le voile, la croix, la kippa ou le turban. Plus encore, près du quart de ceux qui seraient touchés par l’interdiction affirment qu’ils songeraient à quitter leur emploi, alors que 20 % consentiraient à retirer ces signes durant leurs heures de travail.

« Pour nous, c’est un signal assez fort. Nous sommes résolument contre l’interdiction du port de signes religieux dans nos milieux de formation. Comme syndicat, nous pourrions un jour avoir à défendre les droits des médecins affectés par cet interdit », a défendu vendredi le Dr Joseph Dahine, le président de la FMRQ.

Exode de médecins ?

Compte tenu de ces résultats, M. Dahine juge que l’interdiction envisagée par le gouvernement pourrait mettre en péril la capacité du Québec à attirer ou à garder ces jeunes médecins d’origines et de confessions diverses. « À notre avis, les médecins ne sont pas des personnes en autorité, contrairement aux policiers, aux juges et autres. L’interdiction […] les placerait devant des choix difficiles quant à la poursuite de leur carrière, et inconfortables par rapport à leurs convictions religieuses », poursuit-il.

Comme le ministre Drainville a laissé entendre que le droit de retrait ne serait accordé que de façon parcimonieuse, la FMRQ réclame que les médecins résidents ne soient pas assujettis à l’orientation no 3 du projet de charte, encadrant le port des signes religieux. La fédération médicale se range ainsi derrière l’Association québécoise d’établissements de santé et de services sociaux (AQESSS), qui s’oppose aussi aux mesures coercitives préconisées par Québec.

Selon la FMRQ, la vaste majorité (95 %) des répondants disant afficher des signes religieux est de confessions chrétienne et musulmane, une minorité étant de confessions juive ou sikhe (5 %). Seulement à McGill, plus de 200 médecins en cours de formation proviennent de pays du Moyen-Orient, a donné en exemple le Dr Dahine.

Jusqu’à maintenant, les autres fédérations médicales sont restées muettes, préférant attendre le dépôt d’un projet de loi en bonne et due forme avant de se prononcer sur la place publique. Vendredi, la Fédération des médecins spécialistes (FMSQ) et celle regroupant les médecins omnipraticiens (FMOQ) ont répété au Devoir qu’une prise de position n’était pas opportune à ce moment-ci du débat.
24 commentaires
  • Benoît Gagnon - Inscrit 19 octobre 2013 01 h 23

    Un autre groupe anti-laïcité

    "inconfortables par rapport à leurs convictions religieuses"

    Alors la religion serait la seule responsable de cet inconfort. Un autre exemple qui montrerait que la religion oblige à porter ces signes, rendant inconfortable toute personne qui ne les porterait pas, par rapport à elle-même et par rapport aux autres. Moi, en tant que non-religieux, je trouve inconfortable de voir toutes ces personnes portant des signes religieux lorsque je vais payer mes plaques à la SAAQ. Mais ça, ce n'est pas important. Ce qui est important, c'est la liberté religieuse et cette liberté seulement.

    "Seulement à McGill, plus de 200 médecins en cours de formation proviennent de pays du Moyen-Orient"

    Donc selon lui, tous les gens provenant du Moyen-Orient sont des religieux intégristes (qui quitteraient leur emploi s'ils ne pouvaient porter de signes religieux)? Sinon pourquoi mentionner ce chiffre qui ne veut rien dire? Et puis, de ces médecins à McGill, combien quittent déjà le Québec pour aller travailler ailleurs? Le religieux (ou le non-religieux) n'a rien à voir là-dedans...

    • Clyde Paquin - Inscrit 19 octobre 2013 13 h 42

      Vous avez bien raison, toute la malhonnêteté que l'on retrouve du côté anticharte est, je crois, bien plus malsaine que quelques écarts de passions du côté de ceux pour la charte. Mais, de cela, on n'en parle jamais. À quel point Bernard Drainville, Djemila Benhabib, Pauline Marois, Janette Bertrand et ceux qui défendent la charte sont confrontés et malmenés par les journalistes en entrevue à comparer aux Dalila Awada, Taylor, Bouchard et les autres... portez-y une attention vous verrez! Tout cela par peur de "passer pour xénophobe", c'est bien là où l'on est rendu socialement.

    • Jean-Luc St-Pierre - Inscrit 20 octobre 2013 16 h 57

      Oui et Fabienne Larouche qui soutient que ce n'est qu'une étape et qu'il faudrait leur interdire de porter ces signes dans l'espace public, en précisant que 2 options s'offrent à nous pour affirmer "notre identité": faire une loi ou utiliser la force. Quelles bonnes idées. Quelle vision.

      Mais ce n'est qu'un petit écart de passion, rien de grave...

      Et en passant, pour moi l'identité québécoise inclue la diversité culturelle. Cette Charte ne me représente pas et ne représente pas le Québec d'aujourd'hui.

  • Josette Allard - Inscrite 19 octobre 2013 03 h 28

    En-dehors de la société

    Enfants gâtés d'une société qui les rémunère que trop bien , ils refusent de s'intégrer, peu importe qu'ils soient croyants ou non. Il est rare que les médecins vivent simplement au sein de la société comme tout autre travailleur. Vous êtes leur patient et ils ont de la difficulté à vous saluer sur la rue ou à l'épicerie, comme s'ils ne vous connaissent pas. Et que dire de tous ces étudiants de Mc Gill , qui dès leur stage dans un GMF de région , ne songent qu'à retourner à Montréal, sans jamais manifester la volonté de participer à la société qui les a accueillis, le temps de leur formation. Alors partager les valeurs de cette société, ils n'en ont rien à cirer.

    • Jean-Luc St-Pierre - Inscrit 20 octobre 2013 16 h 43

      Généralités grotesques. Vous n'auriez pas la note de passage en philo.

      Remplacez médecins par immigrants et le discours est presque exactement le même. Et sa qualité aussi.

  • Clyde Paquin - Inscrit 19 octobre 2013 05 h 57

    Un peu de math...

    Donc, 15% portent un signe religieux. Alors que 25% (près du quart) "songeraient" a quitter leur emploi. Donc 3,75% "songeraient" à quitter leur emploi. On peut dire, qu'en situation réelle, après leurs "songes", probablement que beaucoup moins de 1% en viendront à quitter vraiment leur emploi pour cette raison. Ce qui n'est pratiquement pas à considérer. De plus, voulions nous vraiment comme médecin de famille une personne avec un tel degré d'intégrisme religieux et d'égocentrisme moral?! Deux problèmes résolus du même coup.

    • Martin Maynard - Inscrit 19 octobre 2013 13 h 26

      Justement pourquoi considérer la charte pour si peu?

    • Jacqueline Boisclair - Inscrite 19 octobre 2013 17 h 02

      @Martin Maynard

      Pour l'avenir M. Maynard, pour l'avenir!

  • François Bélanger Boisclair - Abonné 19 octobre 2013 09 h 01

    Pas d'exception

    Le problème n'est pas de recevoir de jeune étudiant en médecine. Le problème est que l'on veut une diversité culturelle au prix de l'identité nationale. S'ils veulent absolument porter leurs signes religieux, qu'ils aillent se faire former ailleurs. Nous trouverons facilement un autre candidat.

    • Simon Chamberland - Inscrit 19 octobre 2013 12 h 57

      Un candidat de même qualité ?

    • Jean-Luc St-Pierre - Inscrit 20 octobre 2013 16 h 44

      La diversité culturelle fait partie de notre identité nationale.

  • Martin Maynard - Inscrit 19 octobre 2013 09 h 05

    La réaction de Drainville?

    Comme pour les droits de la personne, il va probablement dire qu'on peut se passer des médecins résidents.

    • Nancy Leblanc - Inscrite 21 octobre 2013 12 h 32

      Après l'implantation de la Charte il y aura une autre génération de médecins résidents. Ils seront peut-être, ceux-là, plus enclins à demeurer là où on les a formés.

      En ce moment, Charte pas Charte, plusieurs s'en vont quand même à l'étranger, emportant avec eux l'espoir et l'argent qu'on a investis en eux.